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Jean-Jacques Birgé
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compositeur de musique, designer sonore, auteur multimédia, cinéaste...
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PETER BOGDANOVICH EN FILMS ET EN LIVRES
http://www.drame.org/blog/index.php?2018/10/23/3975-bogdanovich
BLOG DVD/Blu-Ray/Livres/Cinéma (avec liens)
La cinéphilie est une coqueluche pérenne. On a beau croire que l'on en connaît les principales lignes directrices, on passe son temps à faire des découvertes, incroyablement évidentes pour certains ou totalement secrètes pour la plupart. Les fouilles font remonter du passé des archives dont on ignorait l'existence ou que l'on pensait perdues. Et plus le temps va, plus l'Histoire du cinéma s'étoffe, débordant la mémoire. Car il y a 50 ans le cinéma était seulement âgé de la moitié de son âge actuel. Si l'on imagine la profusion d'images depuis l'avènement du numérique, c'est un tsunami qui nous submerge !

Ainsi j'avais survolé le travail critique de Peter Bogdanovich sur John Ford ou Orson Welles sans avoir vu aucun de ses films de fiction. Or Carlotta publie d'un coup deux longs métrages et deux livres passionnants. The Last Picture Show (La dernière séance) est une perle de 1971 dont le noir et blanc réfléchit le froid de canard du Texas en hiver. Le vent et la poussière rappellent les films de Ford et Howard Hawks qu'adore Bogdanovich. La mode n'était pas encore aux films sur la jeunesse désœuvrée des petites villes de l'ouest. Le réalisateur passera six mois à choisir ses acteurs. Tant de cinéastes oublient l'importance du casting, faisant trop souvent rejouer les mêmes rôles aux mêmes acteurs. Jeff Bridges, Cybill Shepherd, Timothy Bottoms, Ellen Burstyn y font pratiquement leurs débuts, Ben Johnson en personnage nostalgique renvoie aux films de Ford, Cloris Leachman y interprète génialement une desperatly housewife adultère. Tous sont époustouflants, parfaitement à leur place. L'action se déroulant entre fin 51 et fin 52, la guerre de Corée ouvrait des perspectives de fuite à ces garçons enfermés dans leur préoccupation de grandir. Ils ne connaissaient jusque là que la salle de cinéma locale pour s'évader. Le tabou de la sexualité commence à sauter. Comme dans tous les films de Bogdanovich la mort qui rôde soulève la question du temps qui passe et des époques révolues. Ce director's cut magnifiquement restauré me donne envie d'enchaîner aussitôt avec l'autre coffret DVD, mais avant cela je profite de l'entretien avec le réalisateur...

Saint Jack, tourné en 1979, ressemble à un film de John Cassavetes, d'abord pour Ben Gazzara au jeu d'un naturel fabuleux, ensuite parce que le scénario ne justifie jamais les actes des personnages, contrairement aux réalisateurs français qui ont la fâcheuse manie de vouloir tout expliquer. Les comédiens non professionnels donnent un côté documentaire à ce thriller se passant dans le monde de la prostitution à Singapour. Gazzara nous fait accepter que les choses sont comme elles sont. Elles ont leur raison d'être, même si souvent elles nous échappent.

Jean-Baptiste Thoret, spécialiste entre autres du Nouvel Hollywood, évoque parfaitement le monde de Bogdanovich dans la préface du très beau livre Le cinéma comme élégie qui reproduit leurs conversations. Je viens seulement de commencer à les lire, mais j'ai hâte de m'y replonger, le cinéaste racontant sa passion pour le cinéma de ses aînés comme sa propre aventure. De même, dans son "roman" La mise à mort de la licorne, l'évocation de la jeune comédienne Dorothy Stratten, "playmate de l'année" de la revue Playboy en 1980, avec qui il eut une liaison passionnée et qui fut torturée et assassinée par son ex mari est écrite sur le mode d'une enquête révélant les fantasmes machistes persistants. Il fustige la révolution sexuelle commencée dans les années 50 qu'il considère comme une révolte des hommes contre les femmes sous couvert de libéralisme, d'égalité et de libération. Dans ses entretiens comme dans son récit, on retrouve la précision de ses films. Du moins, ces deux-là, mais ils m'ont donné l'irrésistible envie de voir les autres... A suivre donc !

