Les palais des mousses et des herbes

Je m’éveille dans l’azur de l’été,
étendue sur le dais d’une clairière,
non loin de moi, les arbres se courbent sous le souffle,
tu dors, encore, ma Fée, ma Sirène,

fatiguée par nos joutes d’Amour, nue, ruisselante de Beauté.
Les bocages et les bois du Maine connaissent
l’hymne de tes râles de tendresse dès que je te possède,
poétesse de Lesbos, je t’enseigne des heures durant,

des strophes saphiques que tu reprends,
nos robes courtes de satin, nos bas de soie,
et nos escarpins jonchent, pêle-mêle
le palais des mousses et des herbes,

témoins impuissants de nos harmonies païennes.
Ma longue chevelure de jais pend aux misaines de mon corps,
tandis que les collines de mes seins arrogants,
et lourds, magnifiques de pureté,

bougent à chacun de mes mouvements,
l’empire de ma toison-corolle,
où s’aventurent tes paumes,
flamboie de clarté parmi les langueurs des ivresses.

Je t’ai rencontrée voilà peu à la brune,
alors que je rentrais de mon travail au Mans,
tu errais, hagarde, sac à main sur l’épaule, sur un sentier,
tu m’avouas en pleurant, ton désarroi,

la perte des tiens, et la mort de tes parents.
Émue par ton sort, je t’invitai à dîner,
tu acceptas, à la fin du repas, tu te levas,
et tu déposas sur mes lèvres graciles l’aile d’un baiser,

je me levai alors, je te pris par le bras,
et je te conduisis sans mot dire en ma chambre,
sur ma couche, j’ôtai tous tes vêtements, je fis de même,
tu me fixais, les yeux brillants de désir,

je te couchai sur le dos, je te chevauchai sans cesse,
nous échangeâmes nos sens grisés,
et je te possédai, ô mon Amour, depuis lors,
tu es mienne pour l’éternité, ô ma sœur de Spasmes !

Sophie Rivière

Les cendres d’or du couchant

Orpheline, devenue être de solitude,
j’ai longtemps vécu loin des humains,
je ne connaissais que l’ivoire de ma couche, et
le parfum des roses que je respirais l’été après mon travail en ma ferme,

à dix-huit ans, je ne connaissais du monde
que les forêts du Maine, les bocages,
et les cendres d’or du couchant qui m’éblouissent encore.
J’ai du quitter un jour mon paradis afin d’aller à Paris,

pour des raisons d’héritage,
j’ai préparé mes bagages, j’ai revêtu mes plus beaux atours,
mais, las, dès mon arrivée, je n’ai pas aimé le bruit,
et l’attitude de certains hommes qui ne pensaient dans les transports

qu’à toucher à travers mes vêtements mes seins arrogants et lourds
qui sont ma fierté avec la fourrure de mon pubis.
Un jour, alors que les formalités étaient terminées,
et que je m’apprêtais à partir le lendemain,

je me décidai de visiter
l’île de la Cité et la cathédrale Notre-Dame,
une jeune femme, belle comme le jour, me bouscula par mégarde,
s’arrêta, s’excusa, et insista pour m’emmener chez elle, 

- je suis infirmière, ajouta t-elle,
venez, je vais vous examiner.
Peu habituée à tant de sollicitude,
j’acceptai, et la suivis dans un bel appartement.

Arrivée dans sa chambre, elle me dit :
-ôtez vos vêtements, je vais vous examiner,
confiante, j’enlevai ma micro-robe de tulle,
mes escarpins, mes bas de soie, et ma culotte,

elle m’allongea sur son lit, me regarda, et me lança, souriante,
- tu es si belle, rassure-toi, tu n’as rien,
puis, elle se pencha et déposa subitement sur mes lèvres
l’émoi d’un baiser, émue, je le lui rendis, et je l’attirai contre moi,

mais devenue farouche, elle se déshabilla à son tour,
s’agenouilla sur moi, et me rapporta : - je suis une tribade,
prêtresse de Sappho, laisse-moi te conduire
par mes étreintes câlines et sûres sur les radeaux du Désir,


sur les steppes de la lascivité.
Bientôt, je défaillis, criai, trépignai, hoquetai,
hurlai des heures durant des odes de lumière,
et cheminai dessus l’orgueil de la tendresse,

soudain, appuyée sur mes talons,
le lait de la Jouissance m’emporta,
elle récolta ce doux cépage que nous bûmes,
et nous nous endormîmes, entrelacées,

depuis lors, tu es devenue ma Maîtresse, ô mon amante,
tu as quitté Paris, et il ne se passe pas de jour
sans que nous ne fêtions
la Grâce de nos féminités si pures !

