Auditions à la Commission des affaires étrangères du Sénat américain au sujet du Partenariat oriental de… l’Union européenne. A la veille du sommet entre l’UE et ses partenaires de l’Europe de l’Est/ Caucase du Sud, l’Amérique redouble d’efforts pour soutenir le rapprochement des ex-Républiques soviétiques aux structures de l’UE (par le biais d’accords d’association et d’accords de libre-échange pour commencer).

Victoria Nuland, Secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires européennes/eurasiatiques, explique à la Commission US que l’administration multiplie ces derniers temps les occasions de faire savoir aux membres de l’UE à quel point l’Amérique est en faveur du processus (réunions bilatérales du Vice-Président avec les dirigeants européens, discours du Secrétaire d’Etat Kerry focalisé sur ce sujet lors du dîner transatlantique annuel, après avoir déjà rappelé à ses homologues de l’UE l’importance stratégique que les USA y attache à leur réunion à Vilnius en août dernier etc.).

De manière plutôt habile, les responsables de l’administration Obama ont réussi jusqu’ici à éviter de s’immiscer trop ouvertement dans ce qui est en principe une politique de l’UE (où, toujours en principe, l’Amérique n’a pas voix au chapitre). Cet activisme n’en révèle pas moins les pressions US qui s’exercent en coulisses. Au fond, les Etats-Unis considèrent toujours, comme l’a dit l’ancien ambassadeur US à Bruxelles, que l’UE et l’OTAN sont « nos deux grandes institutions transatlantiques ».

La prudence d’aujourd’hui remonte en effet à une bourde de l’inimitable George W. Bush. Et à la réplique cinglante par laquelle le Président Chirac a remis son homologue US à sa place tout de suite. Pour rappel : à propos de l’adhésion de la Turquie à l’UE, M. Bush s’est permis de déclarer devant une audience turque que « vous devriez obtenir une date de l’UE pour votre entrée dans l’Union européenne ». C’était la goutte de trop. La réponse du Président français ne s’est pas fait attendre.

Pour le président Chirac, Bush « est non seulement allé trop loin, mais il est allé sur un terrain qui n'est pas le sien ». Et à M. Chirac de poursuivre, lors d’une conférence de presse en marge du sommet de l’OTAN qui plus est : « Il n'avait aucune vocation à donner une obligation ou une voie quelconque à l'Union européenne. C'est comme si j'expliquais aux Etats-Unis la façon dont ils doivent gérer leurs relations avec le Mexique ». 

Une comparaison à garder en tête, pour nos dirigeants européens, quand ils sont confrontés aux injonctions (ou «vifs encouragements») américaines. Même si dans les coulisses ça peut leur paraître moins indigeste.
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