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François Garagnon
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LE NOUVEL ORDRE IMMORAL

L'ÈRE DE LA DICTATURE ÉMOTIONNELLE
Nous vivons dans un pays libre, dit-on ? Mais est-ce si sûr ? Une fois de plus, la dernière propagande d’État met à mal cette gracieuse évidence. Sous prétexte prophylactique, des affiches mettent en scènes des homosexuels avec des slogans qui en disent long sur la volonté désinhibée du gouvernement actuel d’obéir aux diktats des lobbys LGBT. Même les révolutionnaires de 1968 qui prônaient qu’« il est interdit d’interdire » n’auraient jamais osé aller aussi loin dans l’endoctrinement libertaire et le racolage sur la voie publique. Bien évidemment, les réactions ne sont pas fait attendre : le grand public (dont nos édiles passent leur temps, avec cynisme et mépris, à piétiner le bon sens) s’est montré choqué de voir ces réclames largement diffusées dans nos villes, et à proximité des écoles, les tenants de l’endoctrinement n’ignorant pas que les images subliminales (bien qu’aux antipodes du sublime…) sont susceptibles d’avoir le maximum d’impact auprès d’âmes innocentes. Des maires ont censuré ces affiches, et c’est là que le diable (incarné en l’occurrence avec beaucoup de talent par Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales , de la Santé et des Droits des Femmes), qui n’attendait que ça, est sorti de sa boîte pour fustiger “l’homophobie” et la censure intolérable de certains maires qu’elle entend traîner en justice pour entrave à une campagne de prévention officielle. Or, François-Xavier Bellamy a raison de dire que cette campagne « véhicule des stéréotypes dégradants à l’encontre même des homosexuels, en les assimilant à des pratiques sexuelles pulsionnelles, consuméristes, individualistes… » Au sujet de l’attitude offusquée des “âmes sensibles” dénonçant une propagande homosexuelle portant atteinte à la notion de famille, l’adjoint communiste à la Mairie de Paris, Ian Brossat, a réagi sur Twitter par un très direct : « Épidémie de connard moyenâgeux ». Chacun appréciera l’élégance de la réaction et le respect de la
liberté d’expression ! Car c’est bien là que le bât blesse : comme des machines à l’angle de rotation limitée, ces apôtres de la liberté d’expression et de la tolérance ont précisément une définition de la liberté et de la tolérance strictement limitée à leurs fantasmes et à leur idéologie rampante. La virulence de leur réaction, stigmatisant toute pensée divergente, prouve que tout autre manière de penser le réel leur est tout simplement insupportable. Disons les choses clairement : nous vivons dans une époque de dictature émotionnelle, avec une police de la pensée manipulée par un régime arbitraire et coercitif. Dans le courrier des lecteurs du “monde.fr”, face à cette série d’affiches assimilée à un message électoral en direction d’une communauté, un zélateur se déchaîne en dénonçant une polémique émanant de “quelques vieux qui vieillissent mal et ne supportent pas de voir des hommes majeurs mais plus jeunes qu’eux étaler leur bien-être et avoir des pratiques amoureuses et sexuelles qu’ils n’ont jamais eu le courage d’assumer dans leur jeunesse”. Très choqués par ces affiches, mes fils aînés, du haut de leurs vingt ans, peuvent difficilement être assimilés à ces “vieux qui vieillissent mal”… On me rétorquera sans doute qu’ils appartiennent à cette frange “réactionnaire, rétrogade, ultraconservatrice” qu’il faut absolument affranchir de l’esclavage d’une culture bourgeoise et provinciale qui sent “la France moisie”, et qu’il est urgent, face à des cas aussi rédhibitoires, “d’arracher l’enfant au déterminisme de la famille et de la religion”, selon la gracieuse résolution de Vincent Peillon, ex-ministre de l’Éducation Nationale. 
En France en 2016, le courage consisterait donc à assumer des pratiques sexuelles déviantes que le commun des mortels enfouirait lâchement dans un subconscient qu’il n’aurait pas l’audace de réveiller… Est-il permis d’avoir d’autres définitions du courage, ou bien la police de la pensée veille-t-elle à ce que nous suivions strictement ces idées tordues et ces turpitudes libidineuses ?

