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Emilie Benaim - Cabinet de psychothérapie Psy Paris 16
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Mon cabinet Psy Paris 16 se situe à 100m de la station de métro Ranelagh, près de l'avenue Mozart dans Paris16ème, et non loin de la porte de Passy.
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N’ayons plus honte de rougir     « Mais c’est charmant ! » Les dénégations ont beau pleuvoir, peu importe. Nos rougissements nous plongent souvent dans des états de panique, d’angoisse et de désespoir paralysants. De quoi témoignent-ils ? Et comment ne…

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Procastination : comment arrêter de tout remettre à plus tard ?


Remettre à demain ce que l'on pourrait faire tout de suite… Quand il s'agit de procrastiner, tous les degrés sont possibles : d'un blocage passager pour telle corvée que l'on repousse ponctuellement, jusqu'à la tendance durable à tout remettre à plus tard avec des conséquences matérielles très sensibles. Mais comment comprendre la procrastination et surtout éviter d'y céder ?


Ne pas faire les choses tout de suite, quand elles sont pénibles, peut sembler assez compréhensible. Mais tout le monde n'adopte pourtant pas cette stratégie, on peut même dire qu'environ la moitié des personnes préfèrent se débarrasser tout de suite des corvées pour avoir l'esprit tranquille et se consacrer ensuite aux choses plus agréables. Les autres optent par la solution inverse : commencer par les choses plaisantes pour terminer par les plus embêtantes. Si vous êtes dans ce cas et si la procrastination est devenue un réel problème pour vous, allons-y !



L'anxiété de l'incertitude
Un des principaux facteurs qui pousse à la procrastination est l'anxiété. Comme pour les phobies ou les troubles anxieux, le fait de différer une action est un équivalent de comportement d'évitement, qui annule (transitoirement) le stress qui lui est associé. Selon le contexte, cette anxiété peut être liée à l'incertitude, au manque d'assurance dans ses propres capacités, ou à toute autre crainte générée par l'action à réaliser ou à ses conséquences potentielles. Il peut notamment s'agir d'une anxiété sociale, par exemple pour des rendez-vous que l'on repousse ou pour des objectifs qui comportent une dimension collective importante.

L'incertitude et l'insuffisance de maîtrise de la situation sont des éléments déterminants. Ne pas bien cerner à l'avance l'ensemble du problème à affronter, ne pas savoir combien de temps il va falloir y consacrer et surtout ne pas avoir une expérience antérieure de la même tâche et donc de sa réalisation constituent des obstacles majeurs au déclenchement de l'action, surtout quand on manque de confiance en soi. Ainsi, chaque fois qu'on aura le choix entre une action incertaine où l'on risque de s'enliser et une action que l'on maîtrise, on choisira la seconde évidemment.



Vouloir trop bien faire
Au-delà du manque de maîtrise d'une situation, un problème de fond explique souvent les habitudes de procrastination : une faible estime de soi et son corollaire, le perfectionnisme. Vouloir en permanence faire les choses de manière parfaite, pour se prouver sa propre valeur dont on doute en réalité, crée rapidement un cercle vicieux : placer la barre trop haut conduit fatalement à ne pas l'atteindre, ce qui finit par altérer encore plus l'image que l'on a de soi-même (« Je n'arrive jamais à rien », « C'est bien la preuve que je ne vaux rien »…). Cette course à la perfection empêche d'agir, et elle peut même directement fabriquer de la procrastination : plutôt que de se confronter à un possible échec, on préfère, même sans vraiment s'en rendre compte, ne pas essayer du tout.



L'estimation du temps
La question du temps est centrale dans la procrastination, puisqu'on est toujours en retard. Les personnes concernées ont souvent un problème avec l'estimation du temps que peut prendre telle ou telle action, avec une franche tendance à en sous-estimer la durée nécessaire, et à surestimer le temps restant avant la dernière limite. Cela peut s'apparenter à un excès d'optimisme, ou parfois aussi à la politique de l'autruche : avec l'intuition du retard que l'on commence à prendre, on préfère ne pas y penser et ne pas se confronter à la réalité. Ainsi, on s'y prend trop tard et on se sent dépassé, non pas parce que la tâche était trop difficile mais parce qu'on n'y a pas consacré assez de temps.



Un autre type de piège explique également le renforcement de la procrastination : les fausses urgences.Plutôt que de se lancer dans une tâche importante et en retard, on en préfère une autre, moins importante mais plus abordable (moins complexe, plus agréable). Ceci avec un prétexte permettant de se déculpabiliser, du type : « Il faut vraiment que je le fasse maintenant, ça ne peut pas attendre. » Et, de fausses urgences en fausses urgences, les choses vraiment nécessaires sont repoussées aux calendes grecques.

Enfin, le dernier facteur de procrastination est, paradoxalement, une tendance à l'hyperactivité. Quand celle-ci est désordonnée, avec de réels problèmes d'attention comme chez certains enfants mais aussi chez beaucoup d'adultes, le risque est de ne pas pouvoir construire une action de manière continue du début à la fin. Une distractibilité excessive conduit à passer effectivement en permanence d'un sujet à l'autre, et ainsi ne réaliser aucune tâche complètement. Les personnes concernées sont ainsi perdues dans de nombreuses actions, commencées mais interrompues, et ne s'y retrouvent plus. Cette tendance à la dispersion et au manque de concentration est naturellement amplifiée par toutes les incitations à la distraction, venant surtout des divers écrans et autres supports numériques.



Attention aux bonnes résolutions
Tout comme il est vain de décider de commencer un régime d'une heure à l'autre (ça ne tient pas très longtemps en général…), la grande résolution « J'arrête complètement de procrastiner dès aujourd'hui » n'a pas de sens et est plutôt contre-productive. Sans préparation ni plan d'action, vous risquez d'échouer très vite, de vous décourager en culpabilisant et de ne plus pouvoir vous attaquer au problème avant longtemps… Il faut passer d'une logique illusoire du tout ou rien à une procédure raisonnée et ciblée.

La préparation du changement consiste à bien analyser ses propres comportements, à être sûr de ses motivations (pourquoi dois-je changer et qu'est-ce que j'en attends ?), et à se fixer des objectifs en s'appuyant sur une méthode assez précise. Vous avez probablement des tâches en retard dans différents domaines : travail, études, rangement des vêtements ou des livres, classement des papiers, règlement des factures, bricolage, etc. Établissez des priorités en fonction des deux paramètres suivants : le degré d'urgence et d'utilité de la tâche à réaliser d'une part, et le niveau de difficulté et de pénibilité d'autre part.