Sophie Rivière

L’aurore se lève sur les paupières des chemins

Le tonnerre gronde, la pluie ruisselle
dessus les hameaux, les bourgs, et les forêts du Maine,
les oiseaux se cachent parmi les trirèmes des arbres,
silencieux, cependant bientôt les voiles de l’aurore se lèvent

sur les paupières des chemins,
l’azur apparaît déjà non loin de notre hameau,
les frêles libellules reprennent leur envol,
près de notre borde, des étangs, et du Loir.

Ma micro-robe de tulle et mes bas de soie brasillent
sous la langueur des flambeaux du soleil,
je me prépare à sortir face à la cathédrale de clarté,
face à la virginité farouche du vin de douceur,

des moiteurs d’alcôve me parviennent,
tu sommeilles encore, nue, étendue sur
l’ivoire de notre couche, ô mon épousée, ma Sirène,
fatiguée par nos joutes d’Eros.

Mes paumes de volupté t’ont fait découvrir
la forteresse de tes seins pigeonnants,
arrogants, et lourds, et les lys de ton vagin si rose,
je t’ai emmenée jusqu’aux flux et reflux de tes soupirs,

jusqu’aux charnelles strophes de tes spasmes.
Je chemine maintenant dessus les cailloux de notre allée,
la prée s’ouvre au vent de mes pas,
ma longue chevelure ruisselle au gré de mes reins,

tous les animaux de la création me révèrent,
je cueille des violettes que je t’offrirai à mon retour.
Quand sonnera le glaive de midi,
je reviendrai les yeux emplis de bonté,

ô mon amante, je louerai la cerise de ta bouche, puis devenue hardie,
je t’étreindrai tout contre l’amphore de mes hanches,
ma lippe magnifiera la rose de ta rivière d’amour,
tu geindras, tu gémiras jusqu’au dernier sacerdoce,

soudain, le nectar de ta Jouissance jaillira,
nous le boirons, tendrement enlacées,
et nous fêterons sans cesse l’hymne de notre Passion,
et le vin précieux de notre Féminité si pure !

Sophie Rivière

Le diadème du jour

Le diadème du jour se lève par delà les bocages à l’horizon,
le printemps écrit sur mon visage aux traits réguliers
la volupté inassouvie de l’amour,
je me promène lentement le long de l’Anille,

ma micro-robe de tulle brasille sous les flammes de l’azur,
la scansion de mes escarpins énonce des édits de langueur,
je repense à toi, ma Douce, mon Amour,
toi qui m’as délaissée sans raison voilà six mois déjà,

tu séjournes maintenant à Paris, en l’île de la Cité,
tu es si pure et si Femme que les oiselles
psalmodient à tout instant des strophes de clarté.
Pourquoi m’as-tu quittée, j’ai tant besoin de toi,

tu criais mon prénom de sagesse
lors de nos joutes d’Eros,
tu m’as initiée aux mystères des prêtresses de Sapho,
et je suis devenue tienne,

tu sais choisir avec un art sagace tes parfums,
et la couleur de tes tuniques, je sais que tu me reviendras,
nous sommes unies comme nos paumes,
rappelle-toi, nous errions la nuit

sous la voûte céleste, avant de nous endormir,
je veux te prendre, effeuiller tes vêtements,
dévoiler la cathédrale de tes seins hauts plantés, arrogants et lourds,
et la fourrure de ton pubis.

Au retour de ma promenade, dans notre maison,
en la province du Maine, je me préparerai pour aller vers toi,
dès mon arrivée, j’irai en ton logis, sous les toits,
je te posséderai, car dorénavant, je serai ta Maîtresse, ô ma féale,

tu m’obéiras sans cesse, et sur notre couche,
en robe de nudité, à genoux devant l’urne de tes hanches,
à genoux devant ta rivière d’amour,
ma lippe te délivrera des sceaux de douceur,

tu gémiras, tu hoquetteras des messes de joliesse,
puis soudain, tes pieds appuyés sur le lit,
tu hurleras la houle de ta Jouissance
qui t’emportera, et définitivement, tu seras mienne !

Sophie Rivière

La Rose de mes émois

Les fontaines pleurent dans le matin, près de l’Anille,
les nuages parfois se pendent à la clarté des bocages,
dans les étangs du Maine,
se voilent alors les dentelles de mon regard.