LE VIOL DES ÉNERGIES ET DES CONSCIENCES
Les mots ne sont pas anodins. On sait que de leur manipulation à des fins idéologiques, naît l’asservissement des consciences — prélude à toutes les décadences. Or, ceux qui nous gouvernent sont passés maître dans les tours de passe-passe et les opérations de distorsion du réel consistant à vider de leur sève les idéaux qui habitent l’inconscient collectif, en revisitant la grammaire des émotions et des idées via le tamis officiel du politiquement correct.
Prenez le néologisme anglais “pro-life” défendant le “droit à la vie”. L’expression est vouée aux anathèmes de la bien-pensance actuelle qui fustige une pensée ultraconservatrice émanent de coteries catholiques fondamentalistes. Revendiquer “le droit à la vie” est donc devenu indécent, scandaleux, ringard, choquant. Dans le même temps, on célébrera les Eagles of Death Metal (littéralement : les “Aigles de la mort”), groupe musical devenu symbole de la résistance face à la barbarie depuis la tuerie du Bataclan. Vive les Aigles de la Mort, à bas le droit à la vie ! Nous ne sommes pas loin des cultes sataniques qui inversent le sens des célébrations et vénérations, pour opérer le viol des énergies et des consciences et se vouer explicitement au Prince des Ténèbres…
Qu’on en juge par les diatribes actuelles, qui atteignent un rare niveau de virulence, preuve que “l’ennemi se déchaîne”. François Fillon, le favori des Primaires de la Droite et du Centre, a dit ne pas vouloir revenir sur la Loi Veil tout en soutenant que [philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l’avortement] (Meeting d’Aubergenville, Yvelines, 22 juin 20016). Émoi de toute la classe politique, bien symbolisé par ce qu’écrit Elsa Granger dans le Huffington Post : « la posture philosophique et religieuse anti-avortement d’un potentiel président doit-elle faire craindre un accroissement des inégalités face à l’IVG ? »
On notera au passage l’utilisation du dédaigneux vocable “posture” : une affirmation philosophique et religieuse qui n’est pas labellisée politiquement correcte, n’est pas une conviction mais une posture… Dans notre société qui prône au mégaphone la liberté d’expression, il est très déconseillé de revendiquer ses idéaux ou sa morale de comportement. Surtout lorsqu’on est suspecté de représenter “l”ordre moral daté d’un autre temps”, selon les propos très condescendants de la ministre Marisol Touraine. Développement de la pensée officielle : « Au cours du dernier quinquennat, les ministres des Droits des femmes et de la Santé successifs ont largement fait progresser l’expression du droit à l’IVG : retrait du terme “situation de détresse”, suppression du délai de réflexion, prise en charge à 100% du parcours d’IVG, renforcement de l’offre proximité avec des sage-femmes pouvant pratiquer des IVG médicamenteuses et les centres santé des IVG instrumentales ». Encore une fois, célébration estampillée officielle des “Aigles de la Mort”, pulvérisation de la culture de vie, supposée condenser la résurgence d’une “vision archaïque, rétrogade et ultraconservatrice” de la société. Terrasser l’ordre moral ? Pour faire l’apologie de l’ordre immoral ? C’est tout le sens de ces affiches qui fleurissent actuellement dans nos villes. On remarquera que les sujets du moment, même si l’enjeu est l’avenir de la France, tournent tous autour de la sexualité. 
« Corps et âmes » : ça sent le naufrage !

MODERNITÉ. Que d’âneries, d’énormités et de navrantes confusions commises en ton nom !
Pour faire moderne, on ânonne et ressasse les mantras à la mode : “Droit de la femme à disposer de son corps”, “Tolérance”, “Liberté d’expression”, “Droit à la différence”, “Le Vivre-ensemble”. Ne voyons-nous pas l’épaisse fumisterie, la funeste escroquerie de l’époque à travers ce catéchisme improvisé, ces faux dieux et l’ombre permanente des Aigles de la mort ?
J’ai revu l’autre jour sur une petite vidéo, l’extraordinaire effervescence animant l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, où des députés applaudissaient quasi unanimement dans une “standing ovation” longue et nourrie, avec une franche jubilation complice. Quelle victoire pouvait expliquer une telle liesse ? L’éradication de Daech ? La baisse significative du chômage ? L’avènement du bonheur pour tous ?
Non. Simplement, l’avènement du Mariage pour Tous ! Le droit pour les homosexuels de se marier ! Voilà quel genre de célébration est capable d’enflammer l’Hémicycle, voilà ce que l’on appelle, en termes officiels, une avancée sociétale considérable, aussi fondamentale, si l’on en croit Christiane Taubira, que l’abolition de l’esclavage…

CHANGEONS D'AIR ! CHANGEONS D'ÈRE !