→ Peter Bogdanovich, The Last Picture Show (La dernière séance), DVD DVD avec en bonus entretien avec Peter Bogdanovich, The Mast Picture Show, souvenirs de tournage, featurette d'époque, bande-annonce, 20,06€ / Version Luxe avec Blu-Ray en plus et memorablia (8 photos instantanées, 1 bloc-notes 50 pages, 5 cartes-postales, 1 affiche), ed. Carlotta, 28,08€
→ Peter Bogdanovich, Saint Jack (Jack le magnifique), DVD avec en bonus entretien avec Peter Bogdanovich, Souvenirs de Saint Jack par l'équipe du film, Splendeurs dormantes à l'aube sur les lieux du tournage à Singapour entre 1978 et 2016, bandes-annonces, 20,06€ / Version Luxe avec Blu-Ray en plus et memorablia (8 photos instantanées, 5 planches-contact, 5 cartes-postales, 1 affiche), ed. Carlotta, 28,08€
→ Jean-Baptiste Thoret, Le cinéma comme élégie, 256 pages avec plus de 250 photos + DVD inédit avec le film de Bill Teck One Day Since Yesterday, Peter Bogdanovich et le film perdu, GM Editions-Carlotta Films, 50€
→ Peter Bogdanovich, La mise à mort de la licorne (Dorothy Stratten, 1960-1980), livre broché, 264 pages, GM Editions-Carlotta Films, 19€
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À LA DÉCOUVERTE DES YATZKAN
http://www.drame.org/blog/index.php?2018/10/22/3970-yatzkan
BLOG CINÉ (avec bande-annonce)
L'histoire est totalement différente, mais la démarche est la même. Parvenus à un âge où nos anciens nous quittent, il nous faut fouiller, remontant le temps comme s’il y avait dans les archives une clef d’accès à notre identité. J'ignorais les ascendances juives d'Anna-Celia, je la croyais anglaise, mais Kendall n'était que le nom de guerre de son père. En 1978 je faisais partie du jury qui l'a reçue à l'Idhec (l'ancêtre de La Femis) et je fus le responsable de la pédagogie de sa Promotion lors de l'année qui suivit. Le concours d'entrée exigeait de déceler les aptitudes créatrices des candidats. Nous ne nous sommes pas trompés.

Cette année j'ai découvert les archives familiales en haut de l'armoire dans la chambre de ma mère, j'ai constitué mon arbre généalogique et même séquencé mon génome. Je savais d'où je venais, mais j'ignorais maints détails. Les dossiers concernant la déportation de mon grand-père, l'évasion de mon père après les sévices subis par la Gestapo, les documents historiques concernant mes deux parents issus de la communauté juive d'Alsace m'ont poussé à creuser cette piste digne des meilleurs feuilletons.

De son côté, avec des outils similaires, Anna fit ce travail de deuil et de renaissance après la mort de sa mère. Il fallait trier, choisir quoi conserver, jeter, vendre, donner. Mais il était aussi nécessaire de lever certains dénis, contrebalancer le refus de se souvenir des aînés par l'étonnant champ de recherche que constitue Internet, avoir le courage de retourner là où les crimes avaient été commis. La caméra suit la réalisatrice dans son enquête jusqu'en Pologne où l'antisémitisme est toujours présent. Découvrant des Yatzkan survivants des massacres de 1941 perpétrés en Lituanie, et d’autres issus d’une autre branche ayant fui les pogromes de la fin du XIXe siècle et réfugiés aux États-Unis, Anna renoue avec eux et devient elle-même une Yatzkan, ajoutant le patronyme de sa mère au sien et devenant ainsi Anna-Célia Kendall-Yatzkan. À la suite, entre autres, de cinéastes d'origine juive, elle a recours à l’autodérision, une manière d'assumer la souffrance pour continuer d'avancer. Si Les Yatzkan est un film fondamentalement tendre, il peut être aussi drôle que passionnant. Je n'ai pu retenir mes larmes lorsque les cousins venus d'Europe, d'Amérique ou d'Afrique du Sud débarquent à l'aéroport, mais j'ai ri des petits poings rageurs d'Anna face à l'agressivité d'un rougeaud ou devant cette fille qui tente en vain de se débarrasser des affaires de sa mère lors d'un vide-grenier.