Je chemine, ondoyante, sur le dais des mousses,
saluée par le parfum des violettes et des lys,
ma micro-robe de satin a des reflets de perles,
ma longue chevelure d’ébène volette au gré du vent,

je marche, souveraine, vers cette clairière
où nous nous sommes connues et aimées,
ô mon amante, ma Sirène,
avec à ma dextre des violettes et des lys,

la vie nous a éloignées l’une de l’autre,
mais je t’ai retrouvée, un matin d’octobre,
et depuis lors, je reviens te voir chaque jour en ta maison
près du Loir, tu es miracle et Féminité quand tu lis en mes iris

la châsse de nos Amours si belles et si féminines,
et que tu hoquettes de plaisir lors des sanglots de nos ruts.
Je m’approche maintenant, le feu gronde en moi,
dès que je serai devant toi, je te tendrai mes fleurs,

je t’emmènerai paume contre paume sur un dais d’herbes,
j’ôterai chacun de tes vêtements,
je ferai de même, je t’allongerai, impérieuse,
car je suis ta Suzeraine, puis

face à la chapelle de tes seins hauts plantés et lourds,
face à la fourrure de ton pubis, à cheval dans la lumière,
je magnifierai le miracle de ta Beauté, et de ta magnificence,
tu deviendras ma proie, la Rose de mes émois,

les anneaux d’ambre de mes boucles d’oreille s’animeront,
je prendrai la cerise de ta bouche,
soudain, arquée sur tes talons, le nectar de ta Jouissance jaillira,
je le cueillerai, nous le boirons, nous nous entremêlerons,

mamelons contre mamelons, sexe contre sexe,
tu seras alors Grâce, ô mon Élue,
et nous gravirons le dernier sacerdoce,
car tu seras mienne, tu seras Grâce !

Sophie Rivière

L’astre virginal de la volupté

L’aube s’éveille lentement, tandis que s’enfuient
les voiles des étoiles, les oiselles montent dans les cieux,
et annoncent aux bocages l’astre virginal de la volupté.
Je m’attarde au seuil de notre logis, non loin du Loir,

vêtue de ma micro-robe de satin noir qui flotte
au vent du printemps, je t’attends, ma Douce, mon amante,
je te veux depuis que tu es partie à Paris, en l’île de la Cité,
pour une affaire d’héritage,

mes seins inapaisés te réclament, reviens, et mêlons à nouveau
nos chairs jusqu’à la brune, le silence règne parmi les champs,
réapparais, je souhaite avec des frissons suivre le pourtour
de tes hanches, et tenir en mes paumes les lys de tes mamelons.

Je vais dans notre chambre, j’ouvre notre armoire,
je prends tes bas de soie, tes porte-jarretelles,
je les hume tendrement, et je pleure,
je contemple maintenant la photo de notre couple enlacé,

le Désir monte en moi, implacable.
Je sors alors d’un endroit connu de nous seules
un godemichet, cet objet que tu as béni voilà peu de tes baisers,
je le oins longuement avec ma salive,

j’ôte mon vêtement, je m’assieds sur notre couche,
puis face à la cathédrale de ta Beauté,
face à la splendeur de ta Grâce,
ô mon Impératrice de pureté,

je le fais entrer en ma rivière d’amour jusqu’à la grotte de ma matrice,
je répète l’opération à maintes reprises,
je gémis, je hoquette, je geins de liesse,
je crie sans cesse ton nom de baptême

par delà les bourgs et les cités de fer
soudain, je suis emportée par la houle de la Jouissance,
le lait de ma sève sourd, et je bois en ton honneur
le Saint-chrême de notre Amour.

A ton retour, je ne dirai rien, je te guiderai languissamment
sur les plages de la félicité,
mais, je te posséderai,
et tu seras mienne !

Sophie Rivière

Je t’ai psalmodié des langueurs énervées

L’aube se lève, les roses frissonnent encore en ce mois de mai,
les lucioles éclairaient encore voilà peu
les paupières de la nuit,

le vent chuchote dessus les cimes des bois,
et des forêts du Maine, d’épuisantes luxures,
près de notre borde, coulent le Loir et nos amours.

Tu dors, ô ma Douce, mon Epousée,
tandis que je gis sur ma couche, en notre chambre,
je revois la fièvre de nos étreintes

depuis qu’hier, dès la brune, en robe de nudité comme toi,
je t’ai chevauchée des heures durant,
je t’ai psalmodié des langueurs énervées,

tu as saisi maintes fois la forteresse de mes seins pigeonnants,
arrogants, et lourds, qui bougeaient à chacun de mes gestes,
tu as sangloté des ruts de liesse,

dès que ma langue et mes paumes ont parcouru
le continent de ta rivière d’amour jusqu’à la grotte de ta matrice,
et je t’ai conduite sur les rivages de la Jouissance.