Interrogé ce matin, l’économiste Jacques Sapir, directeur d’études à l'EHESS, a affirmé sans ambages : « le programme de la droite est irresponsable et provoquera une récession tout à fait considérable ». Compte tenu de l’inversion des valeurs et de la confusion totale dont on affuble le sens des mots, je me demande si l’on ne doit pas appeler de ses vœux ce que cet éminent spécialiste redoute : cette “récession tout à fait considérable”, que d’autres, en d’autres temps, ont nommé “rigueur”, “courage”, “réformes nécessaires” ou “retour au monde réel”… Foin des experts et des doctes ministres du “nouveau désordre moral” ! Les Français en ont assez qu’on leur dicte ce qu’ils doivent penser, pour qui ils doivent voter, comment ils doivent vivre leur sexualité, quel programme politique est ringard et quel autre est moderne. Si médias, instituts de sondage et politiques se déchaînent actuellement, c’est qu’ils perdent tout crédit et toute crédibilité. Ils perdent la main. C’est peut-être le signe annonciateur d’une bonne nouvelle. Et si les Français étaient en train de se réapproprier leur destin, de dessiner les contours d’une France qu’ils aiment, de renouer avec une tradition, caricaturée à outrance, mais qui fut le symbole d’un art de vivre et d’une joie de vivre qui ont cruellement déserté la toute-puissante “modernité” ? Si les Français étaient en train de découvrir les supercheries fomentées par des idéologies mortifères, des injonctions désastreuses et des promesses jamais tenues ? S’ils découvraient enfin la pathétique influence de lobbys ultra minoritaires qui font régner une terreur de la pensée, au point de disqualifier (voire de pénaliser légalement) toute pensée différente, même si celle-ci puise aux sources du bon sens et d’une vérité irréductible datant de l’origine de l’humanité ?
Ouf ! Il est grand temps de changer d’air. De changer d’ère !

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LE CRÉPUSCULE DES IDÉAUX…
Une personne vient d'adresser à un groupe choisi de destinataires (dont je fais partie) une apologie du diagnostic sans concession de Philippe de Villiers, suite à la parution de son livre “Le moment est venu de dire ce que j'ai vu”. La mention qui accompagne son commentaire est flatteuse : “un rayon de vérité dans la trame obscure de la sphère politico-économique”.
Cela devient une spécialité nationale, abordée par des gens de tous bords, de toute sensibilité et de toute obédience politique : le discrédit de la modernité, la critique en règle de toutes les institutions qui nous gouvernent, la sombre réjouissance suscitée par la faillite de tous les systèmes. Michel Houellebecq avec son “Soumission”, Eric Zemmour avec son “Suicide français”, Michel Onfray avec son “Cosmos” (où celui-ci écrit avec une triste gourmandise : “cette civilisation est en train de disparaître”), et à présent de Villiers, tous y vont de leurs prédictions catastrophistes, de leurs polémiques indéfiniment répétées, de leur sombres prospectives, s'ingéniant à jouer les Cassandre et les oiseaux de mauvais augure.
Les chiffres de vente vertigineux atteints par ces ouvrages (tous des best-sellers immédiats) attestent de la popularité du cynisme et de la sombre réjouissance comme exutoires à la sinistrose ambiante. Ce ne sont pas les confectionneurs de journaux télévisés qui diront le contraire : “Les mauvaises nouvelles et les catastrophes planétaires, ça se vend bien !”
Au risque de contrarier le délicieux consensus qui entoure ces libres penseurs, j'éprouve une méfiance instinctive pour ceux qui tirent leur notoriété de l'énonciation systématique des malheurs du monde, ou de notre pays. Je ne peux m'empêcher de songer à cet avertissement de St Matthieu (24,11): « Plusieurs faux-prophètes s'élèveront, et ils séduiront beaucoup de gens », et celui de St Jean (1, 4:1) : « Éprouvez les esprits, pour savoir s'ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde ». 
Que cherchent au fond nos intellectuels délateurs à la mode du moment ? De créer des sectes ou des idéologies nouvelles ? D'accentuer le désastre en instillant dans les esprits troublés le lent poison du désespoir ? Ou, plus vertueusement, de susciter un éveil, des indignations ? Précisément, “Indignez-vous !” fut le titre d'un bref essai de Stéphane Hessel (2010), défendant l'idée selon laquelle l'indignation est le ferment de l'esprit de résistance.
