Il était temps. Derrière l'unité factice d'une Alliance soudée par des garanties toutes-puissantes, les premières dissensions se font (discrètement) entendre. D’après le New York Times « L’Europe de l’Est s’inquiète de la capacité de l’OTAN à freiner la Russie ». L’Alliance est restée beaucoup trop en retrait selon certains Etats membres (à sa frontière orientale notamment). Et le NYT de préciser que cette inquiétude ne porte pas seulement sur la capacité, mais aussi et surtout sur la volonté de l’OTAN de faire face à la menace russe. En raison de l’attitude de certains alliés en Europe occidentale, peu enclins à pénaliser drastiquement leurs relations commerciales avec Moscou. 

L’article cite l’ancien ministre de la défense de la Lettonie, Artis Pabriks, selon qui « Pour nous, ce n’est pas une question d’argent, mais une question existentielle ». Tandis que les autres sont, semble-t-il, motivés par leurs seuls intérêts mercantiles. Et on donne tout de suite la liste de ces moutons noirs : la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, tous ayant « d’importants liens d’affaire et énergétiques » avec le régime moscovite. Ceci étant leur seule et unique préoccupation, au moins d’après l’article.

Mais alors, qu’en est-il de l’Amérique ? Au fait, c’est là que l’article du NYT devient intéressant, en admettant – contrairement aux fanfaronnades de l’OTAN – que le soutien US est, jusqu'ici, « très symbolique ». Bien sûr, dans le cas de Washington, c’est pour des raisons nobles, à savoir pour « ne pas ajouter de l’huile sur le feu ». Mais peu importe aux yeux de Riga, Vilnius ou Varsovie. Ils focaliseront sur le fait que « l’administration Obama jusqu’ici rejette l’idée (…) d’augmenter de manière significative la minuscule présence des troupes US/OTAN » Les soi-disant envois de troupes sont en réalité des relocalisations temporaires de forces déjà stationnées sur le vieux continent. 

D’où une certaine impatience exprimée par les alliés les plus zélés de l’Amérique. Selon le président estonien : « Tout ce qui a été dit sonne fort bien, et l'OTAN a annoncé diverses mesures aériennes et maritimes. Mais quand cela commencera à être réellement mis en œuvre, ça sonnera et ça paraîtra encore mieux ». Et le même d’ajouter que ce dont ils ont besoin « ce sont des bottes sur le terrain, une présence dans la région ». On en revient donc au rôle traditionnel d’« otage » des troupes US stationnées en Europe (pour compenser l’incertitude de l’engagement américain via l’article 5 du traité de Washington).

Les propos de l’ex-ministre letton traduisent plus qu’une impatience, un certain agacement. Pour lui, les opinions publiques baltes et polonaise ne sont pas convaincues par les récentes annonces de l’OTAN (le fameux « paquet de réassurances »). En effet, les divisions au sein de l’OTAN pourraient encourager le président Poutine de tenter sa chance. « S’il le fait, et si l’OTAN ne réagit pas avec force, alors l’OTAN est morte ». « Nous devons signaler clairement qu'il s'agit d'une ligne rouge, pas une ligne rouge comme en Syrie, mais que si vous traversez cette ligne, nous allons tirer ». NB : M. Pabriks sait bien de quoi il parle quand il envoie cette petite pique, puisqu’il était en fonction lors de la crise en Syrie…
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