Je gis lovée contre l’anse de tes hanches

Le silence est tombé sur les bocages,
l’or du couchant ranime les mains des roses,

le vent écrit parmi les arbres
de naïfs épithalames,

les flots du Loir s’échouent
auprès de notre borde,

nous somnolons, nues,
dessus notre couche,

ceintes de strophes de beauté,
tes prunelles frémissent

à la moire de nos chandeliers.
Je gis lovée contre l’anse de tes hanches,

parmi
l’écume de notre tendresse,

tu as capturé des heures durant
le flux et le reflux de ma Féminité,

j’ai gémi de liesse
sous l’acmé de tes sèves,

tes lèvres et ta bouche ont réveillé
l’émoi de mes rêves,

mes seins fiers et lourds
ont goûté des heures durant

les assauts de ta clarté,
puis tu as honoré furieusement

la félicité de mon clitoris.
Bientôt, je te prendrai haletante,

car il n’y a rien de plus beau
au monde 

que l’orgie de nos amours
si belles et si féminines !

Sophie Rivière

Si tu veux écrire un poème

ma Douce, si tu veux écrire un poème
à ton aimée,
ne consulte pas
des auteurs désuets,

ou des rimeurs monotones,
pour ce faire,
laisse plutôt parler ton cœur,
munis-toi d’un cahier,

va dans les bois du Maine, et
écoute les rhapsodies des oiseaux
parmi les chênaies.
Ils te diront leurs amours

et leurs allégresses,
recopie leurs chants
avec
la rémige de ta passion,

puis place-toi
sous le balcon de ta belle,
et récite-lui tes vers.
Bouleversée d’être ainsi sacralisée,

car la Femme est toute douceur,
elle viendra à ta rencontre sois-en sûre,
et vous resterez ensemble
pour des siècles et des siècles !

Sophie Rivière​


Lorsque monte en moi le sceau mystique de l’amour

Lorsque
monte en moi,
le sceau mystique de l’amour,

je me souviens
de
l’ardeur de nos râles

parmi
les nuits du Maine,
de

tes seins fiers et lourds
contre les miens,
de tes bras nus

dessus
le cercle de nos nudités.
Tu m’as appris

l’hymne des langueurs,
la fièvre de nos luxures
murmurant l’impudeur de nos baisers.

Chaque jour, dès l’aurore,
je dépose,
nue, comme le vent des bocages,

dedans notre chambre,
sur l’amphore de tes hanches,
sur

le
vin précieux de ta Féminité,
la Grâce du désir,

tu sanglotes des heures durant
le sacerdoce des strophes lesbiennes
sous le triomphe de nos noces de splendeur,

et je t’apporte à genoux
en la coupe de mes mains
le Saint chrême de ta cyprine !

Sophie Rivière


J’ai volé sur tes lèvres l’or d’un baiser

Les flots du Loir luisent
sous l’ardeur du soleil,
viens, ma Douce,

contempler l’image de nos âmes
si pures et si belles,
assises sur ces berges,

accepte cette couronne de violettes
que j’ai tissée pour toi
en t’attendant,

la corolle de nos robes
s’incline
sous le faix des sèves du printemps.

J’ai volé, tout à l’heure,
sur tes lèvres,
l’or d’un baiser,

ma chair appelle ta chair,
laisse-moi
cueillir la rose de ta volupté,

laisse-moi te posséder,
laisse ma langue et mes paumes
satisfaire l’émoi de tes sens,

mes mains enveloppent
la langueur de tes seins,
la fourrure de ton pertuis.

Bientôt
l’écume de Grâce te submergera,
ô ma sirène,

tu vogueras de liesse
au vent de mes prières
jusqu’au reflux et reflux de ta cyprine

que je t’offrirai à genoux,
allongée contre tes flancs,
éblouie par le zéphyr de ta Jouissance !