Là est l'ambiguité de l'exercice de style polémique — intellectuellement très gratifiant, car il évoque le courage de la pensée, mais qui peut s'avérer parfaitement stérile voire destructeur, quand il ne fait que dénoncer, en s'abstenant d'évoquer toute alternative viable, toute idée de reconstruction. 
Le vrai courage pourtant serait là, très exactement : dans la capacité de convertir le mal en bien, de stigmatiser les aberrations de tous les systèmes pour inaugurer d'autres voies et œuvrer activement pour l'avènement d'un monde nouveau. D'associer la pertinence de l'analyse à la puissance inventive de solutions pour demain. C'est là que l'on perçoit à quel point nos petits prophètes du moment ont le souffle court : ils ne s'engagent pas, ils sont engoncés dans leur déprimisme et se contentent de dénoncer, de remuer le fer dans la plaie, d'annoncer les signes d'inéluctable décadence. De fait, cette décadence n'est inéluctable que parce trop de gens leur ressemblent, passant leur temps à dresser l'interminable inventaire de tout ce qui ne va pas, à prouver aux optimistes qu'ils ont tort, parce que le pire est certain, et le meilleur l'illusion d'un jour ! Le culte de l'autoflagellation bat son plein avec tous ces apôtres de malheur ! Curieuse jouissance que celle qui consiste à se repaître des symptômes d'une catastrophe annoncée…
Ainsi naît le crépuscule des idéaux, dans une société qui se complaît à discerner tous les signes de décadence, en se posant en briseuse de rêves et d'espérance !
Pour entrer en résistance, il ne suffit pas de s'indigner de tous les errements et de toutes les errances qui accablent notre société, mais de proposer d'autres manières d'envisager l'avenir. Il ne suffit pas de “lutter contre” (ce qui est à la portée de n'importe quel ado rebelle), mais d'orienter son énergie vers un “lutter pour”, de poser des choix, des options de valeurs, des fondamentaux intangibles autorisant toutes les renaissances. Tous les thérapeutes le savent : pour guérir un patient que guette la dépression, rien ne sert de donner raison à ses motifs d'affliction, il faut lui donner des raisons d'espérer !
Ouvrir les fenêtres au lieu de s'enfermer. Obéir à ce double mot d'ordre, dont la conjugaison atteste du vrai courage de la pensée : « Indignez vous et… émerveillez-vous ! »
Car ne nous y trompons pas : notre société est hantée par la culture de mort. Nos intellectuels n'échappent pas à cette tentation maligne. En ce temps de Toussaint, le fol enthousiasme suscité par Halloween et toute sa quincaillerie mortuaire traduit bien le fascinant attrait du morbide et du mortifère, et la sombre réjouissance qui nous anime — et nous abîme aussi. La culture de vie, à l'inverse, se nourrit d'espérance et de tout ce qui subsiste de meilleur en l'être humain, malgré les tribulations du monde et la corruptibilité des hommes. Ne nous laissons pas éloigner de cette mission extraordinaire, qui consiste, au lieu de rajouter aux malheurs du monde, à redonner des couleurs à la vie lorsqu'elle est menacée. À être et à demeurer plus que jamais des passeurs de joie et d'espérance.