Adepte de l'auto-fiction comme Françoise Romand, Agnès Varda, Dominique Cabrera, Sophie Calle, Maïwenn, beaucoup de femmes, mais aussi Alain Cavalier, Nanni Moretti, Alejandro Jodorowsky et quelques autres, la cinéaste se met en scène et façonne le réel avec les ressources d'une fantaisie lui offrant de faire éclater la vérité de l'imaginaire. Elle plie et déplie les papiers qui se transforment en origamis ou en affiches géantes, photographies collées sur les lieux-mêmes où elles furent prises le siècle précédent. La langue yiddish devient le vecteur d'une histoire lituanienne qui a traversé les siècles et l'Europe. Lorsqu'elle n'arpente pas les rues ou les bois à la recherche des traces du drame, notre Kendall-Yatzkan est rivée à son ordinateur. Elle fait l'acquisition de documents rares sur eBay, retrouve les lieux sur Googgle, contacte les membres de sa famille perdue et retrouvée et se fait traduire mot à mot ce qu'elle ne comprend pas. Et l'inconscient fait son travail, car le non-dit est souvent explicite sous l'évocation poétique. Les artistes ont cette chance terrible de transposer et sublimer leurs émotions. La performance de sa cousine Doris avec le sang et le lait est d'autant plus poignante. Anna est une petite souris comme celles que dessine Art Spiegelman dans Maus. Elle est tenace, impertinente, amusée, rêveuse, et elle se sait maintenant faire partie de sa famille souris, les Yatzkan.

→ Anna-Célia Kendall-Yatzkan, Les Yatzkan, à 13h du 7 au 20 novembre (sauf le 13) et le 27 au cinéma Le Saint-André-des-Arts, avec, à l'issue de chaque projection, la présence d'une personnalité (Doris Bloom ou d'autres Yatzkan telles que Diana Huidobro et Nathalie Weksler accompagnée de Jean-Gabriel Davis, l'historienne et chanteuse Éléonore Biezunski, les historiens Annette Wieviorka et Philippe Boukara, le psychanalyste Daniel Sibony, les sociologues Nathalie Heinich et Claudine Dardy, la psychologue clinicienne Yaelle Sibony-Malpertu, le professeur de yiddish Arnaud Bikard, les cinéastes Jérôme Prieur, Yves Jeuland, Dominique Cabrera, Amalia Escriva, Pauline Horowitz, Jacques Royer).
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LA GALÈRE DES POINTS RELAIS
http://www.drame.org/blog/index.php?2018/10/19/3973-points-relais
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D'habitude je peste contre les transporteurs qui ne livrent jamais comme ils s'y sont engagés. Cette fois j'avais 5 colis de 17 kilos à envoyer en Alsace par Mondial Relay, or la plupart des commerçants qui assurent ce service refusent de prendre des colis de plus de 10 kilos. J'en appelle 13 avant d'en trouver un qui accepte que je dépose mes 87 kilos le lendemain. Je n'avais pas choisi ce mode de livraison, mais l'acheteur de la collection de livres de science-fiction du Club du Livre d'Anticipation qui appartenait à mon père.
Il me reste encore à vendre les revues Fiction Magazine (1953-1987), Satellite (complète 1958-1963), Galaxie (1964-1977), Hitchcock Magazine, Mystère Magazine, des recueils chez Casterman, d'autres bouquins de science-fiction chez Gallimard, de la collection rouge chez Hachette, etc., sans compter les 47 volumes reliés géants du Génie Civil (1915-1937) qui appartenaient à mon grand-père, les 12 volumes reliés du Théâtre de Pierre Corneille (1827), les 8 volumes reliés de Courteline (1930), quantité d'Avant-Scène Théâtre, des livres de son Enfer, un Vian illustré par Boullet, un Valentine Penrose préfacé par Paul Éluard, je n'en finirai jamais ! D'autant que de mon côté je cendrais bien ma collection des Cahiers du Cinéma depuis 1974 (600 numéros) et les 46 premiers magazines de photos Zoom (1971-1977). J'en ai mis une partie sur LeBonCoin, mais n'hésitez pas à me contacter...
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LA MORT DE JACQUES MONORY ME FLANQUE "LES BLEUS"
http://www.drame.org/blog/index.php?2018/10/18/3974-jacques-monory
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"Les bleus", c'est ainsi qu'une amie québécoise évoque le cafard ou la mélancolie, traduction littérale du blues. Nous aimions tant son approche cinématographique de la peinture, en résonance de la mienne avec la musique, qu'en 1985 nous avions demandé à Jacques Monory l'autorisation d'utiliser une de ses toiles comme couverture du dernier vinyle d'Un Drame Musical Instantané. Carnage est épuisé depuis 25 ans, c'est le seul album du Drame que vous ne trouverez plus ni en vinyle, ni en CD. Au dos de la pochette, Bernard Vitet jouait le rôle du terroriste un flingue à la main, Francis Gorgé était vêtu d'habits déchirés par l'explosion et je figurais une sorte de héros, la mallette sauvée in extremis. Orson Welles disait qu'il suffit de retirer un seul paramètre à la réalité pour entrer en poésie. Le monochrome bleu nous faisait pénétrer dans le monde des rêves, même dans les scènes de violence, sortes d'arrêts sur image en équilibre précaire sur le réel. Nous partagions avec Jacques Monory le goût du thriller, un genre que les écrivains ont souvent choisi pour critiquer la société. Le tableau Explosion peint en 1973, dont Carnage est un détail, me rappelle le dernier plan du dernier film de Luis Buñuel, Cet obscur objet du désir. La bombe laisse la fumée grimper vers le ciel bleu. Depuis, les attentats se sont multipliés...