Le paramètre à privilégier est le degré d'utilité et d'urgence, car avancer sur ces sujets peut vous faciliter la vie assez rapidement, et surtout renforcera votre motivation et votre confiance en vous si vous réussissez. Choisissez donc les actions que vous repoussez depuis longtemps, même si vous n'avez pas de délais obligatoires fixés par des conditions extérieures (ce sont souvent ces tâches qu'on repousse à l'infini), et qui comptent vraiment pour vous ou pour vos proches.

S'il y en a plusieurs, appliquez le second critère pour les classer : d'abord ceux qui devraient vous demander le moins d'efforts et de temps, puis les autres.



Dix petits problèmes valent mieux qu'un seul très gros
Une autre règle essentielle dans la lutte contre la procrastination est la segmentation des problèmes. Impossible de terminer une tâche de grande ampleur et de grande complexité en une seule fois et sur un temps court. Il est essentiel de décomposer les actions les plus lourdes en sous-actions plus abordables, prenant moins de temps et soulevant moins de difficultés quand elles sont traitées l'une après l'autre. Par exemple, si votre objectif principal est de ranger votre chambre ou votre cave, il est facile de segmenter cette tâche en sous-parties : d'abord ranger un meuble, puis un autre, puis certains tiroirs, etc.

Ceci vous permettra de ne pas vous poser trop de questions quand vous serez dans l'action, puisque la tâche est bien définie. Et surtout d'obtenir une réelle satisfaction à chaque fois qu'un sous-objectif sera rempli, plutôt que d'attendre la résolution de la totalité du problème pour vous sentir valorisé.

Il est essentiel d'introduire des récompenses lorsque vous atteignez des objectifs, des choses que vous ne vous autoriserez à faire que lorsque vous aurez rempli le contrat prévu. Cette autogratification peut sembler un peu rudimentaire ou triviale, mais elle fonctionne vraiment pour entretenir la motivation.



Un bon chronomètre
Si vous sentez votre détermination fragile, en tout cas au départ, je vous conseille la méthode des rounds. Tout comme vous aurez découpé la tâche à réaliser en plusieurs tranches d'objectifs, il est utile de découper le temps en périodes assez brèves, comme les rounds d'un match de boxe. Ces périodes, qui peuvent être de dix minutes par exemple, sont un bon garde-fou contre les risques de distraction.

La règle à vous fixer, et à respecter de la manière la plus stricte possible, est de ne rien faire d'autre que la tâche prévue pendant les dix minutes de chaque séquence. Vous pouvez vous accorder un répit à la fin de chaque round en faisant autre chose ou rien du tout (repos), ou choisir d'enchaîner tout de suite pour une nouvelle période de dix minutes si vous vous sentez en bonnes dispositions. Mais la même discipline s'impose pour toutes les séquences à venir : ne rien faire d'autre que la tâche et vous appuyer sur une mesure du temps objective, à l'aide du chronomètre de votre smartphone par exemple.

Les récompenses que vous vous accordez ne doivent pas risquer de vous faire dériver trop longtemps de votre mission principale… Donc pas d'activité addictogène, comme un jeu dont vous avez du mal à décrocher ! De même, il faut veiller à ne pas vous laisser distraire pendant la tâche par toutes les tentations habituelles, venant notamment de votre téléphone ou de votre ordinateur. Veillez ainsi à éteindre les appareils pendant les phases de travail important, ou au moins de désactiver toutes les notifications. Gardez en tête que votre concentration va être difficile à maintenir si la tâche à réaliser n'est pas très plaisante ou demande un effort de réflexion ou d'attention conséquent, donc protégez-vous bien contre toutes les tentations.



Gestion des objectifs et gestion du temps
Du début à la fin, vous risquez d'être freiné voire paralysé par votre exigence de perfection ou au moins votre désir de bien faire. Nous avons vu que cette tendance, louable sur le principe, peut être un véritable poison de l'action. Il faut donc vous préparer à la débusquer derrière toute critique envers vous-même, ou derrière toute tentative de renoncement à agir ou à continuer un travail. Vous ne parviendrez pas à tout faire parfaitement, c'est acquis, mais tout ce qui sera fait sera un pas vers votre satisfaction. Soyez intransigeant avec votre perfectionnisme !

Deux derniers conseils :

1. Essayez de repérer les périodes de la journée dans lesquelles vous êtes habituellement le plus productif. Nous avons tous des profils un peu différents : certains travaillent efficacement tôt le matin, d'autres le soir ou à certaines heures de la journée. Essayez de tenir compte de ces particularités pour planifier vos activités demandant le plus d'énergie.

2. Passez parfois en mode « urgence » quand les choses ne fonctionnent pas assez bien. Vous avez probablement déjà constaté que votre productivité est nettement augmentée quand vous devez absolument rendre un travail avant une date incontournable, ou quand une échéance s'impose à vous pour des raisons pratiques (départ en vacances, déménagement, visite d'un ami, etc.). Ce sont des moments où toute notre énergie et surtout notre motivation sont concentrées sur un seul objectif, avec une notion d'urgence obligeant à une certaine rapidité.

C'est d'ailleurs pour cela que certains finissent, de manière plus ou moins volontaire et consciente, par prendre l'habitude de travailler à la dernière minute pour gagner en efficacité. Mais il est possible de reproduire cette pression par des obligations que l'on s'impose à soi-même : s'obliger à terminer telle tâche absolument avant telle date en considérant qu'elle prime avant tout le reste. Ceci passe par un échéancier plus serré que ce que vous auriez tendance à vous accorder spontanément.

Cette stratégie peut apporter beaucoup, mais il est préférable de ne pas en abuser, car elle peut engendrer un niveau de fatigue et de stress excessif. Essayez d'alterner des périodes d'organisation normale avec ces plages de rush intense.



L'essentiel contre la procrastination
– Priorisez vos objectifs et commencez par ceux qui comptent le plus tout en présentant le moins de difficultés.

– Segmentez les tâches en sous-actions plus faciles à réaliser.

– Fixez-vous des séquences de dix minutes pendant lesquelles vous ne devez rien faire d'autre que la tâche prévue.

– Organisez vos activités en fonction des capacités que vous vous connaissez, notamment des jours ou des horaires où vous êtes habituellement le plus productif.

