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Emilie Benaim
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Diplômée d’un Master 2 de la Sigmund Freud University de Vienne-Paris en psychothérapie
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Procastination : comment arrêter de tout remettre à plus tard ?


Remettre à demain ce que l'on pourrait faire tout de suite… Quand il s'agit de procrastiner, tous les degrés sont possibles : d'un blocage passager pour telle corvée que l'on repousse ponctuellement, jusqu'à la tendance durable à tout remettre à plus tard avec des conséquences matérielles très sensibles. Mais comment comprendre la procrastination et surtout éviter d'y céder ?


Ne pas faire les choses tout de suite, quand elles sont pénibles, peut sembler assez compréhensible. Mais tout le monde n'adopte pourtant pas cette stratégie, on peut même dire qu'environ la moitié des personnes préfèrent se débarrasser tout de suite des corvées pour avoir l'esprit tranquille et se consacrer ensuite aux choses plus agréables. Les autres optent par la solution inverse : commencer par les choses plaisantes pour terminer par les plus embêtantes. Si vous êtes dans ce cas et si la procrastination est devenue un réel problème pour vous, allons-y !



L'anxiété de l'incertitude
Un des principaux facteurs qui pousse à la procrastination est l'anxiété. Comme pour les phobies ou les troubles anxieux, le fait de différer une action est un équivalent de comportement d'évitement, qui annule (transitoirement) le stress qui lui est associé. Selon le contexte, cette anxiété peut être liée à l'incertitude, au manque d'assurance dans ses propres capacités, ou à toute autre crainte générée par l'action à réaliser ou à ses conséquences potentielles. Il peut notamment s'agir d'une anxiété sociale, par exemple pour des rendez-vous que l'on repousse ou pour des objectifs qui comportent une dimension collective importante.

L'incertitude et l'insuffisance de maîtrise de la situation sont des éléments déterminants. Ne pas bien cerner à l'avance l'ensemble du problème à affronter, ne pas savoir combien de temps il va falloir y consacrer et surtout ne pas avoir une expérience antérieure de la même tâche et donc de sa réalisation constituent des obstacles majeurs au déclenchement de l'action, surtout quand on manque de confiance en soi. Ainsi, chaque fois qu'on aura le choix entre une action incertaine où l'on risque de s'enliser et une action que l'on maîtrise, on choisira la seconde évidemment.



Vouloir trop bien faire
Au-delà du manque de maîtrise d'une situation, un problème de fond explique souvent les habitudes de procrastination : une faible estime de soi et son corollaire, le perfectionnisme. Vouloir en permanence faire les choses de manière parfaite, pour se prouver sa propre valeur dont on doute en réalité, crée rapidement un cercle vicieux : placer la barre trop haut conduit fatalement à ne pas l'atteindre, ce qui finit par altérer encore plus l'image que l'on a de soi-même (« Je n'arrive jamais à rien », « C'est bien la preuve que je ne vaux rien »…). Cette course à la perfection empêche d'agir, et elle peut même directement fabriquer de la procrastination : plutôt que de se confronter à un possible échec, on préfère, même sans vraiment s'en rendre compte, ne pas essayer du tout.



L'estimation du temps
La question du temps est centrale dans la procrastination, puisqu'on est toujours en retard. Les personnes concernées ont souvent un problème avec l'estimation du temps que peut prendre telle ou telle action, avec une franche tendance à en sous-estimer la durée nécessaire, et à surestimer le temps restant avant la dernière limite. Cela peut s'apparenter à un excès d'optimisme, ou parfois aussi à la politique de l'autruche : avec l'intuition du retard que l'on commence à prendre, on préfère ne pas y penser et ne pas se confronter à la réalité. Ainsi, on s'y prend trop tard et on se sent dépassé, non pas parce que la tâche était trop difficile mais parce qu'on n'y a pas consacré assez de temps.



Un autre type de piège explique également le renforcement de la procrastination : les fausses urgences.Plutôt que de se lancer dans une tâche importante et en retard, on en préfère une autre, moins importante mais plus abordable (moins complexe, plus agréable). Ceci avec un prétexte permettant de se déculpabiliser, du type : « Il faut vraiment que je le fasse maintenant, ça ne peut pas attendre. » Et, de fausses urgences en fausses urgences, les choses vraiment nécessaires sont repoussées aux calendes grecques.

Enfin, le dernier facteur de procrastination est, paradoxalement, une tendance à l'hyperactivité. Quand celle-ci est désordonnée, avec de réels problèmes d'attention comme chez certains enfants mais aussi chez beaucoup d'adultes, le risque est de ne pas pouvoir construire une action de manière continue du début à la fin. Une distractibilité excessive conduit à passer effectivement en permanence d'un sujet à l'autre, et ainsi ne réaliser aucune tâche complètement. Les personnes concernées sont ainsi perdues dans de nombreuses actions, commencées mais interrompues, et ne s'y retrouvent plus. Cette tendance à la dispersion et au manque de concentration est naturellement amplifiée par toutes les incitations à la distraction, venant surtout des divers écrans et autres supports numériques.



Attention aux bonnes résolutions
Tout comme il est vain de décider de commencer un régime d'une heure à l'autre (ça ne tient pas très longtemps en général…), la grande résolution « J'arrête complètement de procrastiner dès aujourd'hui » n'a pas de sens et est plutôt contre-productive. Sans préparation ni plan d'action, vous risquez d'échouer très vite, de vous décourager en culpabilisant et de ne plus pouvoir vous attaquer au problème avant longtemps… Il faut passer d'une logique illusoire du tout ou rien à une procédure raisonnée et ciblée.

La préparation du changement consiste à bien analyser ses propres comportements, à être sûr de ses motivations (pourquoi dois-je changer et qu'est-ce que j'en attends ?), et à se fixer des objectifs en s'appuyant sur une méthode assez précise. Vous avez probablement des tâches en retard dans différents domaines : travail, études, rangement des vêtements ou des livres, classement des papiers, règlement des factures, bricolage, etc. Établissez des priorités en fonction des deux paramètres suivants : le degré d'urgence et d'utilité de la tâche à réaliser d'une part, et le niveau de difficulté et de pénibilité d'autre part.

Le paramètre à privilégier est le degré d'utilité et d'urgence, car avancer sur ces sujets peut vous faciliter la vie assez rapidement, et surtout renforcera votre motivation et votre confiance en vous si vous réussissez. Choisissez donc les actions que vous repoussez depuis longtemps, même si vous n'avez pas de délais obligatoires fixés par des conditions extérieures (ce sont souvent ces tâches qu'on repousse à l'infini), et qui comptent vraiment pour vous ou pour vos proches.

S'il y en a plusieurs, appliquez le second critère pour les classer : d'abord ceux qui devraient vous demander le moins d'efforts et de temps, puis les autres.



Dix petits problèmes valent mieux qu'un seul très gros
Une autre règle essentielle dans la lutte contre la procrastination est la segmentation des problèmes. Impossible de terminer une tâche de grande ampleur et de grande complexité en une seule fois et sur un temps court. Il est essentiel de décomposer les actions les plus lourdes en sous-actions plus abordables, prenant moins de temps et soulevant moins de difficultés quand elles sont traitées l'une après l'autre. Par exemple, si votre objectif principal est de ranger votre chambre ou votre cave, il est facile de segmenter cette tâche en sous-parties : d'abord ranger un meuble, puis un autre, puis certains tiroirs, etc.

Ceci vous permettra de ne pas vous poser trop de questions quand vous serez dans l'action, puisque la tâche est bien définie. Et surtout d'obtenir une réelle satisfaction à chaque fois qu'un sous-objectif sera rempli, plutôt que d'attendre la résolution de la totalité du problème pour vous sentir valorisé.

Il est essentiel d'introduire des récompenses lorsque vous atteignez des objectifs, des choses que vous ne vous autoriserez à faire que lorsque vous aurez rempli le contrat prévu. Cette autogratification peut sembler un peu rudimentaire ou triviale, mais elle fonctionne vraiment pour entretenir la motivation.



Un bon chronomètre
Si vous sentez votre détermination fragile, en tout cas au départ, je vous conseille la méthode des rounds. Tout comme vous aurez découpé la tâche à réaliser en plusieurs tranches d'objectifs, il est utile de découper le temps en périodes assez brèves, comme les rounds d'un match de boxe. Ces périodes, qui peuvent être de dix minutes par exemple, sont un bon garde-fou contre les risques de distraction.

La règle à vous fixer, et à respecter de la manière la plus stricte possible, est de ne rien faire d'autre que la tâche prévue pendant les dix minutes de chaque séquence. Vous pouvez vous accorder un répit à la fin de chaque round en faisant autre chose ou rien du tout (repos), ou choisir d'enchaîner tout de suite pour une nouvelle période de dix minutes si vous vous sentez en bonnes dispositions. Mais la même discipline s'impose pour toutes les séquences à venir : ne rien faire d'autre que la tâche et vous appuyer sur une mesure du temps objective, à l'aide du chronomètre de votre smartphone par exemple.