Jacques Monory était un homme exquis, toujours un sourire aux lèvres, attentif, bienveillant. Plus tard il nous offrit une image en guise de carte postale pour notre trio, Technicolor, un tableau qu'il avait détruit, mais qui collait avec notre regard sur les animaux. Le public y était aussi encagé que le chimpanzé. Lorsque la vidéaste Dominique Belloir voulut sonoriser le film que lui avait commandé La Cité des Sciences et de l'Industrie pour être projeté à l'entrée du planétarium, Monory lui suggéra de nous demander de composer la musique originale du film Souvenir autour de ses toiles renvoyant à l'homme et au cosmos. J'utilisai un synthétiseur, un échantillonneur, un vocodeur, un harmoniseur, une trompette de poche, une flûte et des appeaux. Bernard jouait de la trompette, Francis se servait d'un E-Bow sur sa guitare, d'un synthétiseur, d'un mellophone et d'appeaux. Participaient également à cet enregistrement de 1986 le violoniste Bruno Girard, Kent Carter à l'alto, Hélène Bass et Marie-Noëlle Sabatelli aux violoncelles, Geneviève Cabannes à la contrebasse. La dernière fois que j'ai rencontré Jacques Monory, c'était à l'occasion de l'exposition des Justes d'Agnès Varda au Panthéon il y a déjà 11 ans. Hier, à 94 ans, il est finalement entré dans un monde sans couleurs, nous laissant juste broyer du noir...
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17/10/2018
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BRUNO BILLAUDEAU, ÉLECTROACOUSTICIEN EN TEMPS RÉEL
http://www.drame.org/blog/index.php?2018/10/17/3972-bruno-billaudeau
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Ce week-end j'ai arpenté les ateliers d'artistes de Montreuil qui avaient ouvert leurs portes. J'étais surtout intrigué d'aller écouter les instruments construits par Bruno Billaudeau qui les exposait au Théâtre Berthelot. J'ai d'abord imaginé la musique en regardant ses sculptures sonores, mais c'est seulement lors du concert que j'ai découvert ses improvisations électro-acoustiques. Les micros contact captent le son de la matière qu'il excite de différentes manières, avec archet, mailloches, pincements, etc., mais il utilise également des micros magnétiques et des capteurs piézzo comme sur une guitare électrique. Les noms de ses instruments fabriqués avec des matériaux recyclés suggèrent leur sonorité : totem de scies, celloharpa, guitaressort, harpependulair, sciegong... Ne pas croire que c'est un Indien qui joue roots sous prétexte que le bois et le métal rappellent leur passé d'objets d'usage. Billaudeau traite ses sons avec l'informatique de Live Ableton et Max MSP. Ce jour-là il avait également apporté ses Boîtes bleues, petites valises de circuits électroniques éclairés par des diodes : la Spring Suitcase, la Clock Writer Box, l’Electro Box, la BipBip Box ! Je ne pouvais pas rester pour les concerts suivants, mais j'aurais été intéressé de l'écouter jouer avec d'autres improvisateurs, car les sons de sa démonstration en forme de show-case étaient vraiment très intéressants, envahissant l'espace en privilégiant la profondeur... Or souvent les nouveaux luthiers ont du mal à prendre du recul et à pervertir leurs instruments comme savent le faire les compositeurs. Il existe des exemples fameux comme celui de Harry Partch qui inventa des instruments aptes à jouer ce dont il rêvait. Il me semble ainsi nécessaire que l'idée précède le style...