– Passez en mode « urgence » quand les blocages résistent, en vous fixant vous-même un délai impératif à ne pas dépasser.



Source: psychologies.com

Syndrome du sauveur:
comment se libérer du besoin maladif d’aider les autres?


Certaines personnes vivent dans un esprit de sacrifice permanent, forçant souvent l’admiration de leur entourage. Que cache ce besoin que les autres aient besoin de nous?
« J’ai l’impression de faire tout pour tout le monde, sans jamais recevoir en retour ». Cette petite phrase, nombreux sont les psychologues à l’entendre, tant ce qu’ils appellent le « syndrome du sauveur » est une cause fréquente de consultation.

« C’est l’histoire de ma vie, confie ainsi Sandra. J’en suis aujourd’hui libérée, explique la jeune femme, « mais il m’a fallu une longue remise en question pour cesser de tomber amoureuse d’hommes mal en point, alcooliques ou dépressifs, que je m’acharnais à vouloir remettre sur pied, sans bien sûr jamais y parvenir. »

Comment expliquer que pour certaines personnes comme Sandra, les relations se construisent toujours sur ce modèle de l’aidant et de l’aidé, sans que les rôles ne s’inversent jamais? D’où vient cette faculté à n’être attiré que par des partenaires, amis, collègues, qui ne vont pas bien? Où se trouve la frontière entre la générosité, qualité ô combien admirable et l’abnégation pathologique?



« Un besoin que l’autre ait besoin de nous »
« Ce syndrôme du sauveur est également appelé la codépendance, explique Emmanuelle Lacroix, psychothérapeute spécialisée notamment dans le traitement des addictions. C’est, pour résumer, le besoin que l’autre ait besoin de nous. »

« Cela devient pathologique lorsque ce besoin conditionne la relation. Autrement dit, lorsqu’on choisit l’autre parce qu’on y voit la possibilité de le sauver », ajoute Laura Gélin, psychanalyste. Et d’ajouter: « dès qu’il y a un sentiment de ‘dette’, c’est que la relation n’est pas saine ». « La codépendance, c’est aussi la copine qui est ravie quand on l’appelle pour lui dire que ça va pas parce qu’elle va pouvoir vous aider et vous soulager », cite en exemple Emmanuelle Lacroix.



Souvent, les « sauveurs » ont été, enfant, parent de leur parent
Les causes d’un tel comportement remontent la plupart du temps à la petite enfance, s’accordent à dire les deux thérapeutes. « C’est un schéma que l’on répète inlassablement, souvent parce qu’on a été mis très, trop tôt, en position de sauveur, qu’il s’agisse de ses parents, d’un frère ou d’une soeur, etc », analyse Laura Gélin. « Cela vient souvent d’une famille où l’enfant a été le parent de son parent (une mère dépressive, un parent handicapé, une fratrie de six où l’on est l’aîné…). Ou de familles où il y a un parent addict. Ou de familles où l’on voit son parent se ‘sacrifier’ pour l’autre ou un frère ou une soeur… », ajoute Emmanuelle Lacroix.

« Il peut aussi s’agir de personnes hyper sensibles, qui ne se sentent aimées qu’en prenant soin de l’autre. Sauf qu’au bout d’un moment, les sauveurs se perdent, ne s’occupent pas du tout d’eux-mêmes et sont des cocotes minutes d’agressivité et de frustration. Ils ne savent pas exprimer leur besoin et en veulent à l’autre. »

Des relations vouées à devenir toxiques
« J’ai grandi entourée d’un frère bien plus âgé qui se droguait et d’un père qui buvait. Dès ma naissance, je me suis probablement sentie investie d’une mission, que je n’ai pas pu mener à bien, évidemment, parce que le propre, la plupart du temps, des personnes dépendantes, c’est qu’ils ne veulent pas être sauvées. J’ai rempli un panier percé pendant des années et j’ai ensuite continué avec mon mari », raconte ainsi Sandra.

« Le problème de ce type de scénario, c’est qu’il est en effet la plupart du temps voué à l’échec, constate Laura Gélin. La relation devient forcément toxique. Si on parvient vraiment à sauver l’autre, du coup, cela ne marche plus puisqu’on a besoin d’être un recours permanent. Et si l’on n’y arrive pas, on s’épuise ».



« Je me sentais obligée d’être la psy de tout le monde »
Cette position intenable, Camille l’a expérimentée: « Je n’avais pas nécessairement l’impression de le chercher mais les gens autour de moi se confiaient très facilement à moi. C’était très lourd à porter, car je me sentais toujours obligée d’être la psy de tout le monde, de devoir « sauver » autour de moi. J’ai eu un « électrochoc » quand dans la même semaine une collègue et une étudiante (je suis prof) m’ont confié dans la même semaine qu’elles avaient été violées… Ces confidences, il faut pouvoir les accueillir. »

« Avec la maturité et une psychanalyse de 20 ans », Camille a réussi à se distancier pour mieux « aider » si nécessaire, « et surtout ne pas exister qu’à travers le « support » que l’on peut apporter à ses proches. » « J’ai renégocié mes rapports aux autres, même si je suis depuis tout petite ‘la mère’ de mes parents, et que l’âge et la maladie font que mes parents me placeront toujours dans la position de ‘sauveuse' »



Sauver les autres pour satisfaire un besoin de reconnaissance
« Pour sortir de ce cercle infernal, il faut parvenir à identifier le scénario originel que l’on reproduit inconsciemment », confirme Laura Gélin. Il est également nécessaire de se remettre en question et d’admettre que cette propension à vouloir sans cesse aider et soutenir son entourage ne relève pas que de la pure empathie ou générosité. Ne vivre qu’en fonction du besoin qu’ont les autres de nous peut en effet trahir « une volonté de toute puissance », explique Laura Gélin.

Sur le plan narcissique, se sentir indispensable au mieux-être de ses proches est très valorisant et peut satisfaire un désir de reconnaissance. Personne ne se sacrifie par pure abnégation, « pour » les autres. On attend forcément quelque chose, des remerciementsqui ne viennent en général jamais, pour la bonne raison d’ailleurs que souvent, l’autre n’a pas demandé ce sacrifice.



Identifier ses propres besoins
Il faut également, pour briser ce schéma, travailler sur ses propres besoins et son incapacité à recevoir, souligne Laura Gélin. Les personnes atteintes de ce syndrome du sauveur choisissant par ailleurs souvent des conjoints souffrant d’addictions, Emmanuelle Lacroix conseille également, lorsque c’est le cas, de se rapprocher d’associations comme AL-ANON, un groupe d’entre-aide pour les proches d’addicts.