Les récompenses que vous vous accordez ne doivent pas risquer de vous faire dériver trop longtemps de votre mission principale… Donc pas d'activité addictogène, comme un jeu dont vous avez du mal à décrocher ! De même, il faut veiller à ne pas vous laisser distraire pendant la tâche par toutes les tentations habituelles, venant notamment de votre téléphone ou de votre ordinateur. Veillez ainsi à éteindre les appareils pendant les phases de travail important, ou au moins de désactiver toutes les notifications. Gardez en tête que votre concentration va être difficile à maintenir si la tâche à réaliser n'est pas très plaisante ou demande un effort de réflexion ou d'attention conséquent, donc protégez-vous bien contre toutes les tentations.



Gestion des objectifs et gestion du temps
Du début à la fin, vous risquez d'être freiné voire paralysé par votre exigence de perfection ou au moins votre désir de bien faire. Nous avons vu que cette tendance, louable sur le principe, peut être un véritable poison de l'action. Il faut donc vous préparer à la débusquer derrière toute critique envers vous-même, ou derrière toute tentative de renoncement à agir ou à continuer un travail. Vous ne parviendrez pas à tout faire parfaitement, c'est acquis, mais tout ce qui sera fait sera un pas vers votre satisfaction. Soyez intransigeant avec votre perfectionnisme !

Deux derniers conseils :

1. Essayez de repérer les périodes de la journée dans lesquelles vous êtes habituellement le plus productif. Nous avons tous des profils un peu différents : certains travaillent efficacement tôt le matin, d'autres le soir ou à certaines heures de la journée. Essayez de tenir compte de ces particularités pour planifier vos activités demandant le plus d'énergie.

2. Passez parfois en mode « urgence » quand les choses ne fonctionnent pas assez bien. Vous avez probablement déjà constaté que votre productivité est nettement augmentée quand vous devez absolument rendre un travail avant une date incontournable, ou quand une échéance s'impose à vous pour des raisons pratiques (départ en vacances, déménagement, visite d'un ami, etc.). Ce sont des moments où toute notre énergie et surtout notre motivation sont concentrées sur un seul objectif, avec une notion d'urgence obligeant à une certaine rapidité.

C'est d'ailleurs pour cela que certains finissent, de manière plus ou moins volontaire et consciente, par prendre l'habitude de travailler à la dernière minute pour gagner en efficacité. Mais il est possible de reproduire cette pression par des obligations que l'on s'impose à soi-même : s'obliger à terminer telle tâche absolument avant telle date en considérant qu'elle prime avant tout le reste. Ceci passe par un échéancier plus serré que ce que vous auriez tendance à vous accorder spontanément.

Cette stratégie peut apporter beaucoup, mais il est préférable de ne pas en abuser, car elle peut engendrer un niveau de fatigue et de stress excessif. Essayez d'alterner des périodes d'organisation normale avec ces plages de rush intense.



L'essentiel contre la procrastination
– Priorisez vos objectifs et commencez par ceux qui comptent le plus tout en présentant le moins de difficultés.

– Segmentez les tâches en sous-actions plus faciles à réaliser.

– Fixez-vous des séquences de dix minutes pendant lesquelles vous ne devez rien faire d'autre que la tâche prévue.

– Organisez vos activités en fonction des capacités que vous vous connaissez, notamment des jours ou des horaires où vous êtes habituellement le plus productif.

– Passez en mode « urgence » quand les blocages résistent, en vous fixant vous-même un délai impératif à ne pas dépasser.



Source: psychologies.com
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Syndrome du sauveur: comment se libérer du besoin maladif d’aider les autres?

Certaines personnes vivent dans un esprit de sacrifice permanent, forçant souvent l’admiration de leur entourage. Que cache ce besoin que les autres aient besoin de nous?
« J’ai l’impression de faire tout pour tout le monde, sans jamais recevoir en retour ». Cette petite phrase, nombreux sont les psychologues à l’entendre, tant ce qu’ils appellent le « syndrome du sauveur » est une cause fréquente de consultation.

« C’est l’histoire de ma vie, confie ainsi Sandra. J’en suis aujourd’hui libérée, explique la jeune femme, « mais il m’a fallu une longue remise en question pour cesser de tomber amoureuse d’hommes mal en point, alcooliques ou dépressifs, que je m’acharnais à vouloir remettre sur pied, sans bien sûr jamais y parvenir. »

Comment expliquer que pour certaines personnes comme Sandra, les relations se construisent toujours sur ce modèle de l’aidant et de l’aidé, sans que les rôles ne s’inversent jamais? D’où vient cette faculté à n’être attiré que par des partenaires, amis, collègues, qui ne vont pas bien? Où se trouve la frontière entre la générosité, qualité ô combien admirable et l’abnégation pathologique?



« Un besoin que l’autre ait besoin de nous »
« Ce syndrôme du sauveur est également appelé la codépendance, explique Emmanuelle Lacroix, psychothérapeute spécialisée notamment dans le traitement des addictions. C’est, pour résumer, le besoin que l’autre ait besoin de nous. »

« Cela devient pathologique lorsque ce besoin conditionne la relation. Autrement dit, lorsqu’on choisit l’autre parce qu’on y voit la possibilité de le sauver », ajoute Laura Gélin, psychanalyste. Et d’ajouter: « dès qu’il y a un sentiment de ‘dette’, c’est que la relation n’est pas saine ». « La codépendance, c’est aussi la copine qui est ravie quand on l’appelle pour lui dire que ça va pas parce qu’elle va pouvoir vous aider et vous soulager », cite en exemple Emmanuelle Lacroix.



Souvent, les « sauveurs » ont été, enfant, parent de leur parent
Les causes d’un tel comportement remontent la plupart du temps à la petite enfance, s’accordent à dire les deux thérapeutes. « C’est un schéma que l’on répète inlassablement, souvent parce qu’on a été mis très, trop tôt, en position de sauveur, qu’il s’agisse de ses parents, d’un frère ou d’une soeur, etc », analyse Laura Gélin. « Cela vient souvent d’une famille où l’enfant a été le parent de son parent (une mère dépressive, un parent handicapé, une fratrie de six où l’on est l’aîné…). Ou de familles où il y a un parent addict. Ou de familles où l’on voit son parent se ‘sacrifier’ pour l’autre ou un frère ou une soeur… », ajoute Emmanuelle Lacroix.

« Il peut aussi s’agir de personnes hyper sensibles, qui ne se sentent aimées qu’en prenant soin de l’autre. Sauf qu’au bout d’un moment, les sauveurs se perdent, ne s’occupent pas du tout d’eux-mêmes et sont des cocotes minutes d’agressivité et de frustration. Ils ne savent pas exprimer leur besoin et en veulent à l’autre. »

Des relations vouées à devenir toxiques
« J’ai grandi entourée d’un frère bien plus âgé qui se droguait et d’un père qui buvait. Dès ma naissance, je me suis probablement sentie investie d’une mission, que je n’ai pas pu mener à bien, évidemment, parce que le propre, la plupart du temps, des personnes dépendantes, c’est qu’ils ne veulent pas être sauvées. J’ai rempli un panier percé pendant des années et j’ai ensuite continué avec mon mari », raconte ainsi Sandra.

« Le problème de ce type de scénario, c’est qu’il est en effet la plupart du temps voué à l’échec, constate Laura Gélin. La relation devient forcément toxique. Si on parvient vraiment à sauver l’autre, du coup, cela ne marche plus puisqu’on a besoin d’être un recours permanent. Et si l’on n’y arrive pas, on s’épuise ».



« Je me sentais obligée d’être la psy de tout le monde »
Cette position intenable, Camille l’a expérimentée: « Je n’avais pas nécessairement l’impression de le chercher mais les gens autour de moi se confiaient très facilement à moi. C’était très lourd à porter, car je me sentais toujours obligée d’être la psy de tout le monde, de devoir « sauver » autour de moi. J’ai eu un « électrochoc » quand dans la même semaine une collègue et une étudiante (je suis prof) m’ont confié dans la même semaine qu’elles avaient été violées… Ces confidences, il faut pouvoir les accueillir. »

« Avec la maturité et une psychanalyse de 20 ans », Camille a réussi à se distancier pour mieux « aider » si nécessaire, « et surtout ne pas exister qu’à travers le « support » que l’on peut apporter à ses proches. » « J’ai renégocié mes rapports aux autres, même si je suis depuis tout petite ‘la mère’ de mes parents, et que l’âge et la maladie font que mes parents me placeront toujours dans la position de ‘sauveuse' »



Sauver les autres pour satisfaire un besoin de reconnaissance
« Pour sortir de ce cercle infernal, il faut parvenir à identifier le scénario originel que l’on reproduit inconsciemment », confirme Laura Gélin. Il est également nécessaire de se remettre en question et d’admettre que cette propension à vouloir sans cesse aider et soutenir son entourage ne relève pas que de la pure empathie ou générosité. Ne vivre qu’en fonction du besoin qu’ont les autres de nous peut en effet trahir « une volonté de toute puissance », explique Laura Gélin.

