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Réflexion très intéressante issue des commentaires sur ma critique de l'approche de la décentralisation par la communauté libriste ( http://ploum.net/post/opportunites-manquees-du-libre-2-decentralisation ).


Un des principaux arguments en faveur de la décentralisation est que lorsqu'un problème  technique se pose, seule une petite partie d'utilisateurs est affecté. Le système dans son entier continue à tourner.

Le postulat implicite est qu'il est préférable de minimiser le nombre de personnes souffrant d'un problème.

Or, socialement parlant, il semblerait que ce postulat ne soit pas vérifié et que, au contraire, il est préférable que tout le monde soit affecté par le même problème en même temps.

En effet, si vous utilisez un petit fournisseur, que ce soit pour votre email, votre téléphone ou n'importe quoi, vos correspondants, pour qui tout fonctionne bien, vont s'attendre à ce que tout fonctionne bien également pour vous.

Dans le cas de l'email, ils vont soit recevoir un message qu'ils ne comprendront pas (je n'ai jamais rencontré un non-informaticien qui était capable de comprendre qu'il suffisait de lire les messages d'erreurs des emails) soit ils s'attendront à ce que le message soit arrivé instantanément. Si ce n'est pas le cas, ils vont vous faire porter la responsabilité de ce problème, notamment à cause de votre choix d'un fournisseur alternatif. 

Lorsqu'un fournisseur majeur tombe dans les choux, tout le monde est affecté en même temps. Et la nouvelle circule vite via les autres réseaux d'informations voir, parfois, dans la presse. Un des cas les plus connus est Twitter, réputé pour son instabilité.

Prenons le cas où GMail serait indisponible pendant 12h : 

* Cela ferait la une des journaux, les gens seraient informés et utiliseraient d'autres moyens de communication.
* Il serait normal de répondre à quelqu'un que vous n'avez pas accès à vos emails
* En aucun cas il ne viendrait l'idée à votre interlocuteur de vous faire porter une partie de la responsabilité


Il s'avère donc que l'argument fonctionnel en faveur de la décentralisation soit, socialement, un désavantage.

Je n'avais jamais pensé à cela mais cela explique encore plus le défi de la décentralisation.
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Simon VIEILLE's profile photoLio Dricot's profile photo
5 comments
 
C'est marrant car tu te contredis je pense. Quand j'évoquais le fait qu'un service ne doit pas être nécessairement UP h24, tu m'a répondu que c'était la réponse typique du libriste :

« "Les gens ont-ils besoins d'un accès continue à leur service ?" > exemple type du cliché libriste que je dénonce dans mon billet précédent. Si le libriste ne sait pas le faire, il va tenter de te convaincre que ce n'est pas nécessaire. »

Tu évoques dans ton post que des moyens alternatifs pourraient prendre place. Pourquoi un service décentralisé ne permettrait à ses utilisateurs d'employer ces moyens alternatifs pour continuer la communication avec le reste du monde ? Si je prend comme exemple mon serveur de mail : demain il tombe je peux communiquer avec d'autres emails (comprendre "utiliser d'autres serveurs de mails") et également avec d'autres services (irc, jabber, téléphone, réseaux sociaux) et ça ne m'a jamais posé de problème.

Qui plus est, il ne faut imaginer qu'un service décentralisé ne peut pas être redondé. Si j'ai envie que mes mails arrivent toujours même si la machine chez moi tombe, il me suffit d'avoir une redondance quelque part sur Internet.

Enfin, changer le moyen de communication, même temporairement n'est pas nécessairement aussi simple que tu le dis. Si je reprend l'exemple des mails, très peu de gens ont leur carnet de contact ailleurs que sur le service à priori down. Comment tu échanges avec une personne sans avoir son adresse ?  GMail down c'est une trop grande partie des communications coupée et ça coutera cher à beaucoup de monde.
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Je ne vois pas ce que tu essaies de dire. J'explique que si, les gens ont besoin d'un service 24h/24 mais que si ça tombe lorsque c'est centralisé, c'est "moins grave" car tout le monde est dans le même pétrin. Le fait que tu ne puisses pas contacter quelqu'un est moins grave car la personne sait qu'elle ne peut pas être contacter et, dans un système centralisé absolu, personne ne peut contacter personne.

Exemple type : on a besoin de l'électricité 24h/24. Tu reçois des amis. Panne totale dans le quartier. Tout le monde en discute, on sort voir avec les voisins, on sort les bougies. Les invités comprennent.

Par contre, si seulement ta maison est affectée et que tu dis "ah oui, ça arrive. C'est parce que j'ai mon propre générateur" et continue comme si de rien n'était, tes invités vont te prendre pour un plouc profond qui n'a pas un système électrique fiable.

Quand à la redondance des systèmes décentralisés, cela nécessitent beaucoup de travail/temps/argent et, surtout, il y a toujours un "single point of failure". Typiquement le DNS qui n'a pas été renouvelé.
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Donc tu penses que paralyser la beaucoup de gens c'est mieux que de se taper éventuellement (car c'est loin d'être systématique) l'air con ?! Je suis désolé mais c'est de la mauvaise foi.
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Simon > Non, ce n'est pas de la mauvaise fois. C'est juste la réalité sociale. Technologiquement, c'est bien sûr complètement sous optimal. Mais socialement non.

Et on ne parle pas d'avoir l'air con, on parle de ne pas avoir l'air crédible ou sûr.

Le problème c'est que c'est incompréhensible pour les ingénieurs : une solution absolument suboptimale techniquement serait socialement plus adaptée ? Un problème général serait plus acceptable qu'un problème local ?

Si tu devais gérer des boites emails de clients technophobes, tu comprendrais sans doute ce que je veux dire.
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Je le fais et je sais très bien ce que conduisent une panne locale et une générale. Qui plus est, même si naïvement on pourrait te donner raison, le sujet mérite développement et je suis certain la conclusion ne serait pas aussi catégorique que ton explication.
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