"Deux tiers des Français souhaitent que l'UE se recentre sur certains pays". Et ils ont mille fois raison. Reste à savoir quels pays, avec quel objectif et dans quelles conditions. Pour rappel : « la différenciation » à l’intérieur de l’UE a été pendant longtemps l’une des premières priorités de la France. Au point de vouloir en faire, avec le résultat que l’on connaît, hélas, un préalable à l’élargissement. 

Depuis lors, c’est devenu communément admis que rien ne peut être construit à 28. Encore faut-il se retrouver entre les solutions proposées (géométrie variable, Europe à plusieurs vitesses, « grappes », Europe à la carte). Au fait, c’est plutôt simple, en matière de défense européenne. Un « recentrage » (ou avant-garde) n’a de sens, que s’il revendique à la fois le volet « européen » et la dimension « défense ». 

En se fixant d’abord comme objectif la préservation d’une réelle autonomie stratégique. Ce qui passe forcément par la mise en place d’une politique de préférence (i.e. protectionnisme intelligent) dans les secteurs d’importance cruciale, tel l’armement. En se souscrivant, ensuite, à des engagements de défense mutuelle entre participants. C’est le fondement même des liens de loyauté et de confiance (comme en témoigne aujourd’hui l’acharnement de l’US/OTAN à convaincre de la robustesse de son article 5).

Sans ces deux critères (préférence industrielle et défense mutuelle) posés comme préalables, toute initiative de recentrage ne serait que du bricolage.

Voir aussi : 
Une synthèse sur le concept de noyau dur/avant-garde : http://www.hajnalka-vincze.com/Publications/122 
Une analyse détaillée sur le même sujet : http://www.hajnalka-vincze.com/Publications/153
Application du concept dans l’état actuel de l’Europe de la défense : http://blog.hajnalka-vincze.com/2013/12/leurope-et-la-defense-comment-faire-en.html 

 (Deux tiers des Français souhaitent que l'UE se recentre sur certains pays, AFP, 4 mai 2014)
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