Sur le plan narcissique, se sentir indispensable au mieux-être de ses proches est très valorisant et peut satisfaire un désir de reconnaissance. Personne ne se sacrifie par pure abnégation, « pour » les autres. On attend forcément quelque chose, des remerciementsqui ne viennent en général jamais, pour la bonne raison d’ailleurs que souvent, l’autre n’a pas demandé ce sacrifice.



Identifier ses propres besoins
Il faut également, pour briser ce schéma, travailler sur ses propres besoins et son incapacité à recevoir, souligne Laura Gélin. Les personnes atteintes de ce syndrome du sauveur choisissant par ailleurs souvent des conjoints souffrant d’addictions, Emmanuelle Lacroix conseille également, lorsque c’est le cas, de se rapprocher d’associations comme AL-ANON, un groupe d’entre-aide pour les proches d’addicts.

« Bien entendu le partenaire en face ne sera pas ravi des changements de celui qui jusque là se consacrait uniquement à son salut, mais c’est essentiel pour la survie du sauveur. Sans quoi ce dernier peut finir par somatiser, déprimer ou faire des crises d’angoisse, voire basculer dans la consommation ». « Car à force de ne pas prendre soin de soi, le corps ne peut plus tenir. »

« On ne peut s’en sortir qu’en faisant le deuil de ceux que l’on n’a pas pu sauver enfant », résume Laura Gélin. « Lâcher ce fantasme de toute puissance, accepter l’idée de ce qu’on a pas reçu, de ce statut d’enfant qu’on ne nous a pas accordé ». Cela implique aussi, conclut-elle, de ne plus rêver de changer l’autre et d’avoir un peu plus d’estime de soi, de se convaincre que l’on mérite soi même d’être aimé et d’être un objet d’attention.



Source: L’Express
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SURDOUÉ, DOUANE OU HAUT POTENTIEL, QUELLE DIFFÉRENCE ?

On les dit surdoués, précoces, ou encore hauts potentiels. Ces terminologies sont aujourd'hui employées indifféremment pour parler de certains enfants ou adultes aux capacités exceptionnelles. Pourtant, elles ne sont pas synonymes. Chacune renvoie à une façon spécifique de considérer ces talents à part et d'aider ceux qui les possèdent à en tirer parti.

PAR VALÉRIE PENNEQUIN, PROFESSEUR EN PSYCHOLOGIE DU DÉVELOPPEMENT ET PSYCHOLOGIE COGNITIVE ET ELODIE TRICARD, DOCTORANTE EN PSYCHOLOGIE, À L'UNIVERSITÉ FRANÇOIS-RABELAIS DE TOURS, PUBLIÉ INITIALEMENT SUR THE CONVERSATION



Il peut être réconfortant, dans nos sociétés modernes valorisant l'intelligence, de se considérer comme surdoué. Dans l'esprit de la plupart de nos concitoyens, ce mot évoque des personnes « trop intelligentes pour être heureuses », pour reprendre le titre du premier best seller en France sur le sujet, écrit par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. Selon cette auteure, une intelligence supérieure à la moyenne pourrait entraîner des problèmes d'adaptation scolaire, émotionnelle et sociale. Ainsi la « douance » peut constituer une explication valorisante à qui se vit en situation d'échec sur ces différents plans.

Si je me suis ennuyé à l'école, si j'ai eu de mauvais bulletins scolaires, si j'ai un penchant pour la solitude ou que je suis souvent à fleur de peau, se pourrait-il que je sois un surdoué non détecté ? Face à ce questionnement, la tentation est grande de se précipiter sur un test de quotient intellectuel (QI) disponible sur Internet. Or il mérite une réflexion bien plus approfondie, si l'on veut véritablement en retirer un bénéfice.



Le talent comme un « don »


Le terme de surdoué – le plus courant – renvoie au fait de posséder un don. Ce dernier peut être vu, selon la grille de lecture du monde propre à chacun, comme un cadeau de l'hérédité, du hasard ou encore de Dieu. L'image qui vient est celle des bonnes fées se penchant sur le berceau de l'enfant, comme dans le conte de la Belle au Bois Dormant, dotée dès la naissance de la beauté, de la grâce ou de l'esprit. Le surdouement est considéré comme un « surplus » de capacités, comparées à celles des autres. Il y a, dans cette conception, un certain déterminisme, sous entendant que l'individu n'a pas de contrôle sur le talent qu'il a reçu.



La notion de précocité, elle, renvoie à un point de vue différent, celui du développement de l'individu au cours de sa vie. Le psychologue Todd Lubart, professeur à l'université Paris Descartes, l'explique plus en détail dans l'ouvrage collectif qu'il a coordonné en 2006. Ce terme correspond à une conception linéaire du développement des capacités intellectuelles de l'individu, de sa naissance à l'âge adulte, théorisée par le psychologue suisse Jean Piaget au milieu des années 1960.



Ainsi les précoces le seraient essentiellement dans leur scolarité, considérés comme « en avance » sur la majorité des élèves du même âge. Le système scolaire leur propose d'ailleurs parfois de « sauter » une classe. Cette conception a cependant été remise en question par les recherches plus récentes en psychologie. De nombreux travaux ont montré que le développement intellectuel subissait des accélérations importantes à certaines périodes, mais aussi des régressions à d'autres. On peut par exemple observer chez l'adulte des erreurs grossières de raisonnement logique, alors que le bébé, lui, se montre bien plus logique qu'on ne croyait, comme l'a montré le psychologue français Olivier Houdé en 1995. La notion de précocité s'avère donc bien plus complexe qu'envisagé initialement.



La compétence peut être visible, ou pas


Le terme de haut potentiel, lui, est plus subtil et sans doute plus utile. Il fait référence à la différence entre la compétence d'une personne et sa performance. En effet, ce qu'elle me montre – sa performance – ne correspond pas toujours à ce qu'elle est réellement capable de faire – sa compétence. Cette différence existe chez tout un chacun, y compris chez les hauts potentiels.

Le haut-potentiel, donc, aurait un potentiel particulier, autrement dit des facilités dans un domaine précis. Et celui-ci pourrait ou non être exploité selon l'environnement dans lequel la personne évolue, comme l'explique le psychologue américain Joseph Renzulli dans son article paru en 2006 dans le Bulletin de psychologie. Ainsi on peut être haut potentiel et ne pas montrer de « talent », mot qui se réfère à la performance observable.

Pour mieux saisir ce paradoxe, on peut faire le parallèle avec un potentiel de nature physique. Un enfant hyperlaxe, par exemple, possède une très grande élasticité de certains muscles, tendons et ligaments ; il a donc un potentiel élevé au niveau de sa souplesse. Si l'enfant est né dans le milieu du cirque, il est possible qu'il devienne contorsionniste. Dans le cas contraire, il se peut qu'il n'exprime jamais comme talent ce potentiel de souplesse, et que celui-ci demeure caché. Ainsi, on peut se demander si Mozart serait devenu le grand compositeur qu'il fût, s'il était né dans une famille ne pratiquant pas du tout de musique.



Un potentiel dans le sport ou la musique
Les personnes à haut potentiel sont donc plus nombreuses que les personnes talentueuses, puisque tous les hauts potentiels n'auront pas eu les conditions favorisant l'expression de cette potentialité.

Il est important de préciser qu'on peut être haut potentiel dans des domaines non intellectuels. On le comprend mieux en se penchant sur le modèle des intelligences multiples, développé par le psychologue américain Howard Gardner en 2004. Si cette théorie est trop peu vérifiée scientifiquement pour être utilisée en recherche, elle a le mérite d'attirer l'attention sur des domaines peu valorisés à l'école comme le sport, la musique, le dessin, la capacité à l'introspection ou encore le charisme. En effet, son auteur plaide en faveur de l'existence de huit formes d'intelligence distinctes, indépendantes les unes des autres. Certaines sont celles que nous rangeons habituellement derrière la notion d'intelligence, comme l'intelligence verbale et logico-mathématique. D'autres sont plus atypiques, comme l'intelligence musicale-rythmique ou corporelle.