Sophie Rivière


A genoux dans les jardins du silence

Un jour de printemps,
alors que je marchais
sur les berges du Loir,
alanguie par la chaleur de l’azur,

je t’aperçus assise les jambes repliées sous toi
sur une éminence, près d’un oratoire,
la corolle de ta robe d’indienne
se déployait autour de ta taille.

Tu levas vers moi ton visage
aux traits réguliers
encadré
d’une interminable chevelure brune,

ton corps offert
aux diadèmes de clarté
chancelait au
milieu des nefs des nuées,

tes paupières d’angelot me fixèrent
avec une telle intensité et une telle passion
que mon cœur battit la chamade
et bondit de joie.

Je me dirigeai vers toi,
désireuse de m’abandonner
au
solfège suprême de ta Grâce,

les sûs* s’ouvrirent
devant mes bottines,
et je t’offris le châle de soie
qui couvrait mes épaules,

puis, à genoux dans les jardins du silence,
à même les herbes et l’or des genêts,
avec pour seuls témoins les futaies et les folioles,
je te déclarai ma flamme.

A mon annonce,
tes bras m’enveloppèrent,
et
nos lèvres s’unirent pour l’éternité.

Depuis, ma douce,
nous revenons chaque dimanche
en
ce lieu oint par Dieu.

sû * : mot du dialecte manceau désignant un sureau.

Sophie Rivière

Nous attentons l’aurore, serrées l’une contre l’autre

Nous attendons l’aurore,
serrées l’une contre l’autre,
en notre robe de peau,

à l’extérieur,
le linceul du brouillard
enveloppe notre borde.

Nos robes, nos culottes,
nos bas et nos escarpins
gisent à terre,

témoins des mystiques baisers
que nous avons avons échangés
cette nuit des heures durant,

bientôt, sonnera l’angélus,
les hommes retourneront aux champs,
mais que m’importe ces détails,

je préfère l’ivoire de tes hanches,
l’extase de tes lèvres,
la bleuité de tes veines,

l’hymne de tes seins fiers et lourds
contre les miens,
et la fleur de splendeur de nos sexes !

Comment oublier, mon Aimée,
l’extase de ton rut,
nos duels d’Eros où je te chevauche,

où ma langue recueille
le miel de tes langueurs,
car sachez le, vous qui me lisez,

que rien n’est plus beau au monde
que le lit d’ivresse de nos amours
si belles et si féminines !

Sophie Rivière


Entends-tu les mots d’impudeur de mon coeur

Ma Douceur,
je vais te quitter
car la nuit tombe,

entends-tu
les mots d’impudeur de mon coeur
qui ne bat que pour toi ?

Nous avons échangé
le miel de nos baisers,
la brûlure du jour n’a pas désarmé nos ardeurs,

je suis ta tendre maîtresse,
ton humble poétesse,
je déifie tant l’azur de ta volupté

quand tu te plies
sous la langueur de mes paumes,
que tu gémis à l’ardeur de ma clarté,

que tu goûtes
la fraîcheur de mes seins inapaisés
lors des frémissements de nos chairs,

les cheveux des arbres parfument nos unions,
et la langueur de ta voix.
Cachons nos amours,

car le monde déteste
les femmes qui s’aiment,
cependant, nul ne pourra jamais nous désunir.

Demain, à l’aurore, et comme les autres jours,
nous nous retrouverons parmi les bosquets,
dessus les coussins des mousses,

et
nous reprendrons
les frénésies de nos heures folles

jusqu’à
l’hymne de notre Jouissance
si belle et si féminine !

Sophie Rivière


Les rosaces de nos baisers

Je cheminais sur les rives du Loir,
accablée de solitude,
mon amante m’avait quittée
au printemps dernier

pour sillonner le Monde
et nourrir les syllabes de ses rêves,
la nature ne me ravissait plus,
une grande lassitude m’envahissait,

le jour m’était devenu
aussi indifférent que la nuit.
Ma robe de serge crissait
au vent de mes pas,

mon sac à main
se balançait sous mon bras,
nature morte
sur le miroir de ma vie,

quand tu m’apparus, immobile,
un matin d’octobre,
au détour d’un boqueteau,
épuisée et lestée de bagages.