Nos robes de satin, nos escarpins,
et nos bas de soie gisent à terre, maintenant,
témoins de nos cris de volupté,

j’aime quand tu te cambres, et que montent en toi,
les narines pincées, les spasmes du Désir,
et que mamelons contre mamelons,

sexe contre sexe, je te domine,
car je veux te posséder sans fin.
Ce soir, et les autres jours, tu seras ma proie,

et tu resteras mienne, je te convertirai sans cesse
aux mystères des prêtresses de Lesbos,
mes bras enserreront la double amphore de tes hanches,

tu geindras, tu gémiras, je boirai le lait de ta sève,
et tu me diras d’une voix timide :
- encore, mon Impératrice de Grâce, c’est si beau, c’est si bon !

Sophie Rivière

Le vent me rapporte l’écho de ton prénom

Ce matin, les perles de la rosée frissonnent au vent du nord,
les violettes et les lys se redressent
sous la royauté du printemps et des duchés de lumière,
l’azur resplendit dessus les bocages du Maine,

tandis qu’agonisent au loin, les chariots des nuages, et
les linceuls de la nuit, les nénuphars déploient leurs ailes sur le Loir.
L’astre de ta beauté éclaire ton visage,
ô ma Douce, ma Vénérée, mon amante,

vois, le vent me rapporte l’écho de ton prénom,
et des sonnets d’amoureuses liesses, dès que tes paumes caressent
les oiseaux et les strophes d’or de la création,
aujourd’hui, les algues de ta chevelure d’ébène

se mêlent à la mienne lors de notre promenade dans notre prée,
où nous errons, paumes entrelacées, parmi les bocages,
moi qui suis ton esclave et ton humble poétesse,
à tes côtés, ta Grâce m’appelle et m’enivre,

je te psalmodie alors, agenouillée face à la chapelle du Soleil,
face à à la brûlure de tes paupières, des odes saphiques,
nous reprenons notre marche, tu t’arrêtes parfois,
et tu déposes sur mes lèvres, l’aile d’un baiser.

Arrivées au pied d’un chêne, nous nous asseyons pour nous reposer,
soudain, tu ôtes lentement ma robe de lin,
mes hauts talons et mes bas de soie, tu fais de même,
tu m’allonges sur les dais des mousses, tu me chevauches,

tes seins fiers et lourds bougent au gré de tes mouvements
contre les miens qui se dressent, tes lèvres et tes paumes me magnifient
des heures durant, puis ta dextre entre lentement en ma rivière d’amour
jusqu’à la grotte de ma matrice, je gémis des lais de renaissance,

soudain, le nectar de ma Jouissance sourd,
et nous le buvons, entrelacées.
Ce soir, en notre borde,
dessus notre couche,

prêtresses de Sappho, nous recommencerons,
car quoiqu’en disent certains,
il n’y a rien de plus magnifique et de plus pur au monde
que les orgues de notre Féminité !

Sophie Rivière

Je veux fendre les herbes et t’enlacer

Je veux graver
sur les draps de tes paupières
les forêts du Maine,

je veux implorer
ton pardon pour chaque fleur
dépourvue de pétales,

je veux épeler
les sept syllabes de ton prénom
aux nymphes du Loir et de l’Ire,

je veux abolir
la serrure des silex
et tailler les cils des chemins

afin que
tes escarpins impriment
des élégies de douceur

sur
les parois des mousses,
je veux fendre les herbes et t’enlacer

Toi, ma Muse,
qui imprimes sur mon cœur
le lys de l’Amour !​

Sophie Rivière​

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Georges Emmanuel CLANCIER nous a laissés ce matin, 4 juillet 2018.

L’OUBLI
I
Poursuivie par mille voix la lueur de mon désir,
Calme phalène de fatigue, s'est perdue au fond de moi,
Venue des foules de sable noir et des animaux du temps,
Nouée à même le printemps, rose solaire de la mort.
Par sommeil et par torture m'avait fait naître et me perdre
À chaque lac de ta chair, à chaque défaite pure.

II
C'était un lourd fleuve de fêtes qui descendait où je me perds.
Chargé de files de lumières bourdonnantes à la hâte.
Et me poussaient toutes les mains anéanties de mes naissances
Par le grand chemin que hantent les étoiles réprouvées,
Jusqu'à l'heure du désert, où dans les vagues fleurs des champs,
Je fus là, soleil chaud, sans plus de passé, somnolent

III
Phalène des mille voix, lueur, lueur, toi mon désir
Poursuivi à perdre haleine bien au fond de l'autre moi...
C'était un lourd fleuve de fêtes qui descendait où je me perds,
C'était la vierge des sables noirs, la rose solaire de la mort.


Georges Emmanuel CLANCIER (Né Le 3 Mai 1914 – Mort Le 4 Juillet 2018)
Photo
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