On pense trop souvent que le haut potentiel est uniquement une question de quotient intellectuel (QI). La mesure du QI est effectuée par les psychologues à l'aide de tests psychométriques (qui permettent de mesurer une aptitude et de la comparer à une norme), notamment pour les enfants le WISC IV et depuis moins d'un an le WISC V, et pour les adultes le WAIS IV. Cependant, deux chercheurs en psychologie sont venus montrer que le QI élevé était une condition nécessaire, mais pas suffisante pour identifier une personne à haut potentiel.



Des qualités nécessaires d'enthousiasme et de persévérance
Le psychologue Joseph Renzulli, d'abord. Dans son modèle élaboré en 2002, il estime que l'expression d'un haut potentiel nécessite la réunion de plusieurs facteurs. Il cite, en particulier, des aptitudes intellectuelles élevées (qui peuvent être mesurées par le QI) ; de la créativité (capacités à produire des réponses originales) mais aussi un engagement élevé, c'est-à-dire une motivation personnelle forte impliquant l'intérêt, l'enthousiasme, la curiosité, la persévérance, l'endurance, la confiance en soi et le besoin d'accomplissement.

Dans cette théorie, le haut potentiel peut tout à fait être vu au départ comme un « don ». Cependant celui-ci doit d'abord être identifié, puis investi par la personne elle-même et son entourage, qui mettront tout en oeuvre pour l'exprimer en talent.

De son côté, le psychologue canadien Françoys Gagné a publié son modèle en 2004. Selon lui, il existe trois types de catalyseurs permettant l'expression d'un haut potentiel. Le premier relève de facteurs personnels, par exemple des capacités mentales et physiques exceptionnelles, certains traits de personnalité comme l'ouverture d'esprit ou la conscience professionnelle, une motivation importante. Le second est lié à l'environnement, par exemple un milieu socio-culturel favorisant ce potentiel, des personnes bienveillantes (famille, amis, éducateurs). Le troisième catalyseur est constitué par des événements de vie, positifs ou non, comme un déménagement, le décès d'un proche ou une naissance.

Françoys Gagné met en avant un quatrième catalyseur, le hasard, qui correspond à la bonne rencontre au bon moment. Par exemple, le jeune acteur en herbe rencontre le réalisateur qui lui fera tourner son premier film à succès.

Au final, tous ces catalyseurs agiraient de concert, entraînant l'expression des capacités naturelles (le don) de la personne. Ce modèle insiste sur l'intérêt d'un milieu bienveillant, favorisant l'expression des potentialités d'une personne (enfant ou adulte), que ce soit à la maison, au travail ou dans le cadre des loisirs.

Que faire, alors, si l'on s'interroge sur ses propres potentialités, ou celles de son enfant ? La démarche doit passer par un psychologue capable de proposer un bilan complet. En plus d'un test de QI, il enquêtera sur les différents domaines dans lesquels une haute potentialité peut s'exprimer, en s'aidant d'outils d'évaluation reconnus que seuls des professionnels formés savent utiliser. Il sera amené à solliciter d'autres sources d'informations comme la famille, les amis, les enseignants ou les éducateurs.

Un tel bilan permet d'affirmer, avec une faible probabilité d'erreur, que vous êtes, ou pas, à haut potentiel. Toutefois, « l'étiquette » de haut potentiel n'a pas, en elle-même, grand intérêt. Le plus précieux est de pouvoir dresser le tableau de vos points forts et de vos points faibles, vous permettant de mieux vous connaître et de vous réaliser.

Un tel bilan permet d'affirmer, avec une faible probabilité d'erreur, que vous êtes, ou pas, à haut potentiel. Toutefois, « l'étiquette » de haut potentiel n'a pas, en elle-même, grand intérêt. Le plus précieux est de pouvoir dresser le tableau de vos points forts et de vos points faibles, vous permettant de mieux vous connaître et de vous réaliser.
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SURDOUÉ, DOUANE OU HAUT POTENTIEL, QUELLE DIFFÉRENCE ?

On les dit surdoués, précoces, ou encore hauts potentiels. Ces terminologies sont aujourd'hui employées indifféremment pour parler de certains enfants ou adultes aux capacités exceptionnelles. Pourtant, elles ne sont pas synonymes. Chacune renvoie à une façon spécifique de considérer ces talents à part et d'aider ceux qui les possèdent à en tirer parti.

PAR VALÉRIE PENNEQUIN, PROFESSEUR EN PSYCHOLOGIE DU DÉVELOPPEMENT ET PSYCHOLOGIE COGNITIVE ET ELODIE TRICARD, DOCTORANTE EN PSYCHOLOGIE, À L'UNIVERSITÉ FRANÇOIS-RABELAIS DE TOURS, PUBLIÉ INITIALEMENT SUR THE CONVERSATION



Il peut être réconfortant, dans nos sociétés modernes valorisant l'intelligence, de se considérer comme surdoué. Dans l'esprit de la plupart de nos concitoyens, ce mot évoque des personnes « trop intelligentes pour être heureuses », pour reprendre le titre du premier best seller en France sur le sujet, écrit par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. Selon cette auteure, une intelligence supérieure à la moyenne pourrait entraîner des problèmes d'adaptation scolaire, émotionnelle et sociale. Ainsi la « douance » peut constituer une explication valorisante à qui se vit en situation d'échec sur ces différents plans.

Si je me suis ennuyé à l'école, si j'ai eu de mauvais bulletins scolaires, si j'ai un penchant pour la solitude ou que je suis souvent à fleur de peau, se pourrait-il que je sois un surdoué non détecté ? Face à ce questionnement, la tentation est grande de se précipiter sur un test de quotient intellectuel (QI) disponible sur Internet. Or il mérite une réflexion bien plus approfondie, si l'on veut véritablement en retirer un bénéfice.



Le talent comme un « don »


Le terme de surdoué – le plus courant – renvoie au fait de posséder un don. Ce dernier peut être vu, selon la grille de lecture du monde propre à chacun, comme un cadeau de l'hérédité, du hasard ou encore de Dieu. L'image qui vient est celle des bonnes fées se penchant sur le berceau de l'enfant, comme dans le conte de la Belle au Bois Dormant, dotée dès la naissance de la beauté, de la grâce ou de l'esprit. Le surdouement est considéré comme un « surplus » de capacités, comparées à celles des autres. Il y a, dans cette conception, un certain déterminisme, sous entendant que l'individu n'a pas de contrôle sur le talent qu'il a reçu.



La notion de précocité, elle, renvoie à un point de vue différent, celui du développement de l'individu au cours de sa vie. Le psychologue Todd Lubart, professeur à l'université Paris Descartes, l'explique plus en détail dans l'ouvrage collectif qu'il a coordonné en 2006. Ce terme correspond à une conception linéaire du développement des capacités intellectuelles de l'individu, de sa naissance à l'âge adulte, théorisée par le psychologue suisse Jean Piaget au milieu des années 1960.



Ainsi les précoces le seraient essentiellement dans leur scolarité, considérés comme « en avance » sur la majorité des élèves du même âge. Le système scolaire leur propose d'ailleurs parfois de « sauter » une classe. Cette conception a cependant été remise en question par les recherches plus récentes en psychologie. De nombreux travaux ont montré que le développement intellectuel subissait des accélérations importantes à certaines périodes, mais aussi des régressions à d'autres. On peut par exemple observer chez l'adulte des erreurs grossières de raisonnement logique, alors que le bébé, lui, se montre bien plus logique qu'on ne croyait, comme l'a montré le psychologue français Olivier Houdé en 1995. La notion de précocité s'avère donc bien plus complexe qu'envisagé initialement.



La compétence peut être visible, ou pas


Le terme de haut potentiel, lui, est plus subtil et sans doute plus utile. Il fait référence à la différence entre la compétence d'une personne et sa performance. En effet, ce qu'elle me montre – sa performance – ne correspond pas toujours à ce qu'elle est réellement capable de faire – sa compétence. Cette différence existe chez tout un chacun, y compris chez les hauts potentiels.

Le haut-potentiel, donc, aurait un potentiel particulier, autrement dit des facilités dans un domaine précis. Et celui-ci pourrait ou non être exploité selon l'environnement dans lequel la personne évolue, comme l'explique le psychologue américain Joseph Renzulli dans son article paru en 2006 dans le Bulletin de psychologie. Ainsi on peut être haut potentiel et ne pas montrer de « talent », mot qui se réfère à la performance observable.

Pour mieux saisir ce paradoxe, on peut faire le parallèle avec un potentiel de nature physique. Un enfant hyperlaxe, par exemple, possède une très grande élasticité de certains muscles, tendons et ligaments ; il a donc un potentiel élevé au niveau de sa souplesse. Si l'enfant est né dans le milieu du cirque, il est possible qu'il devienne contorsionniste. Dans le cas contraire, il se peut qu'il n'exprime jamais comme talent ce potentiel de souplesse, et que celui-ci demeure caché. Ainsi, on peut se demander si Mozart serait devenu le grand compositeur qu'il fût, s'il était né dans une famille ne pratiquant pas du tout de musique.