J'ai la chance d'avoir conservé quelques uns des instruments inventés par mon camarade Bernard Vitet : frein (contrebasse à tension variable) et alto à frets en laiton et plexiglas, flûtes en PVC et plexi, trompes, trompettes à anche, cloches tubulaires, pots de fleurs accordés, etc. Si Françoise Achard a pu sauver le célèbre Dragon (balafon géant), les autres ont probablement disparu de son ancien domicile avec le reste de ses souvenirs... Je regrette en particulier l'incroyable pyrophone (orgue à feu) et les instruments qu'il avait fabriqués pour Georges Aperghis comme la vielle à roue qu'on actionnait en poussant le caddy qui l'abritait ! Je possède également des flûtes construites par Nicolas Bras, une crakle box d'Eric Vernhess. Éric m'a également programmé un synthétiseur perso, le JJB64, et Antoine Schmitt la Mascarade Machine. La Pâte à Son et Fluxtune conçus avec Frédéric Durieu ne fonctionnent hélas plus que sur de très vieilles machines. Alors je dévie de leur fonction originelle quelques applications que les Inéditeurs ont conçues pour iPad comme la Machine à rêves de Leonardo da Vinci et DigDeep...

Mais les pièces de Billaudeau sont vraiment très belles. Il est seulement dommage que toute cette lutherie originale reste toujours à l'état de prototype et que seuls soient reproduits des instruments dont le marché pense pouvoir tirer un substantiel profit, ce qui n'est pas toujours le cas, les plus délirants disparaissant évidemment très vite...
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Jean-Jacques Birgé : THE 100th ANNIVERSARY 1952-2052
Article de THE WIRE (novembre 2018, #417, p.69, rubrique Modern Composition by Julian Cowley) :
Le Parisien Jean-Jacques Birgé crée des disques, réalise des films et dirige le label Grrr depuis le milieu des années 1970. Maintenant, avec cet exubérant projet d'une heure, il avance jusqu'en 2052 et célèbre le centenaire de sa propre naissance. Une coda marquant sa mort éventuelle a été composée par Sacha Gattino qui rend hommage à la vie créative et enjouée de son ami, audible dans leur amour commun pour les instruments-jouets et les objets sonores du quotidien. Une boîte à musique carillonnante, enregistrée pendant l'enfance de Birgé, fournit un point de départ à ses ébats délirants à travers le temps. Le montage habilement conçu capture la saveur de chaque décennie. Chanson avec accordéon, guitare électrique ou synthétiseurs et pompe orchestrale fournissent des repères temporels, mais dans chaque cadre, une multitude de sons sont superposés et mélangés. L’imaginaire kaléidoscopique de Birgé a produit une chronique électroacoustique largement divertissante, naturellement débordante de joie de vivre.
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WASSIM HALAL, UN COUP DE MAÎTRE !
http://www.drame.org/blog/index.php?2018/10/16/3971-wassim-halal
BLOG CD (avec clips vidéo et liens)
J'avais adoré le trio des Revolutionary Birds auxquels participait le joueur de darbuka et de doholla (darbuka grave) Wassim Halal avec Mounir Troudi et Erwan Keravec. J'admirais le jeune percussionniste franco-libanais, je suis estomaqué par le compositeur qui publie son premier album solo d'une maturité exceptionnelle. Si le solo signifie en être l'organisateur, d'autant que l'improvisation y tient une place majeure, il faut reconnaître qu'il a su s'entourer. Une trentaine de musiciens l'épaulent sur cet incroyable triptyque en 3 CD qui se déplie comme un petit opéra dont je ne comprends hélas pas les quelques mots puisqu'ils sont dits en arabe que je ne parle pas. Il n'y en a pas tant, mais si le verbe est à la hauteur de la musique, je veux bien l'apprendre, car Le cri du cyclope est un coup de maître !

Je ne m'y connais pas non plus suffisamment en percussion pour reconnaître si les peaux sont pures ou trafiquées électroniquement (Benjamin Efrati et Pierrick Dechaux au gugusophone ?), mais lorsqu'elles s'emballent je retrouve la transe qui vous emporte au delà du réel, dans un imaginaire qui n'appartient qu'à soi. Des frissons animent soudainement mon corps, me rappelant les feedbacks que je produisais avec mes premières œuvres électroacoustiques dans les années 60. Si le premier disque est axé sur la darbuka, il commence avec d'incroyables anches suraiguës (dont Samir Kurtov à la zurna) indiquant d'emblée que nous sommes loin d'un disque de percussion démonstratif. Les mélodies sous-jacentes fabriquent des timbres inouïs qui nous porteront jusqu'au bout.