« Bien entendu le partenaire en face ne sera pas ravi des changements de celui qui jusque là se consacrait uniquement à son salut, mais c’est essentiel pour la survie du sauveur. Sans quoi ce dernier peut finir par somatiser, déprimer ou faire des crises d’angoisse, voire basculer dans la consommation ». « Car à force de ne pas prendre soin de soi, le corps ne peut plus tenir. »

« On ne peut s’en sortir qu’en faisant le deuil de ceux que l’on n’a pas pu sauver enfant », résume Laura Gélin. « Lâcher ce fantasme de toute puissance, accepter l’idée de ce qu’on a pas reçu, de ce statut d’enfant qu’on ne nous a pas accordé ». Cela implique aussi, conclut-elle, de ne plus rêver de changer l’autre et d’avoir un peu plus d’estime de soi, de se convaincre que l’on mérite soi même d’être aimé et d’être un objet d’attention.



Source: L’Express

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SURDOUÉ, DOUANE OU HAUT POTENTIEL, QUELLE DIFFÉRENCE ?

On les dit surdoués, précoces, ou encore hauts potentiels. Ces terminologies sont aujourd'hui employées indifféremment pour parler de certains enfants ou adultes aux capacités exceptionnelles. Pourtant, elles ne sont pas synonymes. Chacune renvoie à une façon spécifique de considérer ces talents à part et d'aider ceux qui les possèdent à en tirer parti.

PAR VALÉRIE PENNEQUIN, PROFESSEUR EN PSYCHOLOGIE DU DÉVELOPPEMENT ET PSYCHOLOGIE COGNITIVE ET ELODIE TRICARD, DOCTORANTE EN PSYCHOLOGIE, À L'UNIVERSITÉ FRANÇOIS-RABELAIS DE TOURS, PUBLIÉ INITIALEMENT SUR THE CONVERSATION



Il peut être réconfortant, dans nos sociétés modernes valorisant l'intelligence, de se considérer comme surdoué. Dans l'esprit de la plupart de nos concitoyens, ce mot évoque des personnes « trop intelligentes pour être heureuses », pour reprendre le titre du premier best seller en France sur le sujet, écrit par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin. Selon cette auteure, une intelligence supérieure à la moyenne pourrait entraîner des problèmes d'adaptation scolaire, émotionnelle et sociale. Ainsi la « douance » peut constituer une explication valorisante à qui se vit en situation d'échec sur ces différents plans.

Si je me suis ennuyé à l'école, si j'ai eu de mauvais bulletins scolaires, si j'ai un penchant pour la solitude ou que je suis souvent à fleur de peau, se pourrait-il que je sois un surdoué non détecté ? Face à ce questionnement, la tentation est grande de se précipiter sur un test de quotient intellectuel (QI) disponible sur Internet. Or il mérite une réflexion bien plus approfondie, si l'on veut véritablement en retirer un bénéfice.



Le talent comme un « don »


Le terme de surdoué – le plus courant – renvoie au fait de posséder un don. Ce dernier peut être vu, selon la grille de lecture du monde propre à chacun, comme un cadeau de l'hérédité, du hasard ou encore de Dieu. L'image qui vient est celle des bonnes fées se penchant sur le berceau de l'enfant, comme dans le conte de la Belle au Bois Dormant, dotée dès la naissance de la beauté, de la grâce ou de l'esprit. Le surdouement est considéré comme un « surplus » de capacités, comparées à celles des autres. Il y a, dans cette conception, un certain déterminisme, sous entendant que l'individu n'a pas de contrôle sur le talent qu'il a reçu.



La notion de précocité, elle, renvoie à un point de vue différent, celui du développement de l'individu au cours de sa vie. Le psychologue Todd Lubart, professeur à l'université Paris Descartes, l'explique plus en détail dans l'ouvrage collectif qu'il a coordonné en 2006. Ce terme correspond à une conception linéaire du développement des capacités intellectuelles de l'individu, de sa naissance à l'âge adulte, théorisée par le psychologue suisse Jean Piaget au milieu des années 1960.



Ainsi les précoces le seraient essentiellement dans leur scolarité, considérés comme « en avance » sur la majorité des élèves du même âge. Le système scolaire leur propose d'ailleurs parfois de « sauter » une classe. Cette conception a cependant été remise en question par les recherches plus récentes en psychologie. De nombreux travaux ont montré que le développement intellectuel subissait des accélérations importantes à certaines périodes, mais aussi des régressions à d'autres. On peut par exemple observer chez l'adulte des erreurs grossières de raisonnement logique, alors que le bébé, lui, se montre bien plus logique qu'on ne croyait, comme l'a montré le psychologue français Olivier Houdé en 1995. La notion de précocité s'avère donc bien plus complexe qu'envisagé initialement.



La compétence peut être visible, ou pas


Le terme de haut potentiel, lui, est plus subtil et sans doute plus utile. Il fait référence à la différence entre la compétence d'une personne et sa performance. En effet, ce qu'elle me montre – sa performance – ne correspond pas toujours à ce qu'elle est réellement capable de faire – sa compétence. Cette différence existe chez tout un chacun, y compris chez les hauts potentiels.

Le haut-potentiel, donc, aurait un potentiel particulier, autrement dit des facilités dans un domaine précis. Et celui-ci pourrait ou non être exploité selon l'environnement dans lequel la personne évolue, comme l'explique le psychologue américain Joseph Renzulli dans son article paru en 2006 dans le Bulletin de psychologie. Ainsi on peut être haut potentiel et ne pas montrer de « talent », mot qui se réfère à la performance observable.

Pour mieux saisir ce paradoxe, on peut faire le parallèle avec un potentiel de nature physique. Un enfant hyperlaxe, par exemple, possède une très grande élasticité de certains muscles, tendons et ligaments ; il a donc un potentiel élevé au niveau de sa souplesse. Si l'enfant est né dans le milieu du cirque, il est possible qu'il devienne contorsionniste. Dans le cas contraire, il se peut qu'il n'exprime jamais comme talent ce potentiel de souplesse, et que celui-ci demeure caché. Ainsi, on peut se demander si Mozart serait devenu le grand compositeur qu'il fût, s'il était né dans une famille ne pratiquant pas du tout de musique.