Un potentiel dans le sport ou la musique
Les personnes à haut potentiel sont donc plus nombreuses que les personnes talentueuses, puisque tous les hauts potentiels n'auront pas eu les conditions favorisant l'expression de cette potentialité.

Il est important de préciser qu'on peut être haut potentiel dans des domaines non intellectuels. On le comprend mieux en se penchant sur le modèle des intelligences multiples, développé par le psychologue américain Howard Gardner en 2004. Si cette théorie est trop peu vérifiée scientifiquement pour être utilisée en recherche, elle a le mérite d'attirer l'attention sur des domaines peu valorisés à l'école comme le sport, la musique, le dessin, la capacité à l'introspection ou encore le charisme. En effet, son auteur plaide en faveur de l'existence de huit formes d'intelligence distinctes, indépendantes les unes des autres. Certaines sont celles que nous rangeons habituellement derrière la notion d'intelligence, comme l'intelligence verbale et logico-mathématique. D'autres sont plus atypiques, comme l'intelligence musicale-rythmique ou corporelle.



On pense trop souvent que le haut potentiel est uniquement une question de quotient intellectuel (QI). La mesure du QI est effectuée par les psychologues à l'aide de tests psychométriques (qui permettent de mesurer une aptitude et de la comparer à une norme), notamment pour les enfants le WISC IV et depuis moins d'un an le WISC V, et pour les adultes le WAIS IV. Cependant, deux chercheurs en psychologie sont venus montrer que le QI élevé était une condition nécessaire, mais pas suffisante pour identifier une personne à haut potentiel.



Des qualités nécessaires d'enthousiasme et de persévérance
Le psychologue Joseph Renzulli, d'abord. Dans son modèle élaboré en 2002, il estime que l'expression d'un haut potentiel nécessite la réunion de plusieurs facteurs. Il cite, en particulier, des aptitudes intellectuelles élevées (qui peuvent être mesurées par le QI) ; de la créativité (capacités à produire des réponses originales) mais aussi un engagement élevé, c'est-à-dire une motivation personnelle forte impliquant l'intérêt, l'enthousiasme, la curiosité, la persévérance, l'endurance, la confiance en soi et le besoin d'accomplissement.

Dans cette théorie, le haut potentiel peut tout à fait être vu au départ comme un « don ». Cependant celui-ci doit d'abord être identifié, puis investi par la personne elle-même et son entourage, qui mettront tout en oeuvre pour l'exprimer en talent.

De son côté, le psychologue canadien Françoys Gagné a publié son modèle en 2004. Selon lui, il existe trois types de catalyseurs permettant l'expression d'un haut potentiel. Le premier relève de facteurs personnels, par exemple des capacités mentales et physiques exceptionnelles, certains traits de personnalité comme l'ouverture d'esprit ou la conscience professionnelle, une motivation importante. Le second est lié à l'environnement, par exemple un milieu socio-culturel favorisant ce potentiel, des personnes bienveillantes (famille, amis, éducateurs). Le troisième catalyseur est constitué par des événements de vie, positifs ou non, comme un déménagement, le décès d'un proche ou une naissance.

Françoys Gagné met en avant un quatrième catalyseur, le hasard, qui correspond à la bonne rencontre au bon moment. Par exemple, le jeune acteur en herbe rencontre le réalisateur qui lui fera tourner son premier film à succès.

Au final, tous ces catalyseurs agiraient de concert, entraînant l'expression des capacités naturelles (le don) de la personne. Ce modèle insiste sur l'intérêt d'un milieu bienveillant, favorisant l'expression des potentialités d'une personne (enfant ou adulte), que ce soit à la maison, au travail ou dans le cadre des loisirs.

Que faire, alors, si l'on s'interroge sur ses propres potentialités, ou celles de son enfant ? La démarche doit passer par un psychologue capable de proposer un bilan complet. En plus d'un test de QI, il enquêtera sur les différents domaines dans lesquels une haute potentialité peut s'exprimer, en s'aidant d'outils d'évaluation reconnus que seuls des professionnels formés savent utiliser. Il sera amené à solliciter d'autres sources d'informations comme la famille, les amis, les enseignants ou les éducateurs.

Un tel bilan permet d'affirmer, avec une faible probabilité d'erreur, que vous êtes, ou pas, à haut potentiel. Toutefois, « l'étiquette » de haut potentiel n'a pas, en elle-même, grand intérêt. Le plus précieux est de pouvoir dresser le tableau de vos points forts et de vos points faibles, vous permettant de mieux vous connaître et de vous réaliser.

Un tel bilan permet d'affirmer, avec une faible probabilité d'erreur, que vous êtes, ou pas, à haut potentiel. Toutefois, « l'étiquette » de haut potentiel n'a pas, en elle-même, grand intérêt. Le plus précieux est de pouvoir dresser le tableau de vos points forts et de vos points faibles, vous permettant de mieux vous connaître et de vous réaliser.
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N’ayons plus honte de rougir




« Mais c’est charmant ! » Les dénégations ont beau pleuvoir, peu importe. Nos rougissements nous plongent souvent dans des états de panique, d’angoisse et de désespoir paralysants. De quoi témoignent-ils ? Et comment ne plus rougir de rougir ?




«Le rougissement. C’est un sujet pour toi, non ? » En pleine réunion. Dix paires d’yeux me fixent. J’ai chaud. Le sang monte, et ça ne va pas s’arrêter. Maintenant, tout le monde sait. Isabelle, à qui j’avais réussi à cacher ce handicap, me regarde : « Comment ça, tu rougis ? Mais je ne savais pas. Mais je n’avais pas vu. Ah oui. Ah si. Tu rougis. » Vingt-cinq ans de calvaire révélés au vu et su de tous. Vingt-cinq ans de malaise depuis le premier souvenir : Maubeuge, l’entrée en cinquième au collège Ernest-Coutelle fin octobre. Le proviseur me présente à mes nouveaux camarades. Le cours a commencé depuis une bonne dizaine de minutes. Je suis seule, debout. Des élèves assis, hilares, se retournent pour me détailler, moi, la « nouvelle », petite fille modèle mal dégrossie : chuchotements, ricanements devant les macarons blonds, les mocassins à pompons, le kilt hideux, les chaussettes montantes crayeuses laissant à nu des genoux rondouillards. L’humiliation en public : le visage qui vire cramoisi et le reste, du début à la fin de la classe.
Toute l’attention sur nous
Tout le monde en aurait-il fait autant ? « Beaucoup de gens rougissent, rassure le psychiatre Antoine Pelissolo. Même si cela ne se repère pas forcément chez les individus à la peau mate, cela ne les empêche pas de rougir eux aussi, ni d’être mal à l’aise à cause de la sensation ressentie. Le corps obéit à des variations climatiques et anatomiques. Cette manifestation physiologique sert à évacuer la chaleur. Elle se voit et se dissipe différemment selon les individus. »

Certains sont donc plus prédisposés que d’autres. Question d’environnement (chaleur, froid, vent…), de tempérament, de constitution, de carnation, de finesse de la peau. Mais pas seulement, affirme le psychiatre : « La raison principale du rougissement est généralement liée à une gêne suite à une sensation d’attention portée sur soi. » Les causes sont diverses et variées : être désigné au milieu d’une assemblée, recevoir des compliments, se retrouver en tête à tête avec quelqu’un qui nous attire. Quoi qu’il en soit, c’est parce que nous avons une ou plusieurs personnes en face de nous que le phénomène se déclenche. Personne ne rougit seul, chez soi. Car ce qui est en jeu dans cette affaire, c’est ce que nous imaginons que l’autre a perçu de nous, malgré nous. Quelque chose qui nous dépasse et qui nous submerge sans que nous puissions l’arrêter.