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J'ai vu avant-hier le dernier long-métrage de Yann Arthus-Bertrand, « HUMAN », que le réalisateur présente comme “l'œuvre de sa vie”. Ce film documentaire présenté comme “bouleversant” et d'une “rare qualité émotionnelle” m'a laissé décontenancé et dans une profonde mélancolie, car ce reportage hautement louable dans son intention m'a paru corrompu par une secrète morsure. En effet, ce film a pour ambition de faire voyager à travers les êtres humains, en d'autres termes de présenter un visage de l'humanité dans toute sa diversité. Or, il en ressort un tableau accablant, particulièrement sombre, où malgré quelques éclats de lumière et des prises de vue naturelles magnifiques, sont surtout mises en exergue les pires turpitudes de l'âme humaine. Les témoins sont essentiellement des victimes : de la pauvreté, de l'injustice, de l'exil, de la violence conjugale, de la torture et des pires perversions humaines. Arthus-Bertrand déroule le fil de la tragédie humaine en général, et des tragédies personnelles en particulier. Il présente souvent des situations extrêmes, où le spectateur est saisi d'un sentiment d'effroi et d'impuissance. Et c'est là toute la limite de l'exercice du célèbre réalisateur, déjà pressentie à travers son plaidoyer écologique (« HOME ») : il sollicite instamment l'empathie en cherchant à secouer les consciences. Mais sa vision catastrophiste du monde ou des hommes, au lieu d'éveiller des initiatives salutaires, risque fort d'enfermer nos contemporains dans un champ de perception du réel qui leur est familier : le déprimisme. Dans ces reportages, il y a comme un déséquilibre tenant à une vision subjective et militante : trop de démons intérieurs et pas assez d'anges gardiens ; trop de barbelés emblématiques et pas assez de clés des champs ; trop de “PIRE” et pas assez de “MEILLEUR”. Car, on l'oublie trop souvent, l'humanité est capable aussi du meilleur ! Nous croyons bien à tort que le réalisme, pour être authentique et crédible, se doit d'être fondamentalement pessimiste. Celui qui a une vision positive du monde est politiquement et émotionnellement incorrect et est bien vite suspecté d'angélisme, de sotte naïveté ou d'utopisme. Selon l'injonction contemporaine, la joie est même en passe de devenir indécente : comment pouvez-vous oser être heureux dans un monde qui ne l'est pas ?
Yann Arthus-Bertrand prétend laisser parler ses témoins. Mais parmi les 2000 heures de témoignage recueillies durant les trois années de tournage dans soixante pays, il y a bien un parti pris, une tonalité voulue, une manière orientée de sélectionner tel témoignage plutôt que tel autre, bref de faire dire ce que l'on a envie de transmettre. Dans le documentaire qui suit la projection du film, le réalisateur l'avoue explicitement : il éprouve une fascination pour le basculement chez l'homme de l'amour à la haine. Fascination morbide, en vérité. Il y a une manière diamétralement opposée de considérer l'humain : la fascination pour la conversion chez l'homme de la haine à l'amour. C'est une vision transcendante qui caractérise toutes les spiritualités, à commencer par la foi chrétienne. Et c'est cette vision qui manque singulièrement à Arthus-Bertrand. Pas seulement la foi en Dieu, mais la foi en l'homme.
Quel but poursuit un réalisateur, lorsqu'il s'attarde sur le regard hypnotique d'un soldat américain, monstre froid prototype du psychopathe exprimant sa jubilation irrésistible de la pulsion de meurtre qu'il aimerait renouveler dès que l'occasion se présentera ? S'agit-il de faire croire que la barbarie sommeille au cœur de l'homme, et que celui-ci est animé par les fantasmes les plus sombres, les plus morbides, les plus pervers ? S'agit-il de célébrer la culture de mort, si omniprésente dans tous les champs de notre société ?
Avec “La Cité de la Joie”, Dominique Lapierre et Larry Collins avaient réussi le pari prodigieux de traduire ce que Sœur Emmanuelle appellera “la richesse de la pauvreté”, en se gardant pour autant de toute esthétisation de la misère. Kim Phuc, la petite Vietnamienne grièvement brûlée au napalm pendant la guerre du Vietnam (dont la photo, où on la voit nue et hurlant sa douleur, a fait le tour du monde après avoir illustré la couverture de Life Magazine en 1972), qui a subi 17 greffes de la peau et de nombreuses autres opérations, nous a donné un témoignage bouleversant en déclarant 25 ans plus tard : « Si je pouvais retrouver l’homme qui a bombardé mon village, je lui dirais que nous ne pouvons pas changer le passé mais que nous devons faire de notre mieux pour pardonner au présent et promouvoir la paix du futur ». De même, Maïti Girtanner, jeune résistante battue à mort en 1944, persécutée atrocement par un médecin nazi durant la dernière Guerre mondiale, manifeste une grandeur d'âme hors du commun en acceptant les retrouvailles improbables avec son ancien bourreau 40 ans plus tard, et en y voyant même une grâce. Elle dira « Très vite, j'ai eu le désir fou de pardonner à cet homme ».
Tous ces témoignages galvanisent par leur exemplarité. Ils nous donnent envie de nous mettre en marche pour contribuer à établir un monde meilleur. Ils montrent qu'au cœur des tribulations humaines, la vie est plus forte que la mort, et que le pardon et la volonté de réconciliation sont plus puissants que la haine et le désir de vengeance. Ce sont des témoignages de cette envergure qui manquent cruellement dans la sélection d'Arthus-Bertrand.