Un potentiel dans le sport ou la musique
Les personnes à haut potentiel sont donc plus nombreuses que les personnes talentueuses, puisque tous les hauts potentiels n'auront pas eu les conditions favorisant l'expression de cette potentialité.

Il est important de préciser qu'on peut être haut potentiel dans des domaines non intellectuels. On le comprend mieux en se penchant sur le modèle des intelligences multiples, développé par le psychologue américain Howard Gardner en 2004. Si cette théorie est trop peu vérifiée scientifiquement pour être utilisée en recherche, elle a le mérite d'attirer l'attention sur des domaines peu valorisés à l'école comme le sport, la musique, le dessin, la capacité à l'introspection ou encore le charisme. En effet, son auteur plaide en faveur de l'existence de huit formes d'intelligence distinctes, indépendantes les unes des autres. Certaines sont celles que nous rangeons habituellement derrière la notion d'intelligence, comme l'intelligence verbale et logico-mathématique. D'autres sont plus atypiques, comme l'intelligence musicale-rythmique ou corporelle.



On pense trop souvent que le haut potentiel est uniquement une question de quotient intellectuel (QI). La mesure du QI est effectuée par les psychologues à l'aide de tests psychométriques (qui permettent de mesurer une aptitude et de la comparer à une norme), notamment pour les enfants le WISC IV et depuis moins d'un an le WISC V, et pour les adultes le WAIS IV. Cependant, deux chercheurs en psychologie sont venus montrer que le QI élevé était une condition nécessaire, mais pas suffisante pour identifier une personne à haut potentiel.



Des qualités nécessaires d'enthousiasme et de persévérance
Le psychologue Joseph Renzulli, d'abord. Dans son modèle élaboré en 2002, il estime que l'expression d'un haut potentiel nécessite la réunion de plusieurs facteurs. Il cite, en particulier, des aptitudes intellectuelles élevées (qui peuvent être mesurées par le QI) ; de la créativité (capacités à produire des réponses originales) mais aussi un engagement élevé, c'est-à-dire une motivation personnelle forte impliquant l'intérêt, l'enthousiasme, la curiosité, la persévérance, l'endurance, la confiance en soi et le besoin d'accomplissement.

Dans cette théorie, le haut potentiel peut tout à fait être vu au départ comme un « don ». Cependant celui-ci doit d'abord être identifié, puis investi par la personne elle-même et son entourage, qui mettront tout en oeuvre pour l'exprimer en talent.

De son côté, le psychologue canadien Françoys Gagné a publié son modèle en 2004. Selon lui, il existe trois types de catalyseurs permettant l'expression d'un haut potentiel. Le premier relève de facteurs personnels, par exemple des capacités mentales et physiques exceptionnelles, certains traits de personnalité comme l'ouverture d'esprit ou la conscience professionnelle, une motivation importante. Le second est lié à l'environnement, par exemple un milieu socio-culturel favorisant ce potentiel, des personnes bienveillantes (famille, amis, éducateurs). Le troisième catalyseur est constitué par des événements de vie, positifs ou non, comme un déménagement, le décès d'un proche ou une naissance.

Françoys Gagné met en avant un quatrième catalyseur, le hasard, qui correspond à la bonne rencontre au bon moment. Par exemple, le jeune acteur en herbe rencontre le réalisateur qui lui fera tourner son premier film à succès.

Au final, tous ces catalyseurs agiraient de concert, entraînant l'expression des capacités naturelles (le don) de la personne. Ce modèle insiste sur l'intérêt d'un milieu bienveillant, favorisant l'expression des potentialités d'une personne (enfant ou adulte), que ce soit à la maison, au travail ou dans le cadre des loisirs.

Que faire, alors, si l'on s'interroge sur ses propres potentialités, ou celles de son enfant ? La démarche doit passer par un psychologue capable de proposer un bilan complet. En plus d'un test de QI, il enquêtera sur les différents domaines dans lesquels une haute potentialité peut s'exprimer, en s'aidant d'outils d'évaluation reconnus que seuls des professionnels formés savent utiliser. Il sera amené à solliciter d'autres sources d'informations comme la famille, les amis, les enseignants ou les éducateurs.

Un tel bilan permet d'affirmer, avec une faible probabilité d'erreur, que vous êtes, ou pas, à haut potentiel. Toutefois, « l'étiquette » de haut potentiel n'a pas, en elle-même, grand intérêt. Le plus précieux est de pouvoir dresser le tableau de vos points forts et de vos points faibles, vous permettant de mieux vous connaître et de vous réaliser.

Un tel bilan permet d'affirmer, avec une faible probabilité d'erreur, que vous êtes, ou pas, à haut potentiel. Toutefois, « l'étiquette » de haut potentiel n'a pas, en elle-même, grand intérêt. Le plus précieux est de pouvoir dresser le tableau de vos points forts et de vos points faibles, vous permettant de mieux vous connaître et de vous réaliser

DYSMORPHOPHOBIE: cette conviction délirante d’être laid(e) - par Caroline Franc Desages
(journaliste, Caroline Franc Desages est également auteur du blog « Pensées by Caro »)
Certaines personnes souffrent d’une image déformée d’elles mêmes qui les persuade d’être laides, voire monstrueuses. Comment venir à bout de ce trouble psychologique qui peut être invalidant?
« Je suis convaincue depuis mon adolescence que mon nez est difforme, raconte Marion, 28 ans. Mon entourage a beau me contredire, je ne peux pas en démordre. J’ai vu récemment un chirurgien esthétique, ce dernier a refusé l’opération, considérant que le défaut n’était pas assez important et que j’avais surtout une image faussée de moi même. Il m’a conseillé d’aller voir un psy. Au fond de moi, je crois que je sais qu’il a raison. Mais en même temps, une petite voix me souffle que s’il n’a pas voulu opérer c’est au contraire parce que mon nez est tellement atroce qu’il ne voit pas comment l’améliorer ». Dans un autre registre, Elisa, 18 ans, jeune fille fluette, presque maigre, se voit « énorme » dans son miroir, nous confie sa mère. Anorexique depuis un an, elle refuse d’entendre tous ceux et celles qui lui assurent que ses bourrelets ne sont qu’imaginaires.

Marion et Elisa souffrent toutes deux de dysmorphophobie. Un trouble qui les « persuade d’avoir un ou plusieurs défaut(s) physique(s) en vérité inexistants ou minimes », comme le définit Jean Tignol, psychiatre auteur de l’ouvrage Les Défauts physiques et imaginairesaux Editions Odile Jacob. « Ce défaut de leur apparence les préoccupe au point qu’il devient le centre de leur vie, au détriment de tout le reste », ajoute-t-il.