Un doute sur nous-même
Un vertige parfois très douloureux qu’explique la psychanalyste Marie- Magdeleine Lessana : « Nous rougissons parce que, soudain, nous nous voyons être vu. À un moment donné, nous supposons que l’autre a perçu quelque chose de nous qui nous échappe. Ce quelque chose renvoie toujours à la honte, à l’idée que notre faiblesse, nos failles sont apparues. » Sans que nous sachions les dominer ni les nommer. Cet individu sûr de lui, maîtrisé, cette identité affirmée que nous nous efforçons d’incarner dans notre vie sociale, professionnelle, parfois même intime, se trouve tout à coup fissurée dans le rougissement. Nous nous imaginons que l’autre en sait plus que nous sur nous. Selon la psychanalyste, « nous sommes censé, dans la société, apparaître comme fait d’une seule pièce. Souvent, nous nous emmitouflons dans une sorte de vêtement capitonné. Mais cet habillage est tissé de carton-pâte. Il ne correspond absolument pas à notre identité sensible et multiple. Et c’est de cet espace intérieur que provient le rougissement, de cette ambiguïté, de ce doute sur nous-même. Nous nous sentons dominé par notre faiblesse, gêné par nous-même devant un ou des autres. Nous ne savons plus où nous mettre, incarnons physiquement une envie de disparaître.Ce phénomène visible du visage est à la fois intéressant, touchant et charmant ». « C’est tellement mignon de rougir. » Combien de fois l’avons-nous entendue, cette remarque censée nous apaiser ? Pourquoi n’y croyons-nous pas et continuons-nous d’en souffrir, alors que le regard de l’autre s’emplit généralement de bienveillance face à notre aveu de fragilité ? « C’est une expérience difficilement partageable, résume Antoine Pelissolo. Elle met en jeu l’esthétique, le manque de confiance en soi, la sensation pénible d’être nu devant l’autre, et la peur de la perte de contrôle à une époque où il faut absolument maîtriser ses émotions. » Nous nous sentons lamentable, pathétique, en décalage ouvert avec ce que nous voudrions montrer. Le psychiatre confie d’ailleurs recevoir beaucoup de patients masculins souffrant d’éreutophobie, paralysés par la peur de piquer un fard à un point tel qu’ils préfèrent rester cloîtrés chez eux. Parce que le rougissement est généralement associé à la féminité, à la culpabilité. Il blesse notre orgueil, l’image que nous voudrions donner de nous-même.Et que dire lorsqu’un rapport de séduction risque de s’instaurer avec l’autre ? La peur peut en être décuplée, particulièrement si nous essayons d’étouffer notre attrait. Notre inconscient se fait alors un plaisir de signaler, par l’éruption du rougissement, notre intérêt pour l’autre. Tout à coup, ce que l’on voudrait cacher est exposé. Et l’envie de l’escamoter éclate au grand jour. Le symptôme progresse même souvent en intensité à mesure qu’il parvient à ses fins : plus nous cherchons à étouffer notre désir, plus nous rougissons.

Accepter sa sensibilité
Alors, que faire ? Il n’existe aucune recette, aucun « mode d’emploi ». En revanche, il est possible de transformer cette douleur en désagrément, d’apprendre à vivre avec. Ou en dépit d’elle… Antoine Pelissolo recommande, lorsque la crise surgit, d’essayer de se décentrer, de se concentrer non pas sur soi, sur la sensation ressentie, mais sur celui ou ceux qui nous font face. « Pour y parvenir, je demande par exemple à mes patients, lorsqu’ils sont dans la rue, de se focaliser sur les bruits extérieurs ; ou, devant la télévision, sur le présentateur de l’émission qu’ils regardent. En plus d’autres techniques, cet entraînement répété aide ensuite à mieux contrôler son attention dans les situations stressantes et à la déplacer entièrement sur l’interlocuteur, ce qui diminue progressivement les rougissements. »

Des disciplines comme la méditation, qui permettent d’ apprendre à se fixer sur l’instant présent, peuvent beaucoup aider. Marie-Magdeleine Lessana insiste, elle, sur la nécessité de penser à notre relation à l’autre, au langage, à l’échange qui nous lie : « Pour accepter le rougissement, il vaut mieux revenir à la raison pour laquelle nous sommes en lien avec l’autre. Ce qui importe, c’est de poursuivre le dialogue, de redonner un centre de gravité à un moment de flottement, de s’intéresser à l’objet de notre présence ensemble. Le rougissement peut ne pas durer grâce aux mots. Allons chercher dans la langue ce qu’il y a entre nous. »

Une phobie qui se soigne
La consultation du professeur Pelissolo, psychiatre à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, est le seul lieu en France qui soit consacré au traitement de l’éreutophobie (la peur de rougir). Ce lundi matin, nous sommes sept (cinq hommes et deux femmes) face à trois jeunes femmes psychologues qui se proposent de nous aider à accepter notre phobie en une dizaine de séances.

La méthode utilisée ? Les techniques des thérapies comportementales et cognitives, ou TCC. Après un bref exposé sur le sujet, nous passons à des exercices très basiques : envoi d’une balle en prononçant nos prénoms ; entretien suivi d’une brève présentation en public de notre voisin. Tout le monde rougit, tout le monde en rit. Tout le monde souffre. Certains ont subi une intervention chirurgicale et se sont fait ôter le nerf sympathique (qui, entre autres, dilate les vaisseaux du visage), dans l’espoir d’en finir avec leur douleur, mais « la sensation n’est pas partie ». D’autres envisageaient, en arrivant, de passer sur la table d’opération. Ils n’en sont plus si convaincus en sortant…



Ce que préconise la médecine chinoise
La médecine chinoise voit dans le rougissement une mauvaise gestion des émotions. Julie Célérier, praticienne de tuina, explique qu’« il s’agit d’une lutte entre énergies saine et perverse. Quand nos émotions sont mal vécues, elles se transforment en chaleur dans le sang. Tout part du foie, que les Chinois considèrent comme l’organe maître de nos émotions. Si nous nous efforçons de contrôler sans arrêt nos sentiments, il se bloque et stocke l’énergie que nous refoulons. Cette dernière stagne, se transforme en feu, remonte ensuite vers le coeur, puis vers le visage. Notre objectif est donc de drainer, de disperser cette chaleur en pratiquant l’acupuncture ou en massant, en pressant des points clés sur le corps ».



psy

Ses recommandations : pratiquer des activités physiques de détente (yoga, qi gong, méditation…).



Source: Psychologies – Hélène Fresnel
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5 idées reçues sur la bipolarité
La bipolarité est souvent présentée comme la maladie du siècle. En se déclarant bipolaires, certaines stars comme Benoît Poelvoorde ou Catherine Zeta-Jones ont contribué à faire tomber le tabou autour de cette maladie. Si l’on parle beaucoup des troubles bipolaires, savons-nous vraiment de quoi il s’agit ?


« Passer du rire aux larmes » : être bipolaire, n’est-ce que cela ? Changer d’humeur est le propre de l’homme. Mais une alternance entre période d’euphorie et de tristesse qui met en péril l’équilibre de vie doit alerter. Tout trouble bipolaire porte en lui une situation de souffrance plus ou moins forte selon les personnes. Être bipolaire ne se résume donc pas à changer d’humeur en un clin d’œil mais constitue une vraie pathologie qui empêche de vivre normalement : difficulté à conserver un travail, à construire une relation amoureuse, multiplication des conduites à risque… Lorsque la période d’euphorie et d’excitation passe, s’ensuit souvent un épisode dépressif. Dans ses formes graves, cette dépression peut pousser à commettre l’irréparable : 5% des bipolaires décèdent par suicide. La bipolarité est une maladie mentale qui doit être accompagnée dans le soin et non être banalisée, au risque de la relativiser.

Christian Gay, psychiatre, cofondateur de « France dépression » et auteur de Manuel de psychoéducation – Les troubles bipolaires (ed. Dunod, 2013), donne des clés pour faire tomber les idées reçues à propos de la bipolarité.

Psychologies : « Être bipolaire, c’est changer d’humeur sans raison »


Christian Gay : Ce n’est pas si simple. Le trouble bipolaire se caractérise avant tout par l’existence d’épisodes d’excitation maniaque, qui peuvent alterner avec des épisodes dépressifs. Au centre du trouble bipolaire, il y a un état d’excitation qui se distingue d’un simple épisode d’euphorie. La personne va développer plusieurs symptômes invalidants qui durent plusieurs jours : insomnie, désinhibition, accélération de la pensée avec fuite des idées, hypersociabilité, hypersexualité… La bipolarité est une pathologie complexe dont la forme varie en fonction de l’intensité et de la fréquence des épisodes d’excitation-dépression ou encore du tempérament de la personne.

Psychologies : « Nous sommes tous bipolaires »
Christian Gay : La prévalence de ces troubles est estimée à environ 1 à 2% de la population mondiale. Les chiffres retenus en France sont sensiblement les mêmes lorsque l’on fait référence aux formes les mieux définies (trouble bipolaire I et II). Ils passent à 5% si l’on fait référence à l’ensemble des troubles bipolaires qui incluent ses formes atténuées ou la cyclothymie. C’est un peu plus que pour la schizophrénie qui, selon les derniers chiffres de l’INSERM, concerne environ 1% de la population française mais la bipolarité est loin de toucher chacun d’entre nous.

