[Pauvre droite oppressée !]
Je fais volontairement un titre ironique pour exprimer l’idée de ma troisième (et dernière) tirade politico-préoccupée de la campagne, histoire de désamorcer les réponses énervées qu'elle pourrait provoquer. Oui, je suis conscient qu'il y a de vrais gens qui souffrent dans le monde, et non je ne mets pas les sympathisants de Sarko dans le même sac. Voilà, ça c’est dit !

Maintenant le sujet que je voulais évoquer, encore une fois en réflexion personnelle et toujours ouverte à la discussion : j'en ai marre d'avoir ce sentiment que je "devrais" avoir honte d'être de droite. D'abord parce que je ne suis pas fondamentalement "de droite", mais plutôt "du coté qui me semble avoir les idées les plus efficaces", comme tout le monde. Il se trouve que mes analyses et mon expérience m’amènent à penser que les idées de la droite du spectre politique français fonctionneraient mieux, tous comme les analyses et les expériences de certains autres les amènent à penser que les idées de la gauche seraient plus bénéfiques au pays. En France, on veut tous un pays épanoui, qui crée de la richesse pour tous, où tout le monde a toutes les opportunités et où tout le monde est protégé. Personne n’est le grand méchant loup dans cette histoire : nous avons simplement des idées différentes sur le système qui nous permettrait d’y arriver. Détail intéressant, dans la majorité des pays développés, la plupart de ces idées qui me semblent importantes à défendre (sécurité sociale, éducation pour tous ou assurance chômage) feraient sans doute de moi un partisan de la gauche sociale-démocrate aussi...

"Ah oui, mais c'est pas de toute la droite qu'on parle, c'est Sarkozy qui pue vraiment !"
Le problème, c'est que je ne partage pas cette analyse, et que ça ne fait pas de moi un demeuré ou un collabo. Je ne pense pas que Sarkozy soit raciste ou xénophobe, si convaincu que vous soyez du contraire. Je serai heureux d'en discuter autour d'un café si nous nous croisons un jour ; pour le moment, disons que si j'étais d'accord avec cette idée je ne voterai pas pour lui, ça sera plus simple. Et je ne pense pas non plus qu’il soit plus magouilleur ou qu’il ne se traine plus de casseroles qu’un autre homme politique français (merci de nous épargner vos exemples, il y en aurait autant dans l’autre camp. Et la tolérance du peuple Français face à ces abus serait d’ailleurs un sujet intéressant à évoquer, mais ce serait un autre débat).

Au-delà de ça, ce qui me gêne est qu’il y a un climat de condamnation, une sorte d’opprobre de facto jetée sur la droite (ou du moins c'est mon expérience). Quand il n'y a personne de droite, on se convainc que la droite est l'empire du mal. Et si on apprend que quelqu’un est "de droite", on se demande comment il peut faire une telle chose, on se dit que ce n’est pas possible et qu’il est soit égaré soit trop simple pour comprendre. Au mieux on lui fait les gros yeux et on lui explique à quel point ce choix est néfaste et condamnable, et au pire on ne veut pas lui adresser la parole (et on lui jette quelques remarques ou quelques insultes bien choses). Ca n'est pas exactement la même chose, mais c'est un peu comme si j'invectivais chaque sympathisant de Hollande que je croise (ou sans cibler quelqu'un de précis, sur les réseaux sociaux par exemple), en expliquant les méfaits du communisme, les dangers de l’extrême gauche et le péril dans lequel ces choix mettraient le pays. Je suis sûr qu’il y a des abrutis pour le faire, mais je ne les regarde pas avec plus de considération que ceux dont je parle ici.

Reprenons un peu de perspective : comme je le disais, certains expliqueront sans doute que Sarkozy est un cas extrême mais que le reste de la droite est acceptable, et que quand l'actuel président sera parti on pourra redevenir respectueux et souriant... Mais ce n'est pas moi qui ai inventé l'ineptie de la "pince à linge" pour aller voter Chirac en 2002, et ce n'est pas moi non plus qui me suis imposé ce sentiment de devoir taire mes opinions pendant que les autres les salissent, au risque de créer un malaise offusqué dans la conversation. Ce problème n’est pas nouveau, et il n’est pas né avec Sarkozy. Je connais des gens des deux "bords", et je n'ai pas le même sentiment de l'autre coté.

Bref, être de droite n'est ni un crime ni une honte, c'est simplement un choix de politique, généralement plutôt réfléchi. Ce n’est pas plus l’apanage des ignobles nantis qui veulent s’engraisser sur le dos des travailleurs, ou des xénophobes vicieux qui y voient l’occasion de remettre en place les étrangers qu’ils haïssent secrètement, que le choix du vote à gauche n’est l’exclusivité des syndiqués enragés qui veulent venir à bout du capital ou des fonctionnaires paresseux qui veulent se la couler douce toute la vie. Il y a des cas extrêmes partout, mais dans la majorité des cas le vote est un choix sérieux qui arrive au terme d’une réflexion respectable. Plus que respectable, c’est un choix que la république nous impose de respecter. Donc j'aimerai bien qu'on ne me le renvoie pas à la figure en permanence, même indirectement.
Il est facile de parler de rassemblement, d'unité et de respect (fièrement opposés au "mépris" et aux "clivages") quand on invective le coté d'en face dans la même phrase. Quelle ironie ! La moitié de la France vote à droite, il ne me semble pas raisonnable que la moitié du pays soit xénophobe et/ou manipulée.

Et je noterai en conclusion que j'ai généralement essayé de prendre le contrepied de ces à-priori : si je parle ici ou là de mes préférences politiques ce n'est bien sûr pas pour convaincre les gens, mais plutôt pour montrer par l'exemple à ceux qui sont convaincu que la droite est pleine d'ogres terrifiants que l'on peut être raisonnable, attentif et respectueux, et être de tendance de droite tout de même.
Et au-delà de ça, c’est pour montrer qu’il est possible de se parler, de s’écouter, et d’échanger nos idées et nos opinions sans s’envoyer des casseroles à la figure, même quand on n’est pas d’accord. J’affirme d’ailleurs qu’au final, on en ressort tous grandis, et que c’est comme ça, pas en n’écoutant que ceux qui sont d’accord avec nous, qu’on enrichi la démocratie. J’ai l’art d’enfoncer les portes ouvertes, mais vu le niveau des discussions de cette année, télévisées ou autres, c’est peut-être nécessaire... Et à propos de démocratie, disons-le encore une fois : j’espère que vous irez tous voter dimanche, quel que soit votre choix.

Bon week end à tous, camarades !

PS : "Ah oui", se diront encore certains, "mais ça c'est Patrick; lui il est cool, ça va, c'est ‘le bon mec de droite'… C'est des autres dont je parle". Je laisserai à ces gens-là le soin de réfléchir par eux-mêmes au ridicule et à la condescendance de cette idée.
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