Les deux superbes collages de Benjamin Efrati et Diego Verastegui, morcelés en huit panneaux par le biais du gabarit qu'impose la pochette CD ou reproduits sur les trois macarons, rappellent ceux de Max Ernst ou Jacques Prévert, intégrant par leurs éléments toutes les sources d'inspiration de Wassim Halal. Le second disque débute en effet avec un gamelan (Théo Mérigeau, Sven Clerx, Jérémy Abt, Antoine Chamballu, Ya-Hui Liang), se poursuit avec un quatuor d'anches (Benjamin Dousteyssier, Raphaël Quenehen, Jean Dousteyssier, Laurent Clouet) pour aboutir à un quatuor à cordes (David Brossier, Amaryllis Billet, Léonore Grollemund, Anil Eraslan), souvent rejoints par les peaux qui renforcent les polyrythmies et épaississent le timbre.

Les collages insistent aussi sur l'unité de l'ensemble. Ce ne sont pas trois disques, mais bien un triptyque musical à quatre volets graphiques. Les incantations de la chanteuse Leila Martial attaquent le troisième disque avec une pêche d'enfer, effets que prolonge la guitare de Grégory Dargent. Et ainsi de suite avec l'Aala Samir Band (Kamal Salam Jaber, Samen Almarya, Ibrahim Abomazem, Sami Fayud), les voix d'Oum Hassan et Gamalat Shiha, la zurna de Samir Kurtov... Pour clore ce voyage dans un pays qui, s'il n'était pas imaginaire, deviendrait ma prochaine escale, entrent en free jazz oriental l'accordéoniste Florian Demonsant, le trompettiste Pantelis Stoikos, le clarinettiste Laurent Clouet, et enfin Erwan Keravec à la cornemuse. Halal reprend sa place d'accompagnateur de ces musiques tournoyantes et enivrantes alors qu'il est le grand ordinateur de ce grand charivari commencé avec toute la smala dès L'oracle qui ouvrait le premier disque, le tout remarquablement enregistré par Cyril Harrison.

Ce sont bien de ses voyages que s'est inspiré Wassim Halal pour accoucher de ce petit bijou composé de trois galettes d'argent, au Liban où il s'est initié au Dabkeh, le répertoire de mariage, en Turquie auprès des Tziganes et partout où son métier l'a mené. Quand la musique laisse place au silence, on a l'impression de revenir d'un long voyage dépaysant entrepris en tapis volant comme dans Starik Khottabych (Grand-père miracle), le film magique de Gennadi Kazansky en Sovcolor que je n'avais pas revu depuis qu'il avait été projeté dans mon école primaire...

→ Wassim Halal, Le cri du cyclope, 3cd Collectif Çok Malko avec le soutien de l'AFAC Fondation (Arab Fond for Arabic Culture), dist. Buda/Socadisc, sortie en novembre 2018
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BARBARA HANNIGAN, INCARNATIONS
http://www.drame.org/blog/index.php?2018/10/15/3969-barbara-hannigan
BLOG CD/DVD (avec extraits vidéo en cliquant sur le lien ci-dessus)
Barbara Hannigan serait-elle la nouvelle Cathy Berberian ? La comparaison est probablement erronée, mais la soprano canadienne possède le toupet, l'humour et la virtuosité de la cantatrice disparue prématurément en 1983. Si l'on ajoute qu'elle est aussi acrobate et chef d'orchestre, nous sommes en face d'une artiste complète qui donne aux opéras auxquels elle participe une intensité rare.

Comme beaucoup d'internautes je l'ai découverte en 2015 avec son interprétation magistrale d'un extrait du Grand Macabre de György Ligeti dirigé par Simon Rattle. J'ai d'abord eu envie d'en écouter plus, alors j'ai acheté le CD où elle chante la Sequenza III de Luciano Berio, Crazy Girl Crazy de George Gershwin qu'elle dirige en même temps ainsi que la Lulu Suite d'Alban Berg. Il est accompagné d'un petit film Music Is Music réalisé par son compagnon depuis 2015, le comédien Matthieu Amalric. J'ai continué avec Socrate d'Erik Satie, la seule œuvre dramatique du musicien d'Arcueil qui osa la composer seulement après que Debussy, son ami adulé, fut mort. Mais je préfère la version de Cuénod, ou, mieux, l'originale pour mezzo, trois sopranos et orchestre, dirigée par Friedrich Cerha. Et puis je suis enfin passé aux opéras en DVD...