Psychologies : « C’est la maladie du siècle »
Christian Gay : Cette idée reçue est la plus courante, mais est totalement fausse. Il s’agit d’une maladie qui existe depuis la nuit des temps, auparavant appelée maniaco-dépression, qui touche toutes les couches sociales, autant les hommes que les femmes. Elle n’est donc ni « nouvelle », ni la maladie des personnes célèbres ou intelligentes comme on l’entend parfois. La bipolarité est le résultat de dysfonctionnements neurobiologiques, indépendants de la volonté, dont les causes sont multiples et intriquées. Il existe cependant une vulnérabilité génétique et psychologique chez certaines personnes. Dans ce cas, l’environnement va jouer un rôle de déclencheur du trouble bipolaire : un deuil, une rupture, un épisode de stress intense…

Psychologies : « La bipolarité est impossible à soigner »
Christian Gay : Le trouble bipolaire se soigne assez bien par des médicaments qui permettent de stabiliser l’humeur comme les sels de lithium, certains anticonvulsivants et des antipsychotiques de deuxième génération. A côté de ce traitement médicamenteux, il est essentiel de prendre soin de soi, apprendre à éviter les situations trop stressantes, appliquer des règles d’hygiène de vie pour observer une certaine régularité au quotidien. La participation à des groupes de psychoéducation, par exemple, permet souvent d’atteindre ces objectifs. De même, certaines thérapies comportementales et cognitives, ainsi que la méditation, permettent de faciliter un retour vers une vie normale et apaisée. En revanche, on ne peut pas guérir de la bipolarité sans soins.



Psychologies : « Si j’étais bipolaire, je le saurais »
Christian Gay : Certaines formes de la maladie peuvent passer inaperçues. Ce sont celles, en général, qui se caractérisent par des périodes d’excitation modérée – appelée hypomanie – ou qui sont masquées par un autre trouble : alcoolisme, anxiété sévère… De ce fait, beaucoup de patients traités pour une dépression, par exemple, s’avèrent être atteints d’un trouble bipolaire. Il ne faut pas non plus négliger la cyclothymie qui est un trouble modéré de l’humeur dans son intensité mais qui peut s’avérer impossible à vivre de par sa répétition. Dans certains cas, elle peut s’aggraver et devenir un trouble bipolaire.
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DÉPENDANCE AFFECTIVE DANS LE COUPLE: la reconnaître, s’en sortir


Dès que leur partenaire s’absente, ils ne peuvent pas s’empêcher de s’angoisser, de regarder compulsivement leur téléphone dans l’attente d’un message ou d’un appel. Ils n’imaginent pas sortir, voir des amis ou encore aller au cinéma sans leur conjoint(e). Ils ont peur de l’abandon en permanence. Ils sont dépendants affectifs. Pour Saverio Tomasella, psychanalyste, ce besoin permanent de la présence et de l’attention de l’autre est nocif pour le couple, mais il est possible de reprendre confiance en soi et de s’émanciper.


Lise ne supporte pas la solitude et ne peut s’empêcher de s’inquiéter dès qu’elle est loin de Jean. Elle est agrippée à son téléphone dans l’attente de nouvelles, l‘appelle sans cesse, ne parvient pas à faire des activités par elle-même. François craint qu’il n’arrive malheur à Karine et se sent abandonné lorsqu’elle est loin de lui. Jaloux, il surveille ses faits et gestes et va même jusqu’à fouiller sa boîte mail. Valérie, quant à elle, évite de sortir le soir avec ses amis car elle sait que cela déplaît à Bruno, son conjoint, dont elle recherche systématiquement l’approbation. Grande angoisse face à l’abandon, sentiment de ne pas pouvoir vivre sans l’autre, difficulté à agir par eux-mêmes… Tous trois sont dépendants affectifs.



Une grande angoisse de l’abandon
« Ces personnes ont besoin de l’autre pour vivre, pour exister, pour penser. A tort, elles considèrent, ce besoin comme une nécessité vitale, explique Saverio Tomasella. Ils recréent un lien infantile avec leur conjoint, celui du nourrisson envers la mère. Ils croient devoir leur vie à l’autre, ce qui est incongru dans une relation de couple. Souvent, la cause de cette croyance est liée à un manque d’affection ou de compréhension de la part des parents,parfois même à des situations de maltraitance. L’enfant ayant vécu un sentiment d’abandon ou des expériences de rejet, d’insécurité, peut devenir dépendant affectif une fois adulte. »



Chacun de nous peut également se retrouver dans une relation de dépendance vis-à-vis de l’autre. « Les moments de notre vie où nous sommes fragilisés peuvent nous faire plonger,indique le psychanalyste. Un traumatisme, un attentat, un deuil, ou même la vieillesse, sont souvent des éléments déclencheurs. Des personnes qui prennent conscience de la possibilité de leur mort tombent parfois du jour au lendemain dans une relation de dépendance affective ».

Une dépendance qui peut prendre plusieurs formes. On peut dépendre de son conjoint financièrement, intellectuellement – Lise, par exemple, a du mal à penser et se décider par elle-même -, ou encore sexuellement. Parfois, le partenaire entretient aussi cette relation : «Un conjoint trop « protecteur » ressent le besoin de couver son « protégé », se rendant indispensable à ses yeux et pouvant ainsi le contrôler», analyse le thérapeute. Derrière la dépendance peut se cacher une forme d’emprise affective.









Des couples qui étouffent
Ces couples respirent peu. Les moments de solitude, qui permettent à chacun des conjoints de se ressourcer et vivre des expériences à l’extérieur, n’existent plus. « Les partenaires risquent de tourner en rond et se replier sur eux-mêmes », affirme Saverio Tomasella. « Le besoin systématique d’attention du dépendant affectif est accaparant pour le compagnon. Le risque, c’est l’étouffement, l’impression d’avoir un boulet au pied, de ne plus rien pouvoir faire seul. » De telles conditions favorisent la rupture… Ce qui est pourtant ce que la personne souffrant de dépendance affective craint par-dessus tout.



Faire face à l’angoisse
Dévorés par une angoisse permanente, les dépendants affectifs peinent souvent à prendre du recul face à la situation. Pourtant, « il est nécessaire de nommer, puis d’accepter cette situation, sans quoi rien ne peut changer », expose Saverio Tomasella. « Faire face à l’angoisse est le plus difficile. Il est important de comprendre que, même violente, elle ne tue pas et surtout, qu’elle finit toujours par passer. »

Mais lorsque l’angoisse monte, lorsque la totalité de ses pensées sont tournées autour de l’absence de l’autre, de l’hypothèse infondée d’une tromperie ou de la peur d’être abandonné, pas facile de relativiser. « Plutôt que de se dire « il me trompe », tenter de se dire « je l’aime, il va revenir, je lui fais confiance » et se répéter ces paroles comme un mantra, lentement, si possible à haute voix, peut aider,conseille Saverio Tomasella. Choisir une pensée valorisante qui ne concerne pas l’autre est encore plus efficace. »



Plutôt que de se jeter sur le téléphone de son conjoint pour vérifier ses sms ou de l’appeler compulsivement pour savoir où il est, mieux vaut essayer « d’accueillir sa colère, sa peur, son angoisse.Si l’on craint l’abandon, on ne sait pas quoi faire pour lutter contre cette peur. Mais on peut prendre cinq, dix minutes, en silence, pour l’examiner. Comment se manifeste-t-elle ? Que pourrait-elle nous pousser à faire ? Le simple fait d’observer une émotion la fait passer. »

Pour le psychanalyste, plusieurs solutions simples peuvent aider à faire redescendre la pression : « On peut prendre une douche froide ou chaude. Cela permet de se recentrer sur son corps, que l’on met dans de nouvelles dispositions. »Effectuer une marche de vingt minutes, une méditation pour ceux qui savent le faire, ou encore écouter une musique douce permettent également de retrouver un peu de calme en soi. « Je conseille également un exercice tout simple de respiration, en soufflant plusieurs fois très lentement et à fond lors de l’expiration», ajoute-t-il. L’essentiel : prendre du temps pour soi pour renouer avec ses centres d’intérêts, ses compétences propres. Des activités manuelles, artistiques ou sportives, permettent de se réapproprier son corps et de prendre confiance en soi.



Retrouver confiance dans l’amour de l’autre
Bien souvent, lorsqu’on est dépendant affectif, il est difficile, voire impossible, de prendre au sérieux les gestes de tendresse de l’être aimé. « Le manque de confiance en soi pousse à ne pas se croire suffisamment digne d’amour, suffisamment aimable, »explique le psychanalyste.L’objectif est de parvenir à reprendre confiance dans l’amour de l’autre et ses preuves quotidiennes. « Bien souvent, ces preuves sont effacées rapidement par la mémoire. Je conseille de noter chaque petit geste ou mot doux sur un carnet et d’y revenir régulièrement, lorsque l’inquiétude pointe. Très rapidement, le carnet sera plein !»