Il n'est de pédagogie que dans la confiance. Un même film thématique aurait pu être réalisé en présentant un tout autre visage de l'humanité. Par exemple en montrant des missionnaires à l'œuvre, des ONG secourant sinistrés, réfugiés ou populations persécutées en temps de guerre ; des gestes de courage manifestant l'altruisme, la charité et la compassion dont l'homme est capable ; l'exemple de jeunes gens qui, bien qu'imprégnés par la culture égocentrée des sociétés matérialistes, choisissent de donner une année de leur vie pour soigner les lépreux chez Mère Teresa ou de se consacrer à une mission caritative ou humanitaire dans d'autres innombrables missions de service. 
Montrer que l'homme est certes capable des pires atrocités (l'actualité de Daech en est une pathétique illustration moderne), mais qu'il y a l'espérance, le sens de la beauté, l'élan vital, l'instinct de solidarité, des sentiments d'amour, d'amitié et de fraternité, de générosité et de compassion qui étreignent son cœur et permettent de s'affranchir d'un non-sens castrateur et mortifère. Au lieu de s'appesantir sur le témoignage d'un homme si terrassé par la misère qu'il n'a qu'une envie : se coucher et se laisser mourir avec les siens, pourquoi ne pas présenter un homme qui, avec l'énergie du désespoir, cherche en lui, encore et encore, les ressources pour s'en sortir ? 
Pourquoi ne pas avoir interrogé ces mêmes témoins avec des questions orientées autrement ? Par exemple : quelle est la plus belle personne que vous ayez rencontrée dans votre vie ? Parlez-moi de l'instant qui vous a sauvé, qui vous a donné le goût de continuer à vivre ?
Autant de témoignages qui auraient pu être édifiants autant que vivifiants, et qui, par leur exemplarité, n'auraient pas manqué de secouer les consciences assoupies, au lieu d'ouvrir la porte au désespoir, au doute sur la nature humaine et à tous ces témoignages qui accablent l'humanité et condamnent toute chance de salut. 
Face à tous ces apôtres du désenchantement qui hantent nos sociétés repues en quête de bonne conscience, il serait bon de ressusciter les vers d'Apollinaire : « IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ÉTOILES »… Et de recueillir les petites étincelles de beauté comme les précieux témoignages de notre humanité.

#HUMAN
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Nous vivons dans un monde étonnant. La journaliste et essayiste Caroline Fourest, amie intime des Femen et militante homosexuelle, publie un “Éloge du blasphème”, en affirmant de manière ostentatoire : « Le droit au blasphème est notre bien le plus sacré ». La formule laisse coi car elle tient de l'oxymore. En effet, n'est-ce pas la signification même du mot blasphème que l'outrage à tout ce qui est considéré comme respectable et sacré ? “Le drame de notre époque, c'est que la bêtise s'est mise à penser…” déclara un jour Cocteau. 
Cette liberté de dire tout et n'importe quoi est une des caractéristiques de notre époque. On donne la parole au premier idéologue ou sectaire venu, qui s'efforce de faire de ses lubies des évidences populaires ou de les brandir comme des vérités universelles. 
Au moment de l'affaire “Charlie Hebdo” en janvier 2015, où le thème de la liberté d'expression a été largement exploré et approfondi, il revient à Mgr Rey d'avoir émis cette parole de sagesse : « La sacralisation de la dérision et de l'injure ne peut produire en retour que de la haine (…) Il faut extirper les causes de ces violences si l'on veut pour l'avenir s'épargner le chaos ». De son côté, Tugdual Derville, perspicace promoteur d'une “écologie humaine”, mettait en garde ceux qui confondent liberté et permissivité : « La culture de la provocation sans limite ne contribue ni à l'unité, ni à la paix ». Quant à Chantal Delsol (philosophe et membre de l'Institut), elle tenait à préciser : « Au lieu du mensonge et de la dérision, il faudrait à la fois la vérité et le respect. La loi nous permet de tout dire. Mais la décence nous interdit de tout oser ».