J'ai ainsi acquis Written On Skin de George Benjamin, Lulu de Berg et La voix humaine de Francis Poulenc. Il y en a d'autres, mais j'ai une tendresse particulière pour les deux derniers. J'ai eu la chance d'assister à la création de Lulu par le trio Boulez-Chéreau-Peduzzi à l'Opéra de Paris en 1979 assis au premier rang grâce à mon abonnement à l'Ircam. Or c'est Wozzeck de Berg qui me fit entrer dans le monde du lyrique qui m'insupportait jusque là, probablement parce que mon père en était féru. Quant à La voix humaine, c'est une de mes œuvres dramatiques préférées, d'une part pour le livret de Jean Cocteau, d'autre part parce que j'ai toujours défendu Poulenc, compositeur schizophrénique partagé entre ses pièces liturgiques et canaille, mouton noir de la famille Rhône-Poulenc ! Je suis totalement fan de ses surréalistes Mamelles de Tirésias et de ses terribles Dialogues des Carmélites, peut-être grâce à l'interprétation de la sublimissime Denise Duval qui privilégie la diction et la théâtralité avant tout.

Barbara Hannigan est plus difficile à comprendre, elle roule les r, mais chanter couchée par terre ou en se tordant dans tous les sens est une prouesse. Les mises en scène de Krzysztof Warlikowski sont évidemment très spectaculaires, demandant un investissement autant physique que vocal. Le metteur en scène polonais cherche systématiquement à pervertir les intentions originales des librettistes en transposant l'intrigue grâce aux failles que les livrets recèlent. Au lieu d'être simplement une femme au téléphone avec son amant qui la quitte, l'héroïne est accompagnée par la pensée de son amant qui meurt plein de sang, victime d'un révolver qui se retournera contre elle-même. La chorégraphie hystérique de Claude Bardouil est hélas un peu trop caricaturale à mon goût. Pour une fois je préférais le classicisme où le téléphone est une « arme effrayante qui ne laisse pas de traces, qui ne fait pas de bruit » plutôt que l'afflux d'hémoglobine et de rimmel dégoulinant. Cette tragédie lyrique en un acte est couplée et précédée du Château de Barbe-Bleue, unique opéra de Béla Bartók sur un livret de Béla Balazs avec le duo John Relyea et Ekaterina Gubanova. J'en préfère la scénographie avec ses chambres transparentes et coulissantes. Les écrans vidéo produisent des effets de perspective, multipliant les points de vue, et les scènes glissent sans cesse de tableaux en tableaux, plus étonnants les uns que les autres. J'avais l'intention d'assister à ce spectacle, mais les places à 200 euros m'en ont dissuadé. Je me suis rattrapé en projetant le DVD sur mon très grand écran pour seulement 25 euros, expérience reproductible !

Pour Lulu, on retrouve le nouveau baroque de Warlikowski avec la même équipe artistique, scénographie, lumière, costumes, chorégraphie, vidéo, etc. La présence d'enfants semble indiquer chaque fois que tout a commencé très tôt, ces névroses alimentant toujours le répertoire parce qu'il n'est que la représentation théâtrale de nos vies. Les introductions parlées au micro participent de la même distanciation. Des scènes parallèles se déroulent en arrière-plan pendant l'action principale, agisant comme des prismes révélateurs. Barbara Hannigan trouve en Lulu un rôle à sa mesure dans cet opéra dont l'argument inspiré de La boîte de Pandore et de L'esprit de la Terre de Frank Wedekind est une suite de coups de théâtre sur une des plus belles musiques symphoniques du XXe siècle. Presque nue, sur des pointes, la soprano participe à cette accumulation de provocations critiques. Le spectacle est ahurissant.

J'ai continué mon enquête avec d'autres CD. Vienna Fin de siècle rassemble des œuvres de Schönberg, Webern, Berg, Zemlinsky, Hugo Wolf et Alma Mahler écrites entre 1888 et 1910. En allemand comme en français, Barbara Hannigan, accompagnée ici au piano par Reinbert De Leeuw, privilégie la dramaturgie et le lyrisme au détriment de la compréhension des paroles. Son caractère échevelé est plus à son aise dès que la folie s'empare des rôles. Ses apparitions dans In the Alps de Richard Ayres enregistré en 2008 avec le Blazers Ensemble sont carrément cocasses à l'instar du reste de la partition aux accents de fanfare. Par contre je m'ennuie terriblement de la banalité de Let Me Tell You de Hans Abrahamsen. Il y a toujours une énigme derrière l'excellence. Pour m'approcher de sa révélation j'ai tendance à viser l'exhaustivité. On finit toujours par en trouver une interprétation, même si elle vaut ce qu'elle vaut !
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BORJA FLAMES, ROUGE VIF
http://www.drame.org/blog/index.php?2018/10/12/3967-borja-flames-rouge-vif
BLOG CD
Il y a deux ans je saluais l'album Nacer Bianco de Borja Flames. De Naître blanc le compositeur espagnol est passé au rouge vif de Rojo Vivo. Ne croyez pas que je comprenne sa langue, cela me manque cruellement pour piger le sens de ses paroles. Tenter d'attraper au vol des bribes de ce qu'il chante aurait même tendance à me flanquer la migraine, d'autant que cette fois la musique est dense, rapide et enjouée. De petites boucles rythmiques astringentes de synthétiseur et percussion contrastent avec ses mélodies à la voix tendre.