Du côté du conjoint, pas facile d’être sollicité en permanence, de devoir rassurer le partenaire, ou même de faire face à ses reproches. Adopter l’attitude la plus aimante et bienveillante possible en montrant beaucoup d’amour, explicitement, n’empêche pas de pointer très clairement, mais calmement, les moments où la dépendance est manifeste. Par exemple, quand le dépendant affectif est angoissé à cause d’un message resté sans réponse, dire : « Même si nous ne sommes pas ensemble, je pense à toi. J’ai tellement confiance que même si je ne peux pas te répondre, je sais que ça va aller. Tu peux faire face à ton angoisse. » Une grande générosité en amour qui implique également de ne pas se sacrifier, ni se dévitaliser. Il est capital de garder des moments pour soi : « Le piège, c’est de donner plus de temps et d’attention au compagnon dépendant. La générosité est qualitative. Il ne faut pas se laisser emporter du côté quantitatif. Quitte à envisager des aménagements comme habiter séparément. »



Source: Psychologies.com
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DÉPENDANCE AFFECTIVE DANS LE COUPLE: la reconnaître, s’en sortir

Dès que leur partenaire s’absente, ils ne peuvent pas s’empêcher de s’angoisser, de regarder compulsivement leur téléphone dans l’attente d’un message ou d’un appel. Ils n’imaginent pas sortir, voir des amis ou encore aller au cinéma sans leur conjoint(e). Ils ont peur de l’abandon en permanence. Ils sont dépendants affectifs. Pour Saverio Tomasella, psychanalyste, ce besoin permanent de la présence et de l’attention de l’autre est nocif pour le couple, mais il est possible de reprendre confiance en soi et de s’émanciper.


Lise ne supporte pas la solitude et ne peut s’empêcher de s’inquiéter dès qu’elle est loin de Jean. Elle est agrippée à son téléphone dans l’attente de nouvelles, l‘appelle sans cesse, ne parvient pas à faire des activités par elle-même. François craint qu’il n’arrive malheur à Karine et se sent abandonné lorsqu’elle est loin de lui. Jaloux, il surveille ses faits et gestes et va même jusqu’à fouiller sa boîte mail. Valérie, quant à elle, évite de sortir le soir avec ses amis car elle sait que cela déplaît à Bruno, son conjoint, dont elle recherche systématiquement l’approbation. Grande angoisse face à l’abandon, sentiment de ne pas pouvoir vivre sans l’autre, difficulté à agir par eux-mêmes… Tous trois sont dépendants affectifs.



Une grande angoisse de l’abandon
« Ces personnes ont besoin de l’autre pour vivre, pour exister, pour penser. A tort, elles considèrent, ce besoin comme une nécessité vitale, explique Saverio Tomasella. Ils recréent un lien infantile avec leur conjoint, celui du nourrisson envers la mère. Ils croient devoir leur vie à l’autre, ce qui est incongru dans une relation de couple. Souvent, la cause de cette croyance est liée à un manque d’affection ou de compréhension de la part des parents,parfois même à des situations de maltraitance. L’enfant ayant vécu un sentiment d’abandon ou des expériences de rejet, d’insécurité, peut devenir dépendant affectif une fois adulte. »



Chacun de nous peut également se retrouver dans une relation de dépendance vis-à-vis de l’autre. « Les moments de notre vie où nous sommes fragilisés peuvent nous faire plonger,indique le psychanalyste. Un traumatisme, un attentat, un deuil, ou même la vieillesse, sont souvent des éléments déclencheurs. Des personnes qui prennent conscience de la possibilité de leur mort tombent parfois du jour au lendemain dans une relation de dépendance affective ».

Une dépendance qui peut prendre plusieurs formes. On peut dépendre de son conjoint financièrement, intellectuellement - Lise, par exemple, a du mal à penser et se décider par elle-même -, ou encore sexuellement. Parfois, le partenaire entretient aussi cette relation : «Un conjoint trop « protecteur » ressent le besoin de couver son « protégé », se rendant indispensable à ses yeux et pouvant ainsi le contrôler», analyse le thérapeute. Derrière la dépendance peut se cacher une forme d’emprise affective.









Des couples qui étouffent
Ces couples respirent peu. Les moments de solitude, qui permettent à chacun des conjoints de se ressourcer et vivre des expériences à l’extérieur, n’existent plus. « Les partenaires risquent de tourner en rond et se replier sur eux-mêmes », affirme Saverio Tomasella. « Le besoin systématique d’attention du dépendant affectif est accaparant pour le compagnon. Le risque, c’est l’étouffement, l’impression d’avoir un boulet au pied, de ne plus rien pouvoir faire seul. » De telles conditions favorisent la rupture… Ce qui est pourtant ce que la personne souffrant de dépendance affective craint par-dessus tout.



Faire face à l'angoisse
Dévorés par une angoisse permanente, les dépendants affectifs peinent souvent à prendre du recul face à la situation. Pourtant, « il est nécessaire de nommer, puis d’accepter cette situation, sans quoi rien ne peut changer », expose Saverio Tomasella. « Faire face à l’angoisse est le plus difficile. Il est important de comprendre que, même violente, elle ne tue pas et surtout, qu’elle finit toujours par passer. »

Mais lorsque l’angoisse monte, lorsque la totalité de ses pensées sont tournées autour de l’absence de l’autre, de l’hypothèse infondée d’une tromperie ou de la peur d’être abandonné, pas facile de relativiser. « Plutôt que de se dire « il me trompe », tenter de se dire « je l’aime, il va revenir, je lui fais confiance » et se répéter ces paroles comme un mantra, lentement, si possible à haute voix, peut aider,conseille Saverio Tomasella. Choisir une pensée valorisante qui ne concerne pas l’autre est encore plus efficace. »



Plutôt que de se jeter sur le téléphone de son conjoint pour vérifier ses sms ou de l’appeler compulsivement pour savoir où il est, mieux vaut essayer « d’accueillir sa colère, sa peur, son angoisse.Si l’on craint l’abandon, on ne sait pas quoi faire pour lutter contre cette peur. Mais on peut prendre cinq, dix minutes, en silence, pour l’examiner. Comment se manifeste-t-elle ? Que pourrait-elle nous pousser à faire ? Le simple fait d’observer une émotion la fait passer. »

Pour le psychanalyste, plusieurs solutions simples peuvent aider à faire redescendre la pression : « On peut prendre une douche froide ou chaude. Cela permet de se recentrer sur son corps, que l’on met dans de nouvelles dispositions. »Effectuer une marche de vingt minutes, une méditation pour ceux qui savent le faire, ou encore écouter une musique douce permettent également de retrouver un peu de calme en soi. « Je conseille également un exercice tout simple de respiration, en soufflant plusieurs fois très lentement et à fond lors de l’expiration», ajoute-t-il. L’essentiel : prendre du temps pour soi pour renouer avec ses centres d’intérêts, ses compétences propres. Des activités manuelles, artistiques ou sportives, permettent de se réapproprier son corps et de prendre confiance en soi.



Retrouver confiance dans l’amour de l’autre
Bien souvent, lorsqu’on est dépendant affectif, il est difficile, voire impossible, de prendre au sérieux les gestes de tendresse de l’être aimé. « Le manque de confiance en soi pousse à ne pas se croire suffisamment digne d’amour, suffisamment aimable, »explique le psychanalyste.L’objectif est de parvenir à reprendre confiance dans l’amour de l’autre et ses preuves quotidiennes. « Bien souvent, ces preuves sont effacées rapidement par la mémoire. Je conseille de noter chaque petit geste ou mot doux sur un carnet et d’y revenir régulièrement, lorsque l’inquiétude pointe. Très rapidement, le carnet sera plein !»



Du côté du conjoint, pas facile d’être sollicité en permanence, de devoir rassurer le partenaire, ou même de faire face à ses reproches. Adopter l’attitude la plus aimante et bienveillante possible en montrant beaucoup d’amour, explicitement, n’empêche pas de pointer très clairement, mais calmement, les moments où la dépendance est manifeste. Par exemple, quand le dépendant affectif est angoissé à cause d’un message resté sans réponse, dire : « Même si nous ne sommes pas ensemble, je pense à toi. J’ai tellement confiance que même si je ne peux pas te répondre, je sais que ça va aller. Tu peux faire face à ton angoisse. » Une grande générosité en amour qui implique également de ne pas se sacrifier, ni se dévitaliser. Il est capital de garder des moments pour soi : « Le piège, c’est de donner plus de temps et d’attention au compagnon dépendant. La générosité est qualitative. Il ne faut pas se laisser emporter du côté quantitatif. Quitte à envisager des aménagements comme habiter séparément. »



Source: Psychologies.com

EB | mai 21, 2017
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