Bref, il n'est pas interdit de penser à autre chose que Caroline Fourest lorsqu'il est question de “notre bien le plus sacré” : par exemple la famille, la foi, la vérité, la fraternité, le respect, la Vie. Toutes valeurs qui donnent sens à notre existence en nous ouvrant positivement au monde (cœur ouvert et esprit droit) et nous gardent des amertumes sans fin qui sont le pathétique apanage de ceux qui font de la transgression leur métier. Osons affirmer ces valeurs-là. Tout le reste passera et retombera en poussière. Et l'apologie de la décadence ne sera qu'un épiphénomène de l'histoire.

#RESPECT
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« Le pouvoir rend fou » prétendait le philosophe Alain. En tout cas, il éloigne considérablement de la réalité, au point que le pays légal coïncide de moins en moins avec le pays réel. Malgré tout ce qu'on invoque en termes de “liberté d'expression”, “démocratie participative”, “initiatives citoyennes”, les gouvernants de nos sociétés démocratiques adoptent de plus en plus les tics et les tocs des despotes. Bien entendu, leur sémantique, habilement calibrée, leur permet de donner le change. Ainsi, au lieu de reconnaître leurs erreurs dans des choix largement contestés par le bon peuple, ils se parent de la posture de visionnaires pour affirmer : « la société n'est pas encore prête ». Lorsque l'on pointe insuffisances, errances ou inefficacité de leur programme, ils s'insurgent en parlant de contre-vérités proférées par des gens qui ne connaissent rien. Lorsqu'ils battent des records d'impopularité, ils se drapent dans une fierté de chevalier blanc en affirmant : « nous n'avons pas été élus pour être populaires, mais pour entreprendre des réformes courageuses ». 
Tous ces arguments explicitent une déconnexion du réel, une manipulation machiavélique des faits, qui rappelle cette assertion d'un humoriste fameux : « Si les faits contrarient mes prévisions ou mes théories, alors les faits ont tort ! »
Le drame de la démocratie mal comprise, c'est que dès leur arrivée au pouvoir, les responsables deviennent irresponsables. Notamment avec cette certitude implicite, absolument navrante : « Nous sommes au pouvoir, et nous faisons ce que nous voulons ». Ce qui ramène à cette cynique définition du Président Queuille sous la IIIe République  : « La politique ne consiste pas à résoudre les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent ».
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LE FOND DU FOND…
Alexandre Jollien est un homme étonnant : handicapé moteur cérébral, il est philosophe et a écrit plusieurs livres-phares (comme ”Éloge de la faiblesse” ou “Petit Traité de l'abandon”) susceptibles d'éclairer les navigateurs perdus dans le vaste océan du monde moderne. L'autre soir, interrogé par la sémillante Emmanuelle Dancourt sur KTO, il retraçait son itinéraire spirituel avec les thématiques qui lui sont chères et dont il entend faire un art de vivre : vivre sans pourquoi, quitter la dictature de l'après, se détacher du poids du qu'en-dira-t-on, oser un amour plus vrai. Il parle même du “fond du fond”, non pour traduire l'abîme dans lequel l'homme peut sombrer, mais pour évoquer le passage de la surface à la profondeur, et plus encore l'exploration des différents niveaux de profondeur. C'est le cœur de l'être qu'il veut toucher, avec la même ferveur qu'un alpiniste se lance à l'assaut d'un sommet immaculé. Des psychanalystes trouveraient beaucoup à dire sur cette descente dans les différentes strates de notre géologie intérieure. À quoi rime une telle quête ? À rien. À rien d'autre que trouver la paix intérieure (plus enracinée que le terme vague et équivoque de “bonheur”), se construire dans la joie dans une authentique attention au prochain. Bien au-delà des apparences. 
On s'étonne que cet homme, encombré par un corps douloureux et maladroit, parvienne mentalement à avoir la légèreté lumineuse du papillon et l'élégance de ces esprits nourris d'attention ardente et de silence.
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« VIVRE ENSEMBLE EN FRÈRES… OU MOURIR COMME DES IDIOTS »
Ma journée s’est illuminée hier à la lecture d’un article où il est question d’un couple de millionnaires qui sillonne la méditerranée pour sauver la vie des migrants, après avoir consacré 7 millions d'euros dans une fondation. Cette anecdote vécue “en actes et en vérité” est réellement réjouissante parce qu’elle met en scène des personnes qui, bien au-delà d’une réussite matérielle et d’un bien-être personnel et egocentré, ont compris que la réussite passe par une forme de don de soi. Non seulement ils ont créé une fondation, mais ils paient directement de leur personne.