Il y a vingt ans, avec Bernard Vitet, nous avions l'ambition démesurée de renouveler la chanson française avec l'album Carton. Le disque avait rencontré un joli succès critique, mais n'avait évidemment rien révolutionné. Il est probable que ces autres cinglés resteront marginaux dans un marché étouffé par les produits Kleenex et la communication de masse abrutissante. Mais au moins cela sonne autrement et ça remue les méninges. Sur scène Borja Flames est accompagné par sa comparse Marion Cousin qui chante, claviérise et percussionne, Paul Loiseau aux percussions et Rachel Langlais aux claviers. N'oubliez pas de laisser tourner le disque jusqu'à la ghost track, une facétie de plus sur un album qui interroge fondamentalement sur le champ immense que pourrait investir la chanson si le métier n'était pas si timoré. Borja Flames fait bouger les lignes de front. On gagne du terrain. Il est publié par Les Disques du Festival Permanent, le label du violoncelliste Gaspar Claus, qui accueille d'autres pirates de la variété pop comme Sourdure ou Marc Melià. On est donc tout ouïe et plein d'espoir pour l'avenir.

→ Borja Flames, Rojo Vivo, cd Les Disques du Festival Permanent, sortie le 19 octobre 2018

https://youtu.be/5GnACiwjpf8
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SORRY TO BOTHER YOU, COMÉDIE CORROSIVE DE BOOTS RILEY
http://www.drame.org/blog/index.php?2018/10/11/3968-sorry-to-bother-you-boots-riley
BLOG CINÉMA (AVEC BANDE-ANNONCE)
J'avais découvert Boots Riley lors du concert inaugural d'Ursus Minor à Villejuif il y a 15 ans. Son propre groupe, The Coup, avait retiré de la vente leur disque qui devait sortir le 11 septembre 2001 à cause de la pochette prémonitoire où l'on voyait les Twin Towers exploser avec Boots appuyant sur l'un des boutons d'une basse électrique. Sur ce fabuleux album d'Ursus Minor, Zugzwang, il chantait entre autres "Burn The Flag (Brûle le drapeau)"... C'est la génération des enfants des Black Panthers qui résiste toujours aux États Unis. La presse européenne relate rarement leurs actions, sauf lorsqu'elle est soutenue par des blancs comme lors de Occupy Wall Street. Ces dernières années Boots Riley avait un peu disparu de la scène musicale, et pour cause. Il vient de réaliser son premier long métrage de fiction, tout aussi politique que son rap revendicatif.

Sorry To Bother You est un drôle de film qui ne ressemble à aucun autre. Il en parle comme d'une comédie sombre et absurde avec réalisme poétique et science-fiction, inspirée du monde du télémarketing. Le scénario s'inspire de sa propre expérience en Californie où il avait emprunté une voix de blanc pour convaincre les clients potentiels. Ses élucubrations corrosives transposent avec humour son analyse critique radicale du capitalisme. Pour l'avoir écrit en 2012 sous Obama, Boots Riley a gommé tout ce qui pourrait sembler une charge contre Trump pour l'axer contre les véritables auteurs du marasme et non sur leurs marionnettes. Le film exhorte ainsi les salariés à se syndiquer et à se regrouper solidairement sans céder aux chimères de l'argent au risque d'être transformés en monstres.

Les acteurs Lakeith Stanfield (Selma, Straight Outta Compton, Get Out), Tessa Thompson (Selma, Thor: Ragnarok, etc., elle incarne ici une plasticienne radicale et féministe), Steven Yeun (The Walking Dead), Danny Glover (en dehors de L'arme fatale, La couleur pourpre, etc., il est connu pour ses soutiens à Bernie Sanders et Mélenchon !) participent à cette joyeuse farce grinçante où la fantaisie des résistants rivalise avec le cynisme des exploiteurs manipulateurs d'opinion.
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