Comment reconnaître la dysmorphophobie et surtout comment la distinguer d’une simple mauvaise image de soi? Enfin, comment aider les personnes qui en sont atteintes?

Un trouble fréquent et invalidant
« La dysmorphophobie est un symptôme phobique, donc à ranger plutôt du côté des névroses. Mais comme tout symptôme névrotique, selon son intensité et l’importance qu’il prend dans l’équilibre d’une personnalité, il peut prendre la forme d’un symptôme délirant (ce n’est pas la même chose d’avoir la conviction d’avoir un gros nez et celle de se trouver gravement difforme) », indique le psychanalyste Pascal Couderc. « Ce trouble est à la fois fréquent (sa prévalence en population générale est estimée entre 2 et 13%) et très invalidant: en raison de leur dysmorphophobie, les sujets évitent les interactions avec les autres au point que leur vie sociale et affective en est le plus souvent sévèrement entravée », ajoute Sophie Cheval, psychologue, auteur de Belle autrement ! En finir avec la tyrannie de l’apparencechez Armand Colin.

Des pensées souvent considérées comme des vérités absolues
« Le défaut qui les obsède peut concerner n’importe quelle partie de leur corps », décrit la psychologue. « La focalisation peut concerner certaines parties du visage (avec des préoccupations sur leur forme ou sur leur taille « Mes oreilles sont trop grandes et décollées » ou sur l’ensemble du visage, avec une focalisation sur la peau (couleur, acné, cicatrices, rides, teint…) ou sur la pilosité: »Un jour, je me suis regardée dans la glace et je me suis vue avec une moustache » ». Certains, comme Marion, ont conscience du caractère exagéré de leur jugement, constate Sophie Cheval: « Mon ventre est trop gros, il se voit trop…je sais bien que ce n’est pas vrai, que le ventre des femmes est comme ça, mais je ne peux pas m’empêcher d’y penser ». Mais, insiste la psychologue, pour beaucoup d’entre eux, ces pensées et interprétations négatives sont considérées comme des vérités absolues.

L’adolescence, un terreau favorable pour la dysmorphophobie
Premiers touchés, les adolescents, constate Pascal Couderc: « les transformations corporelles qu’ils subissent induisent une sensation d’étrangeté de leur propre corps. Il n’y a pas, pour moi, meilleure métaphore que les premières lignes de La métamorphose de Kafka: ‘En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte.' » D’une certaine manière, tout individu fait donc l’expérience lors de la puberté, d’une difficulté à appréhender objectivement son corps. Seulement voilà, pour certains, ce qui n’aurait du être que temporaire peut s’installer et s’aggraver: « lorsqu’on retrouve la dysmorphophobiechez les adultes, elle est souvent plus sévère », observe Pascal Couderc. Attention, précise-t-il, « encore faut-il faire la différence entre ce qui peut être induit par les images (support d’identification, création d’un idéal) et le signe de quelque chose de plus délirant ». Autrement dit, ne pas confondre ce qui relève des complexes ou de la volonté de ressembler à telle ou telle icône, et la conviction d’être monstrueu(se).

Une maladie souvent couplée aux troubles du comportement alimentaire
La dysmorphophobie est par ailleurs souvent couplée aux troubles du comportement alimentaire, comme c’est le cas pour la jeune Elisa. « Lorsque l’on écoute une anorexique, elle se trouve toujours grosse, même à 35kg! Non seulement elle se trouve grosse, mais elle se VOIT grosse », souligne Pascal Couderc. Dans la boulimie, également, « la perception du corps est complétement fausse. J’entends souvent ces patientes dire, je me trouvais grosse, mais quand je regarde les photos, je ne l’étais pas! »

Des traitements qui varient en fonction de l’intensité du trouble
Au vu des conséquences parfois dramatiques de ce trouble, qu’il s’agisse d’exclusion sociale volontaire ou de mise en danger physique via l’anorexie par exemple, la dysmorphophobie ne doit donc pas être prise à la légère. Les thérapies varient en fonction de l’intensité du trouble, explique Pascal Couderc : « Pour le versant délirant, il s’agit d’un symptôme que les psychiatres gèrent avec des neuroleptiques. Pour le versant névrotique, ou disons, même si cela n’a pas beaucoup de sens, dans le cadre d’une pathologie « limite », une psychothérapie est souvent bien indiquée ». En effet, décrypte le psychanalyste, ce symptôme est parfois la projection sur le corps d’une souffrance psychique: « je ne peux pas agir sur mon psychisme, mais si c’est corporel je peux par restrictions alimentaires, sport, chirurgie… ».

La thérapie d’acceptation et d’engagement, une approche indiquée
« Lorsqu’ils demandent de l’aide pour soulager leur souffrance, les patients dysmorphophobes sont plus enclins à rechercher un traitement esthétique qu’à consulter un psy, observe Sophie Cheval: quand ils le font, il est souvent difficile de les engager dans une démarche de changement, en raison du caractère rigide de leur croyance dans la réalité du défaut qui les obsède. » Elle-même préconise une approche basée sur la « Thérapie d’acceptation et d’engagement », une nouvelle forme de « TCC » (thérapie comportementale et cognitive). Il s’agit dans un premier temps, détaille-t-elle dans un article publié dans Le magazine ACT, d’aider le patient à prendre de la distance par rapport à ses pensées: « cela peut reposer sur l’adoption de formulations du type ‘J’ai la pensée que mon menton est atroce’, au lieu de ‘Mon menton est atroce' ».

Un autre exercice consiste à demander au patient de formuler la première critique négative qui lui vient concernant n’importe quel objet quotidien, afin qu’il puisse constater que la pensée parvient toujours à trouver une critique, même face à un objet considéré comme ‘joli’ ou neutre: « petit à petit, le patient parvient à identifier ses pensées négatives et à se dire, « tiens, c’est encore mon esprit qui me raconte l’histoire du type qui a le menton en galoche! Merci! »

Dissocier ses pensées de ses actes
Le thérapeute peut également demander à son patient d’énoncer des actes et d’en accomplir d’autres, différents: par exemple, il doit dire « Je tourne sur moi-même » , tout en s’accroupissant. « Cet exercice lui permet de percevoir qu’il est possible simultanément de penser quelque chose en faisant quelque chose de différent, et d’expérimenter que pensées et comportements ne sont pas nécessairement liés« . De cette manière par exemple, Marion peut penser qu’en effet son nez est difforme mais ne pas s’obliger à mettre sa main devant toute la journée ou s’interdire de sortir pour autant. Enfin, il y a un travail d’acceptation de ses pensées – dans le même esprit que la pleine conscience – plutôt que de lutte acharnée, laquelle n’a manifestement pas fait ses preuves jusque là.