Tout a commencé alors qu'il faisait du cruising sur leur yacht privé entre la Tunisie et Lampedusa et qu'ils repèrent un gilet de sauvetage flottant à la surface, symbole suffisamment marquant pour leur faire prendre conscience du drame des migrants fuyant un pays où ils risquent l'extermination. Touchés par un appel du pape François appelant la communauté internationale à "abattre les murs de l'indifférence”, ces croyants décident d'acheter un bateau pour se porter au secours de naufragés. En 2014, ils sauvent 3.000 migrants en deux mois !
Tout récemment, après la multiplication des naufrages de migrants en Méditerranée, l'animateur de de France 2, Frédéric Taddeï a posé la question : "Après le drame de Lampedusa, peut-on accueillir toute la misère du monde ?", dans le cadre son émission "Ce soir (ou jamais !)", vendredi 24 avril. L'occasion pour Fatou Diome, écrivain sénégalaise, de pousser un coup de gueule après les récents naufrages de migrants en Méditerranée, concluant son état des lieux par ces mots : « On sera riche ensemble ou on va se noyer tous ensemble ! »
Comme un cri du cœur qui rappelle étrangement cet avertissement de Martin Luther King : « Nous devons vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ». 

#FRATERNITÉ  
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« Conservons par la sagesse ce que nous avons acquis par l’enthousiasme. » Condorcet
J’aime à rappeler qu’il y a en nous deux intelligences : celle de la tête et celle du cœur. Ou, si l’on veut, la raison et l’émotion. Pourquoi vouloir disqualifier l’une ou l’autre ? Toutes deux sont nécessaires à notre équilibre, dont le secret tient à ce dosage (constamment modifié selon les circonstances) entre l’élan pur et le discernement méthodique. L’élan du cœur, s’il est confirmé par l’enthousiasme, est probablement l’un des mouvements les plus vrais que nous puissions exprimer. Mais, pour perdurer, il lui faut obtenir les lettres de noblesse que seule la raison peut lui confirmer. Il faut que la tête accepte de suivre ce que le cœur a précédé. C’est lorsque s’entremêlent l’enthousiasme et le discernement que la vie est en mesure de nous entraîner dans sa spirale ascendante. Paul Eluard avait raison de soutenir qu’« il n'y a pas d'enthousiasme sans sagesse, ni de sagesse sans générosité ». L’équilibre, toujours, entre le cœur et la raison.
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Gilles Lipovestsky, philosophe et sociologue, et penseur de “l'Ère du vide”, présente cette réflexion surprenante : « Songez que le monde entier est contenu dans un objet qui ne pèse rien et tient dans votre main. On estime qu'un smartphone a désormais autant de capacité de calcul que les ordinateurs de la Nasa ayant permis les premiers pas de l'homme sur la Lune en 1969. »
Le constat le plus surprenant est : avant les smartphones, les enfants étant souvent “dans la lune”, apprenaient à occuper le temps, s'embêtaient parfois — ce qui les rendait merveilleusement créatifs, dans leurs jeux comme dans leurs bêtises. Les merveilles de technologie les distraient et les accaparent : ils ont le monde dans la poche, mais il n'est pas sûr qu'ils n'aient pas perdu la vitalité joyeuse qui caractérisait l'enfance, et les règles ancestrales concernant l'usage du monde et le sens de leur vie. C'est en quoi le modernisme apparaît autant fascinant que déprimant, autant porteur de possibles qu'infiniment réducteur.

#Smartphone  
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« Qu’est-ce que le bonheur, sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène ? » Albert Camus
Ernst Jünger définissait le bonheur comme « l’harmonie dans laquelle nous vivons avec les choses qui nous entourent. Moins ces choses sont nombreuses, plus elles sont simples, et plus l’accord est pur et aisé. De là vient que les êtres simples ont aussi le moins de mal à être heureux »…
S’ajuster. Tel est peut-être le grand but de la vie. Rapprocher ce que l’on vit et ce que l’on est. Faire coïncider si c’est possible, et le plus souvent possible, notre raison de vivre et notre mode de vie. Ne jamais déserter son idéal, y compris dans l’ordinaire des jours, et aborder les vicissitudes de l’existence avec la même justesse sereine que lorsqu’il s’agit de joies profondes. Si nous sommes capables de cela, alors nul doute : nous ferons du bonheur notre ami pour toujours.

#BONHEUR  
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