Ton visage de cristal éblouissait
le calice de l’aube,
tes bottes vacillaient
parmi la rosée du chemin,

tu pleurais de rage
et de fatigue, sans mot dire,
je pris tes valises
et t’emmenai dans ma borde.

Je te désignai mon lit et tu t’endormis
aussitôt dans les surplis de sérénité,
je te veillai ainsi des heures durant,
assise à tes côtés,

puis je saisis ta paume fiévreuse,
et caressai ton front gracile.
A ton réveil, ta bouche vermeille
me remercia, je te rejoignis

dans le murmure des rayons du couchant,
et nous scellâmes notre hyménée
sur
l’autel de ta grâce.

Depuis lors, mon épousée, les sentes, les bocages,
et chaque parcelle de notre terroir connaissent
les rosaces de nos baisers
et l’essaim de notre passion.

Sophie Rivière​

Les rosaces de nos baisers

Je cheminais sur les rives du Loir,
accablée de solitude,
mon amante m’avait quittée
au printemps dernier

pour sillonner le Monde
et nourrir les syllabes de ses rêves,
la nature ne me ravissait plus,
une grande lassitude m’envahissait,

le jour m’était devenu
aussi indifférent que la nuit.
Ma robe de serge crissait
au vent de mes pas,

mon sac à main
se balançait sous mon bras,
nature morte
sur le miroir de ma vie,

quand tu m’apparus, immobile,
un matin d’octobre,
au détour d’un boqueteau,
épuisée et lestée de bagages.

Ton visage de cristal éblouissait
le calice de l’aube,
tes bottes vacillaient
parmi la rosée du chemin,

tu pleurais de rage
et de fatigue, sans mot dire,
je pris tes valises
et t’emmenai dans ma borde.

Je te désignai mon lit et tu t’endormis
aussitôt dans les surplis de sérénité,
je te veillai ainsi des heures durant,
assise à tes côtés,

puis je saisis ta paume fiévreuse,
et caressai ton front gracile.
A ton réveil, ta bouche vermeille
me remercia, je te rejoignis

dans le murmure des rayons du couchant,
et nous scellâmes notre hyménée
sur
l’autel de ta grâce.

Depuis lors, mon épousée, les sentes, les bocages,
et chaque parcelle de notre terroir connaissent
les rosaces de nos baisers
et l’essaim de notre passion.

Sophie Rivière​

Tes bas de soie crissent

Quand tombe l’échafaud de la brune,
tu t’assieds, mon adorée,
sur notre lit de volupté,
tu enlèves ton châle,

ton corsage enluminé
d’offrandes,
ton
bustier de lin brise l’eau du silence.

Tes seins pâles aux tétons de fraise
exaltent l’appel du Désir,
tes veines d’azur battent à tes tempes,
et tes yeux étincellent de passion.

Tu replaces avec ta main
tes cheveux noirs emmêlés
qui
retombent en cascades autour de ta taille,

puis, tu ôtes ta jupe,
ton jupon, et tes escarpins vernis,
tes bas crissent
quand tu croises tes jambes graciles,

et scintillent, mystérieux,
dans le cristal des lustres de notre chambre,
leurs rais d’or proclament
la beauté de ta cambrure,

la douceur et la finesse de tes membres,
l’éclat satiné de tes petons,
tes cuisses ardentes vibrent
sous l’estampe de ta féminité,

le soleil de ton innocence
fleurit à l’encensoir de tes songes,
tu demeures ainsi, longtemps,
sans bouger, ô mon âme,

fière et précieuse, souriante et exquise,
tu enlèves enfin tes atours sublimes,
et tu me rejoins, nue,
dans l’éclat de ta magnificence.

Ô mon Dieu,
reçois le cantique de mon amour,
admire l’étincelle mordorée
de ton œuvre sublime,

le livre de mes rêves,
recueille la force de ma tendresse,
moi qui ne suis
que ton humble servante !

Sophie Rivière​
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