Ne plus se définir que par le paraitre
Enfin, indique Sophie Cheval, le fait de renouer avec des activités plaisantes souvent délaissées en raison de la dysmorphophobie est une source d’amélioration. L’idée étant de ne plus se définir seulement par le paraître mais aussi parce ce qu’on est, mère, père, ami(e), professionnel(le), etc. « Il faut aider le patient à retrouver ou à trouver des appuis narcissiques du côté de l’être plutôt que du paraître« , abonde Pascal Couderc.

Je suis toujours en retard !
Etre à l’heure est un défi insurmontable pour certains. Qu’est-ce qui les pousse à mettre ainsi les autres “en souffrance” ? Quel message veulent-ils faire passer en se faisant tant désirer ?


Pourquoi ?
Le retard a toujours plusieurs sens, indique le psychanalyste Jean-Pierre Winter. Mais il existe selon lui un dénominateur commun aux différentes formes de retard : celui ou celle qui se fait attendre « brille » par son absence. « Par son retard, la personne s’impose déjà, puisque, pendant qu’il attend, l’autre ne cesse de penser à elle », ajoute le psychanalyste.

Susciter le désir
Par son comportement, le retardataire impose un jeu de séduction. Ce peut être une convention socialement admise, comme le rituel quart d’heure de retard que s’accorde la femme pour un rendez-vous amoureux. Mais il peut aussi être le reflet d’une attitude plus perverse qui consiste à obliger l’autre à penser à soi. « En tant qu’objet manquant, le retardataire veut être cause de désir », précise Jean-Pierre Winter. Son comportement est alors l’expression d’un fort narcissisme, qui l’empêche de considérer l’autre avec respect.

Mettre en souffrance
Dans le langage courant, « mettre en attente » se dit également « mettre en souffrance ». En arrivant en retard, la personne place l’autre en situation d’inconfort, jusqu’à ce qu’elle apparaisse et le soulage alors de cette « souffrance ». Le retard devient l’apanage du pouvoir. L’illustration la plus évidente est celle donnée par le médecin, maître dans l’art de faire patienter en salle d’attente. Mais lorsqu’il est infligé en dehors du cadre professionnel, le retard devient symptomatique d’un désir de puissance sadique : en libérant l’autre de l’attente, la personne s’impose comme son sauveur, alors même qu’elle en a d’abord été le bourreau.

Rétablir un équilibre
Moins machiavélique et plus névrotique est le comportement de celui qui aimerait être à l’heure, mais qui, malgré ses efforts, n’y parvient pas. « Cela a à voir avec l’histoire de chacun, explique la psychothérapeute Agnès Payen de la Garanderie. C’est au travers de l’analyse et par la mise en mots que le sujet découvrira les origines de son comportement. » L’un de ses patients, né sept mois après le mariage de ses parents, s’était toujours entendu dire qu’il était prématuré. Pour faire entendre que c’était un mensonge, son inconscient l’incitait à rétablir l’équilibre en étant toujours en retard.

Fuir ses peurs
Le retard peut exprimer une peur : aborder une situation, se confronter à une personne, etc., mais aussi peur du vide. « Tant que l’on est dans l’attente, on est dans l’imaginaire, souligne Agnès Payen de la Garanderie. Dès que l’on passe à la réalité, il y a le vide. » « Ou l’échec », ajoutent Jane B. Burka et Lenora M. Yuen, psychologues et comportementalistes. Il n’est pas rare que les retardataires soient, paradoxalement, de grands perfectionnistes. Souffrant d’une faible estime de soi et d’un manque de confiance, « c’est pour éviter de finir perdants qu’ils fuient les situations qui les obligeraient à se mesurer à d’autres ».

Accumuler des retards devient alors symptomatique d’une angoisse vis-à-vis de la pression sociale et familiale de la réussite. Les psychologues constatent d’ailleurs que « la mauvaise habitude du retard a souvent été prise durant la scolarité, première expérience de compétitivité pour l’enfant ».



QUE FAIRE ?
Identifiez la nature de votre retard
Soyez attentif à ce que vous ressentez lorsque vous arrivez en retard. Vous êtes angoissé ? Cherchez, seul ou avec un thérapeute, les causes de ces peurs. Vous êtes gêné et vous vous excusez ? Vous vous mettez en situation d’accusation. Par vos retards, vous créez les circonstances propres à être déconsidéré. Ce peut être le moyen de vous soulager d’une culpabilité inconsciente qu’une analyse vous aidera à identifier. Vous n’avez aucun remords ? Vous utilisez probablement ce comportement comme une arme de pouvoir ou de séduction.



Mettez-vous à la place des autres
Dans ce dernier cas, c’est le regard que vous portez sur vous et sur les autres qui est en cause. En vous mettant dans la peau de vos « victimes », vous prendrez conscience des torts que cette situation génère. Que ressentez-vous lorsque vous êtes à votre tour contraint d’attendre ? De l’impuissance, de la colère ? Quelle conséquence cette perte de temps entraîne-t-elle dans votre organisation ? La vanité et l’égoïsme qui vous autorisent habituellement à imposer vos retards seront blessés : vous redonnerez ainsi sa valeur à l’idée du respect d’autrui.

Apprenez à gérer votre temps
Etablissez et affichez devant vous un emploi du temps rigoureux en accordant la même importance visuelle à chaque rendez-vous. Surestimez le temps nécessaire pour vous y rendre : vous vous préparerez ainsi mentalement à la situation et apaiserez les éventuelles peurs qui, jusque-là, expliquaient vos retards.



Conseils à l’entourage
On peut accorder un ou deux retards à un proche. Mais continuer, sans rien lui dire, c’est devenir complice. Dans ce cas, soit on entre volontairement dans son jeu de séduction ou de pouvoir parce que l’on y trouve du plaisir, soit on reconnaît que c’est un symptôme. Et, selon sa capacité de tolérance vis-à-vis de cette manie, on choisit, ou non, de l’accepter. Tout dépend donc de ce que chacun est capable de supporter et de son désir de se prêter au jeu. Reste que, pour y mettre fin, la méthode à adopter est très simple : arriver à l’heure au rendez-vous fixé par le retardataire chronique et partir avant qu’il ne se soit fait attendre.



