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Pépé n’était pas stressé

Mon grand-père n’était pas un imbécile. Certes, il avait peu fréquenté l’école et n’avait pas voyagé, mais il brillait par un penchant épicurien pour le bon-sens, les blagues douteuses et le vin rouge.

Au rang des grands exploits de sa vie, il avait fait une paire de guerres mondiales, quatre enfants et milité au parti communiste comme tous les ouvriers de son époque. Ce n’était pas un visionnaire ni un dirigeant, mais il avait une certitude contre laquelle il nous mettait déjà en garde il y a quarante ans : les prochaines décennies allaient connaître le stress de masse ! Lui, il appelait çà "la trouille".

Il avait vécu calmement dans un village du centre de la France très profonde, entre un magnifique clocher roman et une abbaye grandiose. Mais la ferveur de l’art religieux n’avait pas réussi à entamer un réalisme républicain, qui lui faisait ressentir comme un risque majeur l’apparition de nouvelles façons de travailler.

Sa pensée, issue de son expérience villageoise, se résumait en trois phrases :
« Tant qu’on arrivera à faire travailler les crétins et les alcooliques, ça ira. Après, ça va être la bagarre et vous allez vivre avec une grande trouille. Et cette peur-là, mes pov’petits, elle va en tuer encore plus que la grande guerre ».

Je crois que Pépé avait raison.
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