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Ils ne font rien à part camper dans la rue…Ils tiennent les murs. C’est ce qu’ils disent. La formule est d’ailleurs usée. Ils ne tiennent rien et cela fait des années que je l’entends. Ils parlent fort, et cet été le jeu est de faire jaillir l’eau des arrivées-pompiers , inondant la chaussée, les voitures stationnées. Cela crie dans tous les sens. Certains ont prévu le maillot de bain. D’autres ricanent. Des curieux aux fenêtres, la sirène des pompiers, rires, bruit de l’eau jaillissante….Si j’étai psy je dirais qu’il y a là une revendication très sexuée. Il n’y a que des garçons qui jouent…rien d’étonnant.
C’est plus que tenir les murs qu’ils font, c’est montrer leur puissance, leur virilité sexuelle…mais en réponse à quoi ? Ce n’est pas de vacances dont ils rêvent. Ils « s’emmerdent »  disent-ils. Mais que désirent-ils ?  Ils ne savent pas le dire. Ils ont peur de dire, alors ils jouent une parole imprononçable. Ils font au lieu de différer ce faire par la parole. Ils sont muets ou crient pareils à des animaux….Une bonne douche froide pour calmer   leurs ardeurs ? on sort là de la critique traditionnelle. C’est leurs frustrations qu’ils jouent là. Pas que la frustration sexuelle d’ailleurs.
Comme l’enfant qui joue de son mal être en torturant ou caressant sa peluche, nos ados (éternels pour certains) jouent à enfouir leurs peurs, dont celle de la rencontre avec l’autre, surtout féminin.
Ainsi l’eau devient geyser, menaçante par sa force et son expansion, d’autant plus inquiétante qu’elle jaillit simultanément à plusieurs endroits de la ville¸ débordant les capacités d’intervention des adultes.
Métaphore de la frustration, d’un territoire masculin abandonné à sa violence de ses désirs, solitude destructrice…. Cependant, l’eau nettoie, purifie aussi…C’est une eau vive, pas une eau  stagnante. Elle est régénérante. La colère bout dit-on…ici elle bouillonne, en attente d’un avenir. 
 Ce n’est pas une pure colère qu’on peut lire dans ces actes. Perturber l’ordre public c’est introduire la brèche du questionnement. 
Ils occupent la rue, lieu d’échange, lieu public… en attente d’un espace privé. Le public pour ces jeunes est une affaire privée, ne faisant plus la distinction entre l’universel et le particulier. Pour dire tout cela autrement, la collision des scandales politiques et du battage médiatique, aboutit à une jeunesse qui ne fait plus la part entre privé et public. Elle se lave dehors, mange dehors…ce n’est pas qu’une affaire de canicule. C’est leur mal-être qu’ils exposent dans la rue, leur peur de demain. Ils crient ce mal être à coup de jets d’eau.
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Ils ont dit …
Les matériaux de l'urbanisme sont le soleil, les arbres, le ciel, l'acier, le ciment, dans cet ordre hiérarchique et indissolublement.
Le Corbusier, Le Monde urbain

Le Corbusier : Discours inaugural à la cité radieuse de Marseille.

« Dans ce village vertical de 2000 habitants, on ne voit pas son voisin, on n’entend pas son voisin, on est une famille placée « dans les conditions de nature »-soleil, espace, verdure. C’est la liberté acquise sur le plan de la cellule, l’individu, le groupe familial, le foyer. Au plan du groupe social, c’est un bénéfice des service communs confirmant la liberté individuelle ».

Campanella La cité du soleil

«Ils sont polis et bons envers les étrangers qui les visitent ; ils les entretiennent aux frais publics : après leur avoir lavé les pieds, ils leur montrent la cité, leur donnent une place d'honneur au conseil et à la table commune, et choisissent des personnes pour être spécialement au service des hôtes. Si l'étranger désire devenir citoyen de leur ville, ils l'adoptent après l'avoir soumis à une épreuve de deux mois, l'un passé dans une ferme et l'autre dans la cité.»
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"Il est vrai que nous ne voyons point qu'on jette par terre toutes les maisons d'une ville, pour le seul dessein de les refaire d'autre façon, et d'en rendre les rues plus belles ; mais on voit bien que plusieurs font abattre les leurs pour les rebâtir, et que même quelquefois ils y sont contraints, quand elles sont en danger de tomber d'elles mêmes, et que les fondements n'en sont pas bien fermes. A l'exemple de quoi je me persuadai, qu'il n'y aurait véritablement point d'apparence qu'un particulier fit dessein de réformer un État, en y changeant tout dés les fondements, et en le renversant pour le redresser ; ni même aussi de réformer le corps des sciences, ou l'ordre établi dans les écoles pour les enseigner ; mais que, pour toutes les opinions que j'avais reçues jusqu'alors en ma créance, je ne pouvais mieux faire que d'entreprendre, une bonne fois, de les en ôter, afin d'y en remettre par après, ou d'autres meilleures, ou bien les mêmes, lorsque je les aurais ajustées au niveau de la raison. Et je crus fermement que, par ce moyen, je réussirais à conduire ma vie beaucoup mieux que si je ne bâtissais que sur de vieux fondements, et que je ne m'appuyasse que sur les principes que je m'étais laissé persuader en ma jeunesse, sans avoir jamais examiné s'ils étaient vrais. Car, bien que je remarquasse en ceci diverses difficultés, elles n'étaient point toutefois sans remède, ni comparables à celles qui se trouvent en la réformation des moindres choses qui touchent le public." Descartes
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