Témoignage
Aline, 63 ans, coach en entreprise : “Je ne pouvais imaginer l’anxiété de celui qui attend”

« Pendant quarante ans, j’ai été incapable d’arriver à l’heure : pour aller chercher mes enfants à l’école, pour mes rendez-vous professionnels, et même le jour de mes fiançailles ! Plus tard, mes enfants m’ont confié les inquiétudes que mes retards leur avaient causées. Mais j’étais incapable d’y remédier. Jusqu’à ce que je fasse une analyse jungienne et comprenne l’origine de ce comportement : durant la guerre, j’ai été placée chez ma tante pendant un an.

Très vite, j’ai adopté un double fonctionnement : j’étais à la fois dans l’attente et dans l’oubli de mes parents, car on ne me parlait jamais d’eux. J’en avais perdu la notion du temps. Surtout, ayant refoulé mes angoisses de cette attente, il m’était devenu impossible d’imaginer que celui qui m’attendait pouvait être anxieux ou énervé. »




5 idées reçues sur la bipolarité


La bipolarité est souvent présentée comme la maladie du siècle. En se déclarant bipolaires, certaines stars comme Benoît Poelvoorde ou Catherine Zeta-Jones ont contribué à faire tomber le tabou autour de cette maladie. Si l’on parle beaucoup des troubles bipolaires, savons-nous vraiment de quoi il s’agit ?


« Passer du rire aux larmes » : être bipolaire, n’est-ce que cela ? Changer d’humeur est le propre de l’homme. Mais une alternance entre période d’euphorie et de tristesse qui met en péril l’équilibre de vie doit alerter. Tout trouble bipolaire porte en lui une situation de souffrance plus ou moins forte selon les personnes. Être bipolaire ne se résume donc pas à changer d’humeur en un clin d’œil mais constitue une vraie pathologie qui empêche de vivre normalement : difficulté à conserver un travail, à construire une relation amoureuse, multiplication des conduites à risque… Lorsque la période d’euphorie et d’excitation passe, s’ensuit souvent un épisode dépressif. Dans ses formes graves, cette dépression peut pousser à commettre l’irréparable : 5% des bipolaires décèdent par suicide. La bipolarité est une maladie mentale qui doit être accompagnée dans le soin et non être banalisée, au risque de la relativiser.

Christian Gay, psychiatre, cofondateur de « France dépression » et auteur de Manuel de psychoéducation - Les troubles bipolaires (ed. Dunod, 2013), donne des clés pour faire tomber les idées reçues à propos de la bipolarité.

Psychologies : « Être bipolaire, c’est changer d’humeur sans raison »


Christian Gay : Ce n’est pas si simple. Le trouble bipolaire se caractérise avant tout par l'existence d’épisodes d'excitation maniaque, qui peuvent alterner avec des épisodes dépressifs. Au centre du trouble bipolaire, il y a un état d'excitation qui se distingue d'un simple épisode d'euphorie. La personne va développer plusieurs symptômes invalidants qui durent plusieurs jours : insomnie, désinhibition, accélération de la pensée avec fuite des idées, hypersociabilité, hypersexualité… La bipolarité est une pathologie complexe dont la forme varie en fonction de l'intensité et de la fréquence des épisodes d’excitation-dépression ou encore du tempérament de la personne.

Psychologies : « Nous sommes tous bipolaires »
Christian Gay : La prévalence de ces troubles est estimée à environ 1 à 2% de la population mondiale. Les chiffres retenus en France sont sensiblement les mêmes lorsque l'on fait référence aux formes les mieux définies (trouble bipolaire I et II). Ils passent à 5% si l'on fait référence à l'ensemble des troubles bipolaires qui incluent ses formes atténuées ou la cyclothymie. C’est un peu plus que pour la schizophrénie qui, selon les derniers chiffres de l’INSERM, concerne environ 1% de la population française mais la bipolarité est loin de toucher chacun d’entre nous.

Psychologies : « C’est la maladie du siècle »
Christian Gay : Cette idée reçue est la plus courante, mais est totalement fausse. Il s'agit d'une maladie qui existe depuis la nuit des temps, auparavant appelée maniaco-dépression, qui touche toutes les couches sociales, autant les hommes que les femmes. Elle n’est donc ni « nouvelle », ni la maladie des personnes célèbres ou intelligentes comme on l’entend parfois. La bipolarité est le résultat de dysfonctionnements neurobiologiques, indépendants de la volonté, dont les causes sont multiples et intriquées. Il existe cependant une vulnérabilité génétique et psychologique chez certaines personnes. Dans ce cas, l’environnement va jouer un rôle de déclencheur du trouble bipolaire : un deuil, une rupture, un épisode de stress intense…

Psychologies : « La bipolarité est impossible à soigner »
Christian Gay : Le trouble bipolaire se soigne assez bien par des médicaments qui permettent de stabiliser l'humeur comme les sels de lithium, certains anticonvulsivants et des antipsychotiques de deuxième génération. A côté de ce traitement médicamenteux, il est essentiel de prendre soin de soi, apprendre à éviter les situations trop stressantes, appliquer des règles d'hygiène de vie pour observer une certaine régularité au quotidien. La participation à des groupes de psychoéducation, par exemple, permet souvent d'atteindre ces objectifs. De même, certaines thérapies comportementales et cognitives, ainsi que la méditation, permettent de faciliter un retour vers une vie normale et apaisée. En revanche, on ne peut pas guérir de la bipolarité sans soins.



Psychologies : « Si j’étais bipolaire, je le saurais »
Christian Gay : Certaines formes de la maladie peuvent passer inaperçues. Ce sont celles, en général, qui se caractérisent par des périodes d'excitation modérée – appelée hypomanie - ou qui sont masquées par un autre trouble : alcoolisme, anxiété sévère… De ce fait, beaucoup de patients traités pour une dépression, par exemple, s'avèrent être atteints d’un trouble bipolaire. Il ne faut pas non plus négliger la cyclothymie qui est un trouble modéré de l’humeur dans son intensité mais qui peut s’avérer impossible à vivre de par sa répétition. Dans certains cas, elle peut s’aggraver et devenir un trouble